L'énorme erreur dans l'article du monde est d'extrapoler les codes vestimentaires de la sphère sociale fréquentées par l'auteur pour en tirer une généralité.
Qu'on le veuille ou non, même si l'habit ne "fait" pas le moine, il envoie un signal très fort concernant notre identité sociale, et ce dès les premières secondes - si cruciales. Il vaut donc le coup qu'on se penche un peu dessus lorsqu'on fait le choix de déambuler pour aborder différents groupes de gens...
Contrairement à une idée communément reçue, une tenue vestimentaire réussie n'envoie pas le signal "je suis au dessus de vous socialement", mais "je maîtrise les codes vestimentaires mieux que vous". De fait, lorsque c'est réussi ce signal n'est pas perçu consciemment par les gens. Il se dégage un simple sentiment de "comme les autres autour de moi, mais mieux"... Ou encore "cette personne fait parti des miens, et elle me semble intéressante". Dit autrement:
"L’élégance s’arrête au moment où on la remarque." - Brummel
On intègre naturellement les règles qui s'appliquent à notre cercle social, c'est la raison pour laquelle en général les gens ne ressentent pas ce sentiment de soumission à cette dictature vestimentaire. La difficulté apparaît dès qu'il s'agit de calibrer ce signal pour qu'il reste en adéquation avec un milieu social hors de celui qu'on fréquente habituellement. C'est très difficile. Nier ceci, c'est ne pas voir la problématique, et effectivement prendre le risque de passer pour un plouc.
Fort heureusement (ou pas) pour nous, la tenue de magicien est moins soumise à cette règle car un des buts de celle-ci est de NE PAS se fondre dans la masse. C'est une tenue d'artiste. Elle doit dénoter un peu. Un peu seulement! L'erreur peut être commise dans les deux sens: une cravate avec un as de pique pourra passer dans certains milieux, mais sera à proscrire à tout prix dans beaucoup d'autres. Parallèlement, il me semble que David Stone (à moins que ce soit Jean Jacques Sanvert?) raconte cette anecdote où il s'est pointé en costard cravate à un marriage plutôt populaire, ici l'écart est dans l'autre sens...
(L'artiste se produisant sur scène sort complètement de ce cadre)
Chez les créateurs ou les modeux (= ceux qui fréquentent la semaine de la mode à Paris par exemple), oui. Mais qu'on le veuille ou non, tout le monde se plie naturellement à certains critères de modes vestimentaires.
Ps: lorsque je parle de "cercle social", ou de "milieux", il ne faut pas y voir de jugement de valeur ou quelconque nivellement intellectuel, mais simplement le fait qu'à partir du moment où il y a interactions humaines, il y a création de cercles sociaux qui cohabitent. Point de jugement de valeur sur ceux-ci.