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Patrick FROMENT

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Tout ce qui a été publié par Patrick FROMENT

  1. Tout à fait ! C'est marrant, je viens de parler de Nagarjuna et du Madhyamaka dans l'autre fil (celui qui est plus philosophique et moins scientifique).
  2. Pour faire court et relativement simple : Dans le bouddhisme du Grand Véhicule, les deux systèmes philosophiques sont le Cittamatra (qui est ce que Matthieu Ricard appelle "l'école de l'esprit seul") et le Madhyamaka qui est la philosophie de Nagarjuna (on appelle aussi le Madhyamaka "la voie du milieu"). Si le Cittamatra est un système que l'on peut qualifier d'"idéaliste", ne vas pas croire, pour autant, que le Madhyamaka soit matérialiste. Le Madhyamaka est un système de déconstruction de tous les concepts (matière, esprit...) qui a parfois été assimilé à un nihilisme. Dans la pratique ces deux systèmes philosophiques historiques ont été échaffaudés pour comprendre et systématiser l'enseignement du Bouddha et ils cohabitent parfaitement, aujourd'hui, dans les différentes traditions bouddhistes du grand véhicule sans réel antagonisme. En fait les deux se complètent. Le Cittamatra étant une phénoménologie de l'esprit et une explication de la loi du karma et le Madhyamaka permettant d'appréhender le concept de Vacuité qui est au centre du Bouddhisme.
  3. A propos du bouddhisme et de l’idéalisme absolu (ou idéalisme immatérialiste) : Là où je suis, j’ai accès à l’ouvrage Le Moine et le Philosophe, très bon livre de dialogues entre Matthieu Ricard, moine bouddhiste, et son père le philosophe Jean François Revel. Voici un court extrait du livre : Petite note de Shiva ( ) : Déjà nous voyons les nuances infinies que ce sujet suscite : On ne nie pas la perception ordinaire que nous avons des phénomènes. Mais on nie que ce monde possède une réalité intrinsèque en dernière analyse. D’autre part, lorsque Matthieu Ricard dit : "Ce monisme a été réfuté au sein même du bouddhisme". Il se réfère à la manière dont le bouddhisme tibétain présente les choses. Peut être, Matthieu Ricard essaie-t-il, aussi, de rassurer son père (et de te rassurer par la même occasion, Kristo) sur le fait que le bouddhisme est une religion/philosophie "rationnelle" (ce qui est une projection ou un fantasme de bien des occidentaux à propos du bouddhisme). Je peux te dire, en tout cas, que certaines traditions bouddhistes sont très imprégnées d'idées qu'on peut relier ou rapprocher de l'idéalisme absolu de Berkeley (le Zen ou le Dzogchen, par exemple). Par ailleurs, l'école dite de "l'esprit seul" dont parle Matthieu Ricard constitue l'une des deux grandes traditions philosophiques du Bouddhisme du Grand Véhicule et est donc très importante du point de vue historique.
  4. Je me dis, parfois, que ce forum est un Signe de l'irréalité de l'existence...
  5. Beaucoup d’hindouistes et de bouddhistes adhèrent à cette thèse. Le fait que le monde soit une illusion créée par l’esprit est clairement posé dans certains textes du bouddhisme (Le Lankavakara Soutra par exemple, ou le Dhammapada (les paroles du Bouddha) dans lequel il est dit "Avec nos pensées nous créons le monde"). Du côté de l'hindouisme, on trouve des thèses similaires dans le Vedanta. Pour ce qui est des croyants des religions monothéistes. Ils pensent plutôt que le monde (donc la matière) a été créé par Dieu. Ces personnes ne prennent pas toutes le récit biblique de la Genèse au pied de la lettre (la création en sept jours etc…) mais ils se disent quelque chose comme : "Tout ça n’a pas pu arriver comme ça par hasard". La plupart des croyants dans nos sociétés modernes font une sorte de synthèse de ce qui dit la science et de ce que dit la religion. Une des hypothèses étant, par exemple, que Dieu a très bien pu utiliser le processus de l’évolution des espèces. Néanmoins, au bout du compte, ils croient en un créateur et, comme Dieu est esprit, ce créateur, c’est bien l’esprit, pardon… l’Esprit qui crée la matière… Ce qui d’une certaine façon est encore plus fou que de concevoir l’esprit qui rêve du monde et de la matière. Tu vois, Kristo, les thèses que je présente ici sont loin d’être aussi ridicules et marginales qu’une première lecture pourrait le laisser supposer.
  6. Heureusement, ou malheureusement, il y a de moins en moins de gens qui adhèrent à la vision numéro 2. En es-tu si sûr que ça Kristo ? La vision idéaliste qui considère que la nature ultime de la réalité se situe plutôt du côté de l’esprit me semble, au contraire, être très majoritaire. Il semblerait, effectivement, que, au jour d’aujourd’hui, le nombre de croyants soit plus important que le nombre d’athées dans le monde. D’après une étude de la National Secular Society, il y aurait 59% de personnes qui se conçoivent comme religieuses, 23 % comme "non religieuses" et seulement 13 % de personnes qui se déclarent athées convaincus. Or, le point de vue de toutes les religions quelles qu’elles soient est, me semble-t-il, justement, de poser l’esprit au dessus de la matière. Nous pouvons rajouter à ça les athées qui ne se réclament pas du matérialisme mais de l’idéalisme (j’en ai parfois rencontré) et nous pouvons supposer que la vision idéaliste est largement majoritaire dans le monde (crois bien que je n’en tire aucune vanité ni conclusion hâtive, je constate simplement). Encore une fois, la vision idéaliste n’est pas forcément immatérialiste comme peut le laisser penser la formulation de Christian. La vision immatérialiste, celle qui va jusqu’à nier l’existence de la matière est une position extrême et marginale de l’idéalisme (position qui a été défendue, en Occident, par le philosophe George Berkeley, entre autres). Si on adhère à la thèse matérialiste qui veut que la conscience provient de la matière inerte, il n’est pas beaucoup plus ridicule de penser que les particules élémentaires ont, elles aussi, un niveau de conscience. Il y a certes une différence de complexité entre un cerveau et une particule élémentaire. Néanmoins une particule élémentaire a sa propre organisation, sa propre danse, alors pourquoi pas sa forme de conscience ?
  7. Je suis en retraite de méditation mais nous avons un programme cool et je sors un peu de ma grotte ( ). J’en profites pour rebondir sur les derniers messages. Déjà une petite référence de plus dans ce fil qui en regorge : A propos des approches intégrales et d’une vision du Tout, il y a aussi Ken Wilber , très peu connu en France mais considéré comme le "Einstein de la conscience" par certains américains. Quelques uns de ses livres (trop peu) sont traduit en trançais. Superbe formulation qui résume mes doutes, mes sympathies philosophiques et mes contradictions. Merci Christian, ça fait du bien de se sentir compris ! L’idée que ce monde puisse être une vaste farce créé par ma conscience est effectivement une idée que je trouve assez séduisante et… jubilatoire ! Notons quand même que l'idéalisme est un courant très vaste en philosophie et que l'idéalisme n'est pas forcément une pensée immatérialiste mais bon ne chipotons pas ! Sinon, plus sérieusement, le point sur lequel je ne cesse de mettre l’accent, dans ce fil, est le suivant : la conscience est une certitude expérentielle. Il est impossible de douter de la conscience. C’est, d’ailleurs à peu près la seule chose dont nous pouvons être certain : nous sommes conscients, nous percevons des phénomènes et nous sommes même conscients d’être conscients. (Christian a laissé entendre ça et là que cette conscience pourrait être, elle aussi, une forme d’illusion. Je serais curieux que tu développes ça Christian). En revanche ce que nous percevons (les phénomènes, le monde et la matière) est toujours sujet à caution. Nous pouvons très bien être dans une sorte de grand rêve ou d’hallucination collective (j’aurais l’occasion, certainement, de redévelopper l’argument du grand rêve). S’il y a donc une réalité ultime (notre intuition et notre intelligence nous pousse à penser qu’il y en a bien une), cette réalité ultime se situe, à mon sens, plutôt du côté de l’esprit que de la matière. Philosophiquement, je suis donc effectivement, clairement, dans le "camp" idéaliste. Cependant… Christian a listé trois grandes approches philosophiques du problème cerveau-esprit (et nous sommes là au coeur de la question posée par ce fil). D’une certaine façon les trois grandes approches que cite Christian (ainsi que la démonstration que je viens de faire) reposent sur une forme de dualité ou d’opposition entre l’esprit et la matière. Une approche intégrale nécessiterait d’unifier ou de dépasser cette vision. Je crois que j’ai déjà cité cette phrase du physicien David Bohn quelque part : A mon avis, il existe quelque chose de plus subtil que l’esprit ou la matière, quelque chose qui est le début et la fin de tout, quelque chose d’où naissent cet esprit et cette matière. ... Je vous laisse, je retourne sur le coussin. Nul doute que ces pensées nourriront ma méditation du jour.
  8. Ton propos permet de boucler sur une excellente question que nous avons très peu abordé encore mais qui mérite à mon avis quelques pages ici ( ). La question est quelque chose comme : L’idée (ou l’interprétation) que nos perceptions sont le reflet d’un monde extérieur à notre conscience est-elle quelque chose d’inné ou d’acquis (voire de construit par notre développement psychologique mais aussi l’éducation et divers conditionnements) ? Le foetus a-t-il l’idée d’un monde extérieur ou bien baigne-t-il simplement dans un océan de sensations ? Qu’en est-il du bébé ? Comment se construit l’idée d’un monde séparé ? A quel moment ? A quel âge ? En fonction de quels évènements? Et celle d’un moi séparé ? (car c’est à peu près la même histoire pour le moi séparé). Là pour le coup, il y a quelques réponses scientifiques (en psychologie du développement et en neurosciences notamment). Bon… plus le temps là… Je file ! Bisous,
  9. Coucou les Amis, Merci, à vous, de continuer à alimenter le débat… Je ne vais pas être beaucoup disponible durant la semaine à venir (Christian sait pourquoi ). Néanmoins je rebondis sur vos messages : Je ne suis pas certain que nous puissions dire que les arguments que j’ai avancé sont de nature "scientifique", Kristo (pour les arguments scientifiques, il faut plutôt voir Christian, )… Je dirais plutôt que j’ai listé trois arguments de sens commun qui sont des arguments forts en faveur de l’hypothèse HRE (Hypothèse de la Réalité Externe - c’est comme ça que le physicien Max Tegmark résume cette hypothèse dans son livre Notre univers mathématique, j’aime bien). Nous dissertons depuis des mois sur des arguments philosophiques, scientifiques, spirituels, ontologiques mais il bon de revenir parfois à la logique et au sens commun. J’ai donc listé trois arguments en laissant le lecteur réfléchir dessus et en posant la question "Ces arguments sont-ils autant de preuves indiscutables ? ". Question à laquelle je ne réponds pas encore (faut laisser un peu languir le lecteur, hein ). Je pense néanmoins que le lecteur attentif aura compris mon scepticisme même si, pour l’instant, je n’apporte aucune contre-argumentation. Une autre chose qui était importante (fondamentale!) dans mon propos était de rappeler que nous ne sommes jamais en contact avec les choses elles mêmes mais avec notre perception des choses. Pour reprendre l’exemple de l’arbre : Lorsque tu observes un arbre tu es en contact, en fait, avec un certain nombre d’images et de sensations que ton mental identifie comme étant un arbre. Mais tu n’es en contact qu’avec des perceptions. De l’arbre en lui même tu ne sais rien ! D’où la question qui peut certes sembler un peu ridicule au sens commun, est ce que l’arbre existe réellement ou est ce que je ne suis en contact qu’avec des perceptions que j’étiquette "arbre" ? D’où, aussi, l’idée (qui peut sembler une ineptie totale à certains mais qu’il est difficile, à mon sens, de contredire) : L’existence d’un monde extérieur à la conscience est une hypothèse qu’il convient de démontrer. Rien que ça c'est déjà vertigineux ! Je vous embrasse, A très vite, Pat [video:dailymotion]
  10. Trois ans, R.P. Robert, ça fait bientôt trois ans que dure la farce ! En tout cas merci pour ce sympathique message de Noël. ça fait plaisir de recevoir ce genre de témoignage d’intérêt dans un débat où je m’expose beaucoup et où je passe, tour à tour, pour un illuminé, un provocateur, un fou, un obscurantiste, un manipulateur ou un solipsiste !
  11. Merci Chistian. Je lis dans une de tes citations l'expression "scientifiques mainstream". C'est rigolo cet anglicisme qu'on voit un peut partout, maintenant, accolé à tout un tas d'autres mots. J'avais entendu parlé des médias mainstream, de la musique mainstream, du cinéma mainstream mais scientifiques mainstream, j'avoue que je ne connaissais pas... Est ce qu'on peut dire magicien mainstream, aussi ?
  12. Un Vmiste est venu me titiller, ces derniers jours, sur un autre fil, autour de la question de savoir quels arguments me permettaient de douter de la réalité d’un monde de matière extérieur à la conscience. La communication entre cette personne et moi étant très difficile, il a été impossible d’aller au bout de ce débat. J’ai donc décidé de poser ici l’argument essentiel en termes simples et sans recours à un système de pensée philosophique particulier ou un quelconque charabia (la question de la réalité peut être une question simple). L’argument essentiel est que nous pouvons poser deux hypothèses simples et basiques qui passent couramment pour une même réalité mais qui sont bien deux hypothèses différentes : Hypothèse 1 : Je perçois des phénomènes Hypothèse 2 : Il existe un monde à l’extérieur de moi Ces deux hypothèses, bien sûr, ne sont pas antagonistes, les deux peuvent tout à fait être vraies. Ce sont néanmoins deux hypothèses différentes. Et surtout, il y a une différence de taille entre les deux hypothèses : La première n’a pas besoin d’être démontrée. Elle est l’évidence la plus absolue et le simple constat de notre expérience et de notre réalité la plus ordinaire et la plus quotidienne. La seconde hypothèse, en revanche, est une extrapolation, une interprétation que je surajoute à mes perceptions pour expliquer celles-ci. Cette hypothèse a donc besoin d’être démontrée. La méthode scientifique nous dit (et elle a raison) qu’on ne peut pas prouver que quelque chose n’existe pas et que c’est aux tenants d’une hypothèse d’en fournir la preuve. C’est donc à ceux qui croient qu’il existe un monde physique en dehors de la conscience d’en fournir la preuve (cette proposition était déjà présente dans le premier message de ce fil). Il existe, certes, des arguments forts qui penchent en direction d’un monde physique réel en dehors des perceptions et de la conscience. Puisque c’est Noël, je vais vous en lister ici quelques uns : - Il semble que nous partagions des perceptions communes avec d’autres individus. Si je me promène en forêt et que je vois un arbre, mon ami voit le même arbre que moi. Je peux en discuter avec lui. Mon chien marque son territoire et se soulage volontiers sur cet arbre, il semble donc bien qu’il le perçoive lui aussi. - Il existe une persistance des perceptions : cet arbre qui est là devant moi a de fortes chances d’être là demain et dans un an. - La réalité se présente à moi sous forme de perceptions mais il semble bien qu’il y ait des lois de causalité entre les différents phénomènes. Cet arbre est le résultat d’une graine qui a été semée. Si je fracasse un morceau de plâtre avec un marteau ( ) il éclatera en milles morceaux. Je ne fais donc pas que percevoir mon univers mais il semble bien que je puisse interagir avec lui. Ces liens de causalité qui m’apparaissent sont un argument fort en faveur de l’existence réelle d’un monde de matière dont nos perceptions seraient le reflet. La science est largement basée sur ce concept empirique de causalité et d’interaction avec notre univers. J’arrête là la liste, ces trois arguments me semblent déjà assez forts et ils passent habituellement pour autant de preuves en faveur de l’hypothèse 2. Peut-on considérer, néanmoins, ces trois arguments forts comme autant de preuves absolues de l’existence d’un monde de matière ? … Je vous laisse méditer là-dessus si ça vous intéresse (mon message est déjà beaucoup plus long que ce que je souhaitais) et je ne manquerais pas de vous donner mon avis sur ces trois arguments (si ça vous intéresse).
  13. Ah ben on est des amateurs mais on essaie de fournir un divertissement de qualité !
  14. Oui c’est assez calme en ce moment… Rien de très transcendant sur le forum... C’est normal c’est le mois des affaires : Les pros et les semi-pros font leur saison en faisant quatre ou cinq arbres de Noël les bons jours, les boutiques de magie écoulent leur stock et ceux qui s’improvisent pros profitent de l’aubaine générée par une demande de divertissement magique qui est très forte durant la période de Noël.
  15. Superbe documentaire arte au coeur du sujet de ce fil : [video:dailymotion]
  16. Je crois vraiment qu’il y a un souci Pedro…. Tu commences par me poser une question personnelle en la bornant de telle façon que je ne puisse que répondre que je suis un "fou", un "bouffon" ou quelqu’un d’imbu de moi-même. Je refuse d’entrer dans ce jeu et me voila qualifié, par toi, de quelqu’un qui "refuse le débat", qui fait des "pirouettes dialectiques", qui "manque d’engagement" et qui "se drape derrière un voile artificiel d'un bien miteux mystère mystique". Je te le fais remarquer et te propose d’autres modes de discussion plus sains qui sauvegardent le respect de l’autre et permettent un débat contradictoire. Tu m’accuses alors de "manipulation" et de "manœuvre tout à fait déloyale". Enfin, je passe outre, je réponds à ta question, tu me demande de développer, je développe. Et voilà que tu prends chaque argument d’une manière personnelle et biaisée pour conclure en me disant que ma manière de discuter est détestable... Cela après m’avoir habillé pour l’hiver de tous les mots (et les maux) que j’ai mis entre guillemets ! Si tu ne peux pas écouter ton interlocuteur sans te sentir atteint par chacun des arguments, inutile de lui poser des questions. Ou alors le but était juste de se payer Shiva ? Je suis d’accord ! -------------------------------------------------------------------------------- Très intéressante citation Gilbus. Je ne sais pas si c’est l’esprit dans lequel l’auteur a écrit ces lignes mais, personnellement, je remplacerais l’expression "bon sens" par celle de "sens commun". Il est certain que le sens commun et la logique s’opposent souvent. Après, il faut voir aussi de quelle logique on parle, certaines logiques très exclusives peuvent produire des raisonnements faux. Le recours aux syllogismes peut être le terreau de sophismes. Nagarjuna que j’ai cité plus haut utilisait une logique très inclusive de type tétravalente, j’ai déjà parlé de ça dans un autre fil. Carré du jugement d’Aristote : Tetralemme de Nagarjuna :
  17. Ça se discute… Nagarjuna est un philosophe indien du IIe et IIIe siècle de notre ère dont l’essentiel de l’œuvre consiste en la déconstruction de la réalité ordinaire et de l’esprit conceptuel. Il n'est pas le seul en Orient, je pourrais t'en citer une dizaine d'autres. Tu as une vision très occidentale, très productiviste et très "siècle des Lumières" de la philosophie. Philosopher ce n’est pas que construire des théories. Parfois le philosophe peut être là, simplement, pour montrer que ce que nous tenons pour acquis, sûr et certain est basé sur des hypothèses fragiles voire des croyances. Certains philosophes préconisent l’isosthénie (le conflit des forces équivalentes), c’est à dire de toujours chercher une pensée contraire à la pensée qu’on défend afin de pouvoir déclarer match nul et se libérer ainsi des concepts pour atteindre un état nommé ataraxie ou époché. Ces philosophes ne sont pas dogmatiques au sens où ils ne proposent rien ; ils ne remplacent pas une théorie par une autre. Ils déconstruisent simplement le Réel en termes apophatiques et ne te laissent rien d’autre qu’une nudité jubilatoire et la liberté totale de remplacer toute cette vacuité par ce que tu veux (ou de ne pas la remplacer du tout). Ces philosophes ce sont essentiellement les sceptiques que tu sembles, d’ailleurs, porter en haute estime : Si tu as de tels préjugés sur un courant historique majeur de la philosophie (repris partiellement par Descartes), Pedro, je comprends mieux pourquoi nous peinons à discuter. Ne t’en déplaise, il existe aujourd’hui encore, des philosophes qui se réclament de l’école sceptique. Et il ne s’agit pas des zététiciens pour qui le scepticisme est juste une posture ( ! ) épistémologique. Comme je sais que tu es fan de références et que tu apprécie les débats étayés. Je citerais, par exemple, Alexandre Lacroix, jeune philosophe, actuel directeur de la rédaction de Philosophie Magazine et qui signe un excellent essai sorti récemment qui s’inspire beaucoup de la philosophie des sceptiques de l’antiquité et qui l'assume parfaitement :
  18. Ok… Et ta question simple, si j’ai bien compris, est : Qui-es-tu ?... Un fou, un bouffon ou une personne qui a à sa disposition un savoir qui échappe à tout autre ? Alors je te réponds simplement et succinctement : Je ne me reconnais dans aucune de ces trois propositions. Et si tu tiens absolument à me définir et à cerner mes motivations, je veux bien me présenter comme un philosophe passionné par les questions de la Conscience, de la nature du Réel ainsi que par le thème des perceptions et de l’illusion des perceptions au sens large.
  19. Ok Pedro, Si le sujet t’intéresse et t’interpelle vraiment (ce dont je ne doute pas au vu de tes multiples relances), je te suggère de poser tes questions sur le fil improprement appelé Signes de la Réalité de l’Existence en CdT, fil qui est largement consacré à ce sujet et qui regorge de sources, de liens divers et de références. Je te suggère aussi de poser tes questions de manière, si possible, claire, simple et succincte en évitant de faire appel à un cadre "que rien ne permet de réfuter", ou à des "archives du forum" et "des références que je n’aurais pas donné" (sans plus préciser tes sources). Je te suggère, enfin, de formuler tes questions de manière ouverte sans me soumettre un plan préétabli ou un ensemble de cases, m’enjoignant d’en cocher une (et une seule !). Je te donnerais les réponses qui sont les miennes en me soumettant, autant que possible, aux mêmes règles de simplicité et de concision.
  20. Je craignais que l’intervention et la demande de Pedro ne nous amène à faire un peu de hors sujet au sein de ce fil mais je constate que, au contraire, nous sommes au cœur du problème de certains magiciens face au paranormal (ou face à la métaphysique) : - Le cadre matérialiste et rationaliste posé comme indépassable. - La psychiatrisation de l’interlocuteur qui se trouve accusé de délire mystique ou obscurantiste.
  21. Pedro, Pour quelqu’un qui souhaite ouvrir et susciter le débat, tu as tout de même une curieuse manière de t’y prendre : Tu fixe un cadre matérialiste et rationaliste "valide et que rien ne permet de réfuter" pour discuter de questions qui sont essentiellement des questions philosophiques et métaphysiques. Ensuite tu me proposes trois cases, trois hypothèses, qui selon toi "décrivent exhaustivement les possibles" au sujet de mon comportement et de mes convictions. Au passage, tu caricatures violemment au moins deux de ces hypothèses. L’une d’elle étant assimilée par toi à "posture" et une autre étant carrément psychiatrisée, définie comme "presque psychotique" (et encore "sans abus de langage" SVP ! ). Trois cases par rapport auxquelles le procureur demande à l’accusé de se positionner... Là je fais abstraction de toutes ces petites provocations et je te réponds, gentiment, poliment, sur le fond, en utilisant ta grille de lecture. Ma réponse ne te satisfait pas et tu m’accuses, entre autres choses, de me "draper derrière un voile artificiel d'un bien miteux mystère mystique" puis tu clos le débat. Franchement, Pedro… des fois je me demande qui de nous est le moins raisonnable !
  22. Je vais essayer de te répondre tout aussi simplement et honnêtement en m’abstenant de rebondir sur les multiples références présentes dans ton message, les raisonnements qui sont les tiens ou, encore, les théories scientifiques actuelles "qui sont valides mais certainement incomplètes" mais que "rien ne permet de réfuter". Pourtant il y aurait long à en dire… mais bon ! Alors… Mes interventions relèvent-elles de l’une ou l’autre de ces hypothèses ? Oui et… Non ! Oui car : Oui je suis un indéfectible original qui me plait à jouer avec des idées toutes autant essentielles que paradoxales et toutes aussi impossibles à réfuter qu’à prouver (et, en tout cas, allant largement à l’encontre du sens commun) . Il y a de la vraie magie dans ce jeu intellectuel. (hypothèse 1) Oui je n’ai jamais fait mystère, ici, de mon intérêt pour la métaphysique et j’ai l’intime conviction que la réalité ultime se situe plutôt du côté de l’esprit que de la matière (hypothèse 2). Oui je me sens proche des sceptiques au sens de Phyrron d’Alexandrie ou de Sextus Empiricus, ce que tu nommes les "agnostiques du savoir". (hypothèse 3) Non car : Ma "marotte" (comme tu l’as nommée dans un autre message ) ne vient pas d’une posture (hypothèse 1) ou de l’adhésion à un système philosophique ou spirituel (hypothèses 2 & 3) mais tout simplement d’une expérience. Cette expérience est une expérience intime autour de la nature de la conscience et des perceptions. De cette expérience, je ne souhaite pas m’étendre ici pour plusieurs raisons. La première est que je trouve que je m’expose déjà beaucoup (et suffisamment) sur ce forum. La seconde est que je souhaite écrire, par ailleurs, sur cette expérience dans un autre cadre. Et la troisième raison est que cette expérience n’a plus rien à voir avec l’illusionnisme. Lorsque j’ai parlé, sur ce forum, de ces sujets et de cette question fondamentale de la nature de la réalité et de la conscience, j’ai essayé de le faire toujours en lien avec l’illusionnisme (si on en reste au niveau philosophique et phénoménologique, il y a bien un lien). J’étais aussi intéressé d’avoir des retours d’illusionnistes sur ces questions au coeur du réel.
  23. Il en est un fondamental d'où tout le reste découle : L'univers que nous percevons existe réellement en dehors de notre perception et de notre conscience et il est constitué de matière. ou pour le dire autrement : Nos perceptions (les images que nous voyons, les sons que nous entendons, les sensations kinesthésiques que nous éprouvons etc...) sont provoquées par un monde extérieur à notre conscience qui existe réellement.
  24. Je ne sais pas mais il me semble que la question de l’origine et de la nature de l’esprit et de la conscience est une question qui est loin de faire l’unanimité (y compris chez les scientifiques). Mais bon… j’ai bien peur que nous repartions sur des débats ontologiques du style : - Quel est le lien entre l’activité cérébrale et la conscience ? - La conscience et l’esprit peuvent ils exister en dehors de l’activité cérébrale ? - Est-ce le cerveau qui produit l’esprit ou bien l’esprit qui projette l’idée et la sensation du corps (et donc du cerveau) ? Débats passionnants s’il en est mais qui ont déjà été largement abordés dans le sujet sur les EMI ou celui sur les Signes de la Réalité de l’Existence.
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