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Publié le
Il y a 7 heures, SébastienO a dit :

je suis curieux d'en savoir un peu plus sur ta méthodologie pour retenir Pi.

Merci pour tes questions @SébastienO.
Ce sujet semble tellement complet, qu'à mon petit niveau je n'ai pas grand chose à apporter, si ce n'est mon expérience :)

La méthode que j'utilise est assez classique je pense :

J'ai commencé simplement par me créer une histoire en liant les décimales de Pi avec ma table de rappel à 100 numéros.
Donc en les apprenant 2 par 2.

J'ai ensuite développer un palais mental imaginaire pour y stocker les images. Je n'ai pas numéroté ce palais à l'époque (C'est une erreur car parfois je bug sur certaines récurrences, mais je vais prendre un moment pour numéroter vraiment mes spots et mieux organiser mes images)

J'ai donc en tête une aventure loufoque dans un décors imaginaire évolutif et très précis (j'y ajoute des détails au fil du temps).


Pour mieux visualiser mon histoire et pour le fun j'ai écrit cette histoire sous la forme d'un récit.

 

Il y a 7 heures, SébastienO a dit :

utilises-tu des balises pour t'orienter dans ton palais mental?

J'ai des repères mnémotechniques liés à des détails de ma table de rappel, mais je suis curieux de savoir ce que tu entends par balise ? Ça me semble être un élément intéressant...

 

À côté de ça j'ai commencé à apprendre un système PAO pour jeu de cartes, mais j'ai un peu de mal à retenir mes associations. Je suis tombé aujourd'hui sur les fameuses Cult Movies Cards, et j'ai accroché direct ! Les idées sont géniales et les illustrations sont très bien pensées. 

  • J'aime 2
Publié le

Bonjour amis de la mémoire,

Je lis bien entendu avec passion ce message et je voulais partager avec vous mon expérience sur Pi suite aux dernières réflexions d'Adriano et GaetanD.

Personnellement, je suis un adepte de la table de rappel et je me suis servi de celle-ci, il y a... plus d'une vingtaine d'années maintenant... pour mémoriser le nombre Pi. J'ai découvert cette idée alors que je venais de découvrir la mnémotechnie avec "Les secrets de la mémoire" de Dominique Plessis, dans lequel il évoque le nombre Pi, tel qu'il figure au Palais de la découverte de Paris, à savoir avec 707 décimales.

J'ai recopié ce nombre par dizaines de décimales, en identifiant ces dizaines (la 1, la 2, etc.), et c'est ainsi que je l'ai mémorisé, par dizaine, en "accrochant" chacune d'elles sur une image de ma table de rappel. Ainsi j'avais placé 70 "histoires courtes" qui codaient les dizaines, sur les 70 premières images de ma table et je demandais aux spectateurs de m'interroger. Ils me demandaient donc quelle était, par exemple, la 36ème dizaine de décimales (qu'ils pouvaient facilement trouver sur le carton que je leur remettais) et après quelques secondes de réflexions, je récitais les décimales, de la 361ème à la 370ème.

L'avantage de la table de rappel, c'est que je pouvais aller très rapidement à la bonne dizaine, c'était parfois presque immédiat. Je ne me souviens plus du temps qu'il m'a fallut pour tout mémoriser, mais dans tous les cas, c'était un excellent exercice...

A bientôt.

Benoît

  • J'aime 4
  • Merci 2

Benoit Rosemont

www.benoitrosemont.com

Publié le
Il y a 19 heures, GaetanD a dit :

L'Abbé MOIGNO avait retenu a l'époque 120 decimales du nmbre PI.

Alors ça, ça me la coupe ! O.o

  • Haha 3

L'important, c'est que ça valide !

Publié le
il y a 35 minutes, Alx a dit :

Alors ça, ça me la coupe ! O.o

C'est a ça que sert le saut de coupe .... 😂😂😂😂

Sinon c'est que je sache qui est l'Abbé MOIGNO qui te l'es coupe ou qu'il a pu pour l'époque retenir 120 décimales, avec une phrase mnémotechnique je crois ....

Keep cool & pense a un objet du quotidien mais pas une maison ... un soleil ou un bonhomme ;) 

Publié le
il y a 21 minutes, GaetanD a dit :

c'est que je sache qui est l'Abbé MOIGNO qui te l'es coupe ou qu'il a pu pour l'époque retenir 120 décimales, avec une phrase mnémotechnique je crois ....

A vrai dire, c'était surtout une blague sur le nom de l'Abbé (un patronyme on ne peut plus pertinent, puisqu'il a poussé le gag jusqu'à amputer le mot "moignon" d'une lettre).

Je connais pour ma part le poème d'Archimède, un poème mnémotechnique assez connu du grand public et qui permet de retenir les 120 premières décimales de Pi (et encore : je ne connais que le premier quatrain, donc 30 décimales :D)

Citation

Que j'aime à faire apprendre ce nombre utile aux sages !
Immortel Archimède, artiste ingénieur,
Qui de ton jugement peut priser la valeur ?
Pour moi, ton problème eut de pareils avantages.

Jadis, mystérieux, un problème bloquait
Tout l'admirable procédé, l'oeuvre grandiose
Que Pythagore découvrit aux anciens Grecs.
O quadrature ! Vieux tourment du philosophe !

Insoluble rondeur, trop longtemps vous avez
Défié Pythagore et ses imitateurs.
Comment intégrer l'espace plan circulaire ?
Former un triangle auquel il équivaudra ?

Nouvelle invention : Archimède inscrira
Dedans un hexagone; appréciera son aire
Fonction du rayon. Pas trop ne s'y tiendra :
Dédoublera chaque élément antérieur ;

Toujours de l'orbe calculée approchera ;
Définira limite; enfin, l'arc, le limiteur
De cet inquiétant cercle, ennemi trop rebelle !
Professeur, enseignez son problème avec zèle !

Je n'en connais pas l'auteur (d'ailleurs, si l'un d'entre vous peut me l'indiquer, je lui en saurai gré ^_^), donc je ne sais pas si ce texte est antérieur à celui de l'Abbé Moigno. Mais il a l'avantage d'être assez facile à mémoriser (le texte n'est pas abscons, chaque vers est un alexandrin...) donc j'imagine qu'il est postérieur...

 

L'important, c'est que ça valide !

Publié le
Le 31/10/2018 à 20:46, SébastienO a dit :

David and Sarah Trustman, les auteurs de The Memory Arts, ont fait une conférence TEDx

Conférence très généraliste, mais finalement pas HYPER abordable pour des débutants absolus dans les tous premiers exemples qu'ils choisissent. Je me suis penché sur leur bouquin, et je n'ai pas été conquis. Certaines images sont bien trouvées, mais la division qu'ils proposent en 4 images par symbole est bancale dans de nombreux cas, selon moi.

Il y a 14 heures, Adriano a dit :

Je suis tombé aujourd'hui sur les fameuses Cult Movies Cards, et j'ai accroché direct ! Les idées sont géniales et les illustrations sont très bien pensées.

Yes, j'en parle notamment dans cette vidéo :

 

 

il y a une heure, Alx a dit :

Je connais pour ma part le poème d'Archimède, un poème mnémotechnique assez connu du grand public et qui permet de retenir les 120 premières décimales de Pi [...] Je n'en connais pas l'auteur (d'ailleurs, si l'un d'entre vous peut me l'indiquer, je lui en saurai gré ), donc je ne sais pas si ce texte est antérieur à celui de l'Abbé Moigno. Mais il a l'avantage d'être assez facile à mémoriser

On me parle souvent de ce poème sur Mnemonaute, en tout cas la première phrase.
Si c'est OK pour les 10 premières décimales (et encore...), ça devient complètement bancal quand on veut pousser le bouchon un peu plus loin.
Et donc, je dé-tes-te ce genre de technique pour plein de raisons.
1. Quand même, ce poème est moche et de nombreuses phrases n'ont pas un sens évident. Donc pas mémorable. En tout cas pas facilement.
2. Le lien entre les chiffres et le nombre de lettres de chaque mot n'est pas évident. Il faut être capable de réciter tout le poème, puis compter les lettres de chaque mot pour enfin restituer Pi.
3. Le poème n'est en réalité pas plus simple à apprendre que Pi lui-même.
4. En cas de trou dans le poème, tu es foutu. Quelle roue de secours, quel lien logique ? Quel accroche mnémotechnique autre que le par coeur ? Si tu trébuches sur un mot, tu ne peux pas le remplacer par un autre.
5. Il nécessite un EFFORT de mémorisation et de restitution, là où des associations remontent d'elles-mêmes dès qu'on les a créées suffisamment fortes. Créativité > Mémorisation brute
6. Il faut passer par une phase de subvocalisation pour répéter le poème, alors que les associations visuelles pourront défiler devant les yeux, laissant la bouche disponible pour annoncer les chiffres au fur et à mesure de l'histoire de Pi.

  • J'aime 1
Publié le (modifié)
Il y a 16 heures, Adriano a dit :

Merci pour tes questions @SébastienO.

Merci pour tes réponses :)

 

Il y a 16 heures, Adriano a dit :

J'ai commencé simplement par me créer une histoire en liant les décimales de Pi avec ma table de rappel à 100 numéros.
Donc en les apprenant 2 par 2.

J'ai ensuite développer un palais mental imaginaire pour y stocker les images.

Du coup, tu ne places que 2 chiffres (1 élément de ta table de rappel) dans chaque lieu de ton palais mental, ou tu en lies plusieurs à chaque emplacements?

 

Il y a 16 heures, Adriano a dit :

J'ai des repères mnémotechniques liés à des détails de ma table de rappel, mais je suis curieux de savoir ce que tu entends par balise ? Ça me semble être un élément intéressant...

Avec le terme balise, j'entends points de repères.

Cela revient à faire ce que tu voulais faire pour ton palais, c'est à dire numéroter les spots. Mais je ne vois d'utilité aux balises que lorsque tu veux te localiser dans ton palais mental.

Car si le but est simplement de restituer une liste de chiffres dans l'ordre, la table de rappel et le palais mental suffisent.

Et pour le coup, cela revient aussi à faire ce dont parle @Benoit ROSEMONT, attribuer les mots de sa table de rappel pour restituer les chiffres par groupe de 10.


Un autre exemple de balises ou points de repères est la technique utilisée par Jonas Von Essen (et probablement beaucoup d'autres) lorsqu'il veut par exemple retenir les 100 derniers films oscarisés.

Il rajoute un élément à toutes les positions multiple de 5 de son palais mental (ça peut être un ballon que tu accroches à tous les éléments positionnés en 5,10,15,20 etc.. position). Éléments qui permettent de revenir rapidement à différents endroits de ton palais mental, sans avoir à se réciter toute la liste.

 

Il y a 16 heures, Adriano a dit :

À côté de ça j'ai commencé à apprendre un système PAO pour jeu de cartes, mais j'ai un peu de mal à retenir mes associations. Je suis tombé aujourd'hui sur les fameuses Cult Movies Cards, et j'ai accroché direct ! Les idées sont géniales et les illustrations sont très bien pensées.

J'ai moi aussi repris entièrement mon PAO en m'inspirant en grande partie du jeu Cult Movie Cards. Et je trouve aussi que les associations pour certaines cartes sont géniales, et font le travail toutes seules.

 

 

Toujours au sujet de Pi, voici un petit jeu permettant de réciter les 150 premières décimales.

https://www.sporcle.com/games/g/pi

 

Et une vidéo de Joshua Foer sur comment mémoriser les premières digits de Pi.

 

 

Merci @Benoit ROSEMONT pour ton partage :).

Il y a 4 heures, Benoit ROSEMONT a dit :

Personnellement, je suis un adepte de la table de rappel et je me suis servi de celle-ci, il y a... plus d'une vingtaine d'années maintenant... pour mémoriser le nombre Pi.

J'ai recopié ce nombre par dizaines de décimales, en identifiant ces dizaines (la 1, la 2, etc.), et c'est ainsi que je l'ai mémorisé, par dizaine, en "accrochant" chacune d'elles sur une image de ma table de rappel. Ainsi j'avais placé 70 "histoires courtes" qui codaient les dizaines, sur les 70 premières images de ma table

Mais tu avais déterminé une image pour chaque nombre de 01 à 99, reliée ensuite aux nombres de ta table de rappel?

Tu avais ainsi deux tables?

 

Il y a 4 heures, Benoit ROSEMONT a dit :

et je demandais aux spectateurs de m'interroger. Ils me demandaient donc quelle était, par exemple, la 36ème dizaine de décimales (qu'ils pouvaient facilement trouver sur le carton que je leur remettais) et après quelques secondes de réflexions, je récitais les décimales, de la 361ème à la 370ème.

L'avantage de la table de rappel, c'est que je pouvais aller très rapidement à la bonne dizaine, c'était parfois presque immédiat.

Oui et c'est aussi tout l'intérêt supplémentaire dans le fait de réciter le nombre Pi. De ne pas simplement le réciter dans l'ordre mais d'être capable de restituer n'importe quelle séquence à partir d'une autre séquence citée (dans ton cas, les dizaines)

Et je ne vois que deux façons possibles de restituer de cette manière n'importe qu'elle séquence.

Celle où on détermine pour nous même comment seront segmentés les chiffres, par dizaines, par pièces ou lieux d'un palais mental. Cet agencement sera celui que l'on montrera aux spectateurs.

C'est ce que fait Jonas von Essen sur cette vidéo.


Il y a aussi cette vidéo de Nelson Dellis où il parle du record/challenge "Everest of Pi challenges" ou "Pi matrix memorization".

http://worldpifederation.org/Pi Matrix.html

Je pensais d'abord que c'était une mémorisation plus "brut", où on est capable de restituer n'importe qu'elle séquence sans segmentation évidente pour le spectateur. Ainsi pour restituer la séquence, il faudrait identifier l'image correspondante parmi les centaines d'images et/ou de pièces de notre palais mental.

Mais en regardant attentivement la vidéo, on voit que les 10 000 chiffres sont organisés et demandés en restitution par séquence de 5.

C'est d'ailleurs ce qui est précisé sur la page officielle du challenge.

Citation

The Pi Matrix Challenge is also called the 'Everest of Memory Tests'. It requires the memorizer not only to know the actual order of the first 10,000 digits of pi, but also to know the digits in the correct order from anywhere in the sequence. It is a bit like learning a book, and then being given a sequence of just a couple of words from it, and asked to remember the words that appear on either side.

The first 10,000 digits of pi are divided into 2000 5-digit blocks. The testers call out one of these 5-digit sequences, and the candidate must say the 5-digt sequence before - and the 5-digit sequence after the choosen sequence. This happens 50 times. The record is for the time taken to recall the event, with no errors.

 

 

Il y a 2 heures, Alx a dit :

Je n'en connais pas l'auteur (d'ailleurs, si l'un d'entre vous peut me l'indiquer, je lui en saurai gré ^_^), donc je ne sais pas si ce texte est antérieur à celui de l'Abbé Moigno.

La source la plus ancienne que j'ai trouvée vient chronologiquement après l'Abbé François-Napoléon-Marie Moigno.

Le poème est cité dans l'ouvrage de 1898 d'Alphonse Rebière, Mathématiques et mathématiciens (page 383).

https://fr.wikisource.org/wiki/Mathématiques_et_mathématiciens

https://fr.wikisource.org/wiki/Décimales_de_π

 

il y a une heure, Chakkan (David) a dit :

Conférence très généraliste, mais finalement pas HYPER abordable pour des débutants absolus dans les tous premiers exemples qu'ils choisissent. Je me suis penché sur leur bouquin, et je n'ai pas été conquis. Certaines images sont bien trouvées, mais la division qu'ils proposent en 4 images par symbole est bancale dans de nombreux cas, selon moi.

Je n'ai pas lu leur livre mais j'ai eu la même sensation. Les bases sont là mais la démonstration est confuse.

Dans le sens où ils veulent en expliquer beaucoup en peu de temps.

Et la présentation aurait mérité d'être plus vivante (voir plus interactive) surtout pour laisser en mémoire justement des idées sur la mémoire :).

 

Et pour ton analyse sur le poème, à nouveau d'accord avec toi. Pour moi le truc le plus rédhibitoire, c'est de devoir apprendre un truc aussi compliqué que Pi lui-même.

Bon je dois avoir de mauvais souvenirs du primaire :D, où il fallait souvent apprendre des poésies par coeur, mais toujours est-il qu'apprendre un texte pareil, qui plus avec un language peu familier, est finalement beaucoup plus difficile que d'apprendre sa propre histoire avec ses propres images.

Modifié par SébastienO
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Publié le
il y a une heure, SébastienO a dit :

Bon je dois avoir de mauvais souvenirs du primaire :D, où il fallait souvent apprendre des poésies par coeur

Quel bonheur de faire apprendre à ma fille ses poèmes avec des palais mentaux ! :D 
2 min pour lire le poème, 10 minutes pour créer les accroches avec elle, et ... ben c'est tout. C'est su et on va jouer !

  • Haha 1
Publié le
il y a 12 minutes, Chakkan (David) a dit :

Quel bonheur de faire apprendre à ma fille ses poèmes avec des palais mentaux ! :D 
2 min pour lire le poème, 10 minutes pour créer les accroches avec elle, et ... ben c'est tout. C'est su et on va jouer !

Je rebondis là-dessus parce qu'un truc me turlupine depuis longtemps avec l'apprentissage scolaire des poésies. Alors pour une fois qu'un spécialiste de la mémoire aborde le sujet (et que d'autres spécialistes participent à la discussion), c'est l'occasion ou jamais :D

A quoi sert cette tradition scolaire de la récitation ? L'argument généralement avancé est celui de "faire travailler la mémoire"*. Je ne pratique pas du tout la mnémotechnie, et si j'ai une mémoire relativement correcte, je n'ai aucun entrainement. Je mémorise les mêmes choses que tous les profanes (numéros de téléphone, mots de passe, adresses, etc.), mais c'est toujours fait de manière intuitive, et je ne connais les méthodes des "pros" (palais mental, tables de rappel...) que de loin, c.à-d. que je sais que ça existe, je comprends comment ça fonctionne mais je ne m'y suis jamais essayé.

Bref, de mon point de vue de béotien, j'ai l'impression que l'apprentissage par coeur des fables de Lafontaire ou des poèmes de Prévert n'apporte pas grand chose, et serait peut-être même contre-productif par rapport à la mise en place d'outils mnémotechniques plébiscités par les spécialistes.

Qu'en pensez-vous, @Chakkan (David), @Benoit ROSEMONT ou @SébastienO ? (ou les autres, hein : pardon à ceux que je n'ai pas cités ;))

*D'autres arguments, moins convaincants, concernent la culture : ça permet à l'enfant de connaître les poèmes (et les poètes) francophones majeurs, ou de bénéficier de la moralité (dans le cas des Fables de Lafontaine, en particulier). Mais je trouve que cet argument ne tient pas la route : il suffirait de lire le poème et d'en discuter en classe pour bénéficier de ces aspects...

L'important, c'est que ça valide !

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Dès le début de l'été, nous avons commencé à esquisser une trame narrative, puis j'ai sélectionné deux effets : Le crâne flottant, parfait pour évoquer la légende du fantôme gardien du trésor. La multiplication des bouteilles, car un pirate boit du rhum… beaucoup de rhum. Petite contrariété matérielle : impossible de trouver un set de Multiplying Bottles avec des étiquettes de rhum dans les délais. Je me suis donc rabattu sur le set Wine Bottle de chez TCC Magic (esthétique, en promotion, et après tout, un pirate peut très bien apprécier le vin !). J’ai reçu le matos fin août pour une prestation prévue le 3 octobre. La mise en place et les arbitrages du quotidien Fin août, je découvre la mécanique des deux tours : Pour les bouteilles, je m’inspire de la démonstration classique de Paul Daniels. Pour le crâne, je me contente de la vidéo fournie par Le Petit Magicien. Mais soyons honnête : je n’ai pas pu prioriser la préparation à 100 %. Entre ma première rentrée en tant que professeur et mon inscription à de nouvelles activités musicales, je n'ai pas mis toutes les chances de mon côté. Comment organiser ces effets pour bâtir une histoire cohérente ? La trame se dessine pas à pas : un pirate revient de sa chasse au trésor avec un coffre. Il l’ouvre, se retrouve confronté à un crâne gardien, puis va boire un coup pour se remettre de ses émotions. Je me dis qu’il serait amusant d'intégrer un ou deux gags avec une peluche de lapin (car un lapin porte malheur sur un bateau !). Mais comment justifier sa présence ? Et comment expliquer logiquement la multiplication incontrôlable des bouteilles ? J'imagine alors l'idée d'un magicien pris en stop sur le navire, provoquant des phénomènes anormaux… C'est un peu téléphoné, mais le temps presse. Répétitions et trous de mémoire En travaillant le crâne, je découvre des muscles insoupçonnés dans mon avant-bras et mon poignet. Quant aux bouteilles, la routine demande un rythme soutenu pour être percutante. Cherchant à reproduire la structure de Paul Daniels sans avoir exactement le même nombre de flacons, j'adapte le final en intégrant une vraie bouteille de vin. Même sans exiger une technique digitale d'une complexité extrême, la routine comporte une multitude de phases à enchaîner sans hésitation. Et là, blocage : je n'arrive pas à mémoriser l'enchaînement fluide des passes. Est-ce l’âge ? Le stress ? La charge mentale de la rentrée (préparation des cours, guitare, sport, vie de famille) ? Pour pallier ces oublis, je passe une journée entière à concevoir un storyboard illustré qui me sert d'anti-sèche. Focalisé à 100 % sur la mécanique, je passe complètement à côté de la théâtralisation. C'est seulement 48 heures avant de monter sur scène, alors que je suis une vraie pelote de nerfs, que je réalise : « Ah, mais il me faudrait tel accessoire ! Et peut-être une entrée en scène comme ceci… » Et encore, je ne parle là que de quelques détails matériels, pas d'incarner mon personnage. Une vraie erreur de débutant (ce qui tombe bien, puisque c'est un peu ce que je suis !). Le jour J : Le filage dans les coulisses Je découvre un univers totalement inconnu. Je ne sais pas comment fonctionne l'envers du décor, où me placer, ni ce qu'on attend exactement de moi. Heureusement, les confrères du club sont bienveillants et me guident : nous calons la bande son et la régie. La configuration des coulisses fait que mon matériel est stocké dans un coin très sombre où je ne vois rien (et où je ne verrai rien non plus au moment de préparer mon plateau). C'est évidemment dans ces moments-là que surgissent les oublis du direct : « Ah mince, il n'y a pas de table ! » « Ah oui, une nappe serait quand même plus esthétique… » « Oups, je ne t'ai pas donné la bonne piste audio. » Rien de tel pour se détendre avant le grand saut ! En observant les autres magiciens ajuster leurs passages, je mesure la marche qui me sépare des professionnels : c’est fluide, carré, et extrêmement inspirant. Le jour J : Le passage sur scène En coulisses, le présentateur doit meubler : je suis en train de remplir mes charges de jus de raisin à la hâte. À deux reprises, j'entends mon nom résonner dans la salle sous les applaudissements alors que mon matériel n'est pas prêt. Deux secondes avant l'ouverture du rideau, horreur : l'un des sets de bouteilles gigognes n'est pas masqué dans son tube et reste parfaitement visible. Je traverse la scène en courant pour rectifier l'erreur in extremis. Le rideau s'ouvre… c'est parti. L'entrée et le texte : Je tente de jouer mon rôle de pirate dès les premières secondes, mais je sens immédiatement que ça sonne faux. Changement de braquet instantané : je repasse en mode naturel. Ne disposant d'aucun texte écrit au mot près, je ne maîtrise pas mes paroles. Je suis stressé au possible, au bord de la liquéfaction. Le coffre et le lapin : J'ouvre le coffre, en sors quelques bijoux, puis enchaîne sur le gag du lapin que j'expulse du navire à coups de pied et de pelle. Le public réagit et rigole. Dans le micro micro-casque, j'entends mon propre souffle résonner fort. Le crâne volant : Je sors le crâne du coffre. Plutôt que de jouer la frayeur (un pirate n'a peur de rien), je lance la lévitation sur Fifteen Men on a Dead Man's Chest. Malgré une légère tremblote, la lévitation se déroule très bien et l'effet visuel fonctionne parfaitement sur la musique. La multiplication des bouteilles : Le moment de transition arrive et je perds un instant mes repères. Pas le trou noir complet, mais pas loin. Je me lance quand même. Je me mélange un peu les pinceaux et deux verres apparaissent beaucoup trop tôt. Je marque la surprise — se laisser dépasser par la magie faisant partie du personnage — et je continue tant bien que mal. La suite reste hésitante, mais le final prévu rencontre un véritable succès. C'est l'avantage de la magie de scène : le public retient principalement la force du climax ! Le rideau se ferme sous les applaudissements. Je suis trempé de sueur, le cœur battant, mais vivant. Il faut immédiatement courir débarrasser le plateau pour le passage suivant. Je peux enfin respirer. Ce n'était pas parfait, mais les retours du public sont chaleureux et les gens ont passé un bon moment. Le contrat est rempli. Place à l'analyse ! Après le passage : Debriefing et enseignements 1. Incarner le personnage plutôt que de jouer au magicien Les retours de mes confrères du club et de mon épouse sont unanimes : il faut incarner le personnage. Sur scène, j'étais davantage un magicien déguisé qu'un véritable flibustier. Un pirate a une voix rauque, grommelle, jure, et adopte une démarche particulière (il boite ou roule des épaules comme sur le pont d'un navire). C'est cet aspect théâtral qu'il faut travailler en priorité. 2. Le costume et la cohérence des accessoires Mon costume manquait d'impact, car composé de pièces dénichées à la maison. Si l'on choisit l'univers de la piraterie, il faut aller jusqu'au bout : cuissardes, sabre, pistolet d'époque, pantalon ajusté… Même constat pour les accessoires : mon « trésor » était composé de minuscules bijoux de déguisement de princesse, invisibles au-delà du troisième rang. Il faut du gros, du rutilant, du lisible de loin. 3. Le piège de la vidéo et la fluidité de parole Une véritable incarnation permet de fluidifier le texte et d'éliminer les tics de langage. En visionnant l'enregistrement réalisé par mon épouse, le constat est sans appel : j'ai arrêté de compter les « euh… » et les « Ah la la, c'est terrible ! ». Sur le moment, je ne m'en étais même pas rendu compte ! La vidéo est un outil de travail aussi cruel que formidable. 4. La technique au service du spectacle Côté manipulation, la technique sur les deux effets s'est révélée très correcte. Cela confirme un grand principe théorique souvent lu dans la littérature magique : la technique pure est secondaire pour le public. Ignorant le déroulé théorique du tour, les spectateurs ne s'aperçoivent presque jamais des petites erreurs de parcours si l'attitude reste naturelle. Des effets visuellement forts et techniquement accessibles, soutenus par une bonne théâtralisation, constituent la combinaison idéale sur scène. Je réserverai désormais les routines plus techniques au close-up. Pistes d'évolution et réflexions futures Cette expérience m'a apporté deux enseignements majeurs pour la suite : Ajustements sur le numéro actuel : Inverser l'ordre des effets (par exemple tenter de faire entrer le crâne dans le coffre, ce dernier refusant d'y retourner, ce qui explique sa lévitation). Alignement avec sa vraie personnalité : Incarner un pirate exige un travail d'acteur exigeant. Suis-je totalement à l'aise dans ce registre ? Pas si sûr. Dans la vie de tous les jours (et dans mon métier d'enseignant), j'ai plutôt un profil de « savant un peu fou » qui fonctionne très bien. Pourquoi ne pas capitaliser sur ce que je suis naturellement ? Plutôt que de composer un rôle à l'opposé de ma nature, développer un personnage de scientifique distrait cherchant à modéliser ou rationaliser les lois de la magie me permettrait d'être instantanément plus authentique sur scène. L'idée du pirate reste magnifique et inspirante, mais le chantier m'a permis de prendre la mesure du travail scénique nécessaire. Une très belle première étape riche en enseignements !
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