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[Télévision] PGCDM sur France 2 le 120408


Invité

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Contrairement à ce que pense Thierry, je ne suis pas sûr que les confusions opérées ici soient l’expression de la mauvaise foi. Elles sont au mieux la marque d’une profonde ignorance des principes du droit de la propriété intellectuelle, au pire, celle d’un rejet pur et simple de ces principes perçus par les moins créatifs comme une entrave illégitime à la possibilité de se produire en public.

Aujourd’hui, dans un domaine voisin, le téléchargement de contrefaçons d’œuvres audiovisuelles et musicales est malheureusement entré dans les habitudes. Tout le monde sait plus ou moins que c’est illégal, mais comme « tout le monde le fait », cela devient une sorte de phénomène de société entré dans les mœurs ; essayez de le dénoncer, et vous passerez pour un rétrograde réactionnaire que des associations démagogues stigmatiseront en arguant du sacro-saint libre accès à la culture – à croire sans doute que l’accès à la culture passe par le pillage organisé du téléchargement illégal.

Ces déviances devaient tôt ou tard nécessairement rejaillir dans notre domaine, bien qu’on puisse se demander si, en matière de magie, nous n’avons pas été plutôt les précurseurs de ce phénomène : le domaine de la magie est une zone consternante, non pas de non-droit, car les principes régissant la matière existent, mais de violation permanente de ces droits, tant par ceux qui pratiquent la magie que par certains vendeurs de matériel :

- Dès qu’un aspect d’un numéro est original, il est immédiatement repris par des magiciens en mal d’inspiration avant que ceux-ci ne soit eux-mêmes copiés par d’autres, ces pratiques perdurant maintenant depuis plusieurs décennies.

- De leur côté, certains magasins vendent en toute impunité des contrefaçons dans l’indifférence la plus absolue (et vendent leur matériel dans des congrès où on leur laisse la possibilité d’avoir un stand, dans la même indifférence).

Ce post est la preuve, s’il en fallait une, que lorsqu’on essaye de dénoncer cet état de fait, on voit se déployer des argumentations plus consternantes les unes que les autres. Ces vaines tentatives de légitimation constituent une véritable hérésie pour qui veut bien se donner la peine de s’intéresser à ces questions complexes. La difficulté à déterminer à qui revient la paternité d’une œuvre ou les droits d’un savoir-faire technique particulier derrière laquelle vous pensez peut-être pouvoir vous réfugier n’a jamais conduit notre système juridique à renier l’existence de ces droits. Heureusement d’ailleurs que les magistrats ne raisonnent pas ainsi. Heureusement d’ailleurs qu’ils raisonnent, tout simplement.

Sous le prétexte d’une libre expression de la créativité, d’une pseudo difficulté à déterminer qui est à l’origine de quoi, tout devrait donc être permis ? Mais dans quel monde pensez-vous vivre ? Le plus grave, c’est qu’une grande partie des magiciens est profondément convaincue d’être dans son bon droit, en reprenant les éléments d’un autre numéro pour construire le sien, notamment en raison d’une confusion fâcheuse entre les simples idées non mises en forme qui ne sont pas protégeables, et les éléments mis en forme d’un numéro qui, au contraire, le sont sans aucun doute. Je suis navré de devoir le dire, mais la force des habitudes, aussi mauvaise soit-elles, ne change ni les lois, ni la jurisprudences des tribunaux qui contribuent à créer le droit.

Alors ce droit est-il mauvais ? A en entendre certains - les plus brillants d’entre nous, sans aucun doute -, il serait un obstacle à la possibilité de monter un numéro et de se produire sur scène. Si l’argument n’était pas un cri déchirant que ne peuvent pousser que ceux pour qui la créativité et l’originalité représentent la quête de l’impossible, on pourrait presque en rire. Il est évident que si ne devaient se produire sur scène que ceux qui ne pillent pas le travail des autres, il y aurait beaucoup moins de marchands de soupes dans les salles de fêtes au mois de décembre ; on y trouverait peut-être alors que des artistes, dignes de ce nom, et j’ose espérer que la profession en sortirait grandie.

Pour l’avoir dit dans le récent post consacré aux contrefaçons de machines de magie, il existe énormément d’effets et d’accessoires que chacun peut utiliser pour créer un numéro original sans avoir à copier le travail des autres. L’inspiration et les variations sur une idée de base sont une chose, le plagiat manifeste en est une autre. On peut donc exercer sa passion, même en public, sans violer les droits de propriété intellectuelle, à condition de bien vouloir s’en donner la peine, de modifier, d’adapter, et surtout de réfléchir. L'exercice des métiers du spectacle ne confère pas seulement des droits ; il vous impose aussi des obligations. Tout comme le droit de la propriété intellectuelle, ces métiers ne sont là pour satisfaire, sans aucune limite, vos petites ambitions personnelles ; ils ne sont pas là pour donner carte blanche à ceux qui pensent qu’on peut monter un numéro en se servant librement, tel un consommateur ratissant, l’œil hagard, les rayonnages d’un supermarché pour remplir son caddie. Il est évident que dans notre société du « tout, tout de suite, et sans effort », les valeurs que certains essayent de défendre auront bien du mal à perdurer. Excusez ma naïveté, mais je fais partie de ceux qui pense encore que le travail, la recherche et le développement de sa propre sensibilité sont la clef pour monter un numéro.

J’entends déjà les critiques fuser : mais alors comment faire si l’on a pas d’idée novatrice ? Et bien lorsqu’on débute, notamment, et que l’on a pas encore le bagage suffisant ou la maturité pour créer ses propres effets, le bon sens implique qu’on commence par un numéro, peut-être un peu plus classique, mais qui présentera au moins l’avantage de ne pas résulter du pillage des recherches effectuées par d’autres magiciens. Un numéro classique ravira tout autant les spectateurs, s’il est bien présenté et suffisamment réfléchi. Le temps, le métier, mais aussi ensuite des rencontres et échanges permettront alors de créer ses propres effets, de façonner son propre style, et donc d’évoluer. Certains artistes ont réussi à le faire, mais cela a évidemment demandé « un peu » de travail et de temps… Pour tous les autres, pour ceux qui ne veulent pas faire cette démarche et qui pensent à tort que tout appartient plus ou moins à tout le monde, libre à vous de faire autre chose que de la magie. Les rayons de loisirs créatifs regorgent d’idées pour occuper vos weed-end, sans pour autant pourrir une activité dont l’avenir me semble, à l’instar de Didier, bien incertain avec ce genre de mentalité.

Il est peut-être grand temps de comprendre « qu’avoir envie » ne donne pas tout les droits. C’est la même chose pour les machines de magie : avoir envie de présenter une origamie ne donne pas le droit d’acheter une copie à 3000 euros parce qu’on a pas les moyens d’acheter un modèle original à 10 000 euros (et au passage, avoir envie de gagner de l’argent ne donne pas davantage de droit de vendre ces copies). Le syndrome du « Je le veux, je le veux, je le veux » qu’on peut excuser chez les enfants en bas âge passe un peu moins bien chez les sujets plus âgés. C’est à croire que les magiciens qui ne supportent pas ce type de comportement chez les enfants n’ont pas un minimum de bon sens pour constater qu’ils reproduisent exactement la même chose, à leur façon.

Pour finir, à M.M. Bellevie, Mercier et Tabary entre autres, vous avez tous raison, peu importe que le numéro constitue un plagiat, le principal, c’est que le public aime. C’est bien connu : la caution du public a toujours été un argument de poids car, comme chacun le sait, son avis en ce domaine est un critère de référence particulièrement fiable pour faire le départ entre le bien et le mal. Donnons leur du pain et des jeux et, peu importe le flacon, pourvu qu’ils aient l’ivresse. Tant qu’on y est, profitons en pour brûler le Code de la propriété intellectuelle, et édictons plutôt un Code de l’audimat qui, à n’en pas douter, assurera la mise en place de critères objectifs et de qualités. Quelle tristesse !

Pierre Fleury-Le Gros

Maître de conférences à la Faculté de droit du Havre

Modifié par Pierre Fleury
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Contrairement à ce que pense Thierry...

Pierre Fleury-Le Gros

Maître de conférences à la Faculté de droit du Havre

est il possible d editer votre message et de le (re)mettre en page pour l aerer un peu car cela semble tres interessant mais alors dur dur pour les yeux

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EH bien monsieur, que de tartine pour ne pas dire grand chose...

vous auriez dit que vous n'aimiez pas la copie, c'était suffisant...( si on peut appeler ça de la copie....)

je pense que dans le meme exemple, vous critiquez aussi les chanteurs qui font une reprise d'une chanson ancienne et qui marche ???

De plus, je pense que la propriété intellectuel ne soppose pas à un accord de l'auteur pour utiliser son oeuvre....

D'ailleurs la plupart des magiciens ne sont pas les auteurs de leurs tours, c'est souvent un "créateur" qui les invente pour eux....Les magiciens sont seulement des êtres extraordinaire qui font rêver le public en exécutant des tours .... qu'est ce qu'il y a de mal là dedans ???

Au contraire, je trouve que dans le monde actuel, les gens ont besoin d'un peu de rêve...

Cordialement,

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Hal... ce post volontairement provocateur et à l'intonation ironique est pour tous ceux qui croient que se contempler le nombril sans voir le reste n'avance à rien. Tu penses que le reste intéresse les magiciens ? Pourtant quand tu vois chaque sujet sur le PGCDM, tu as en général trois pages sur le dernier tour présenté par Bilis, et des avis que chacun donne sans regarder celui du voisin. Ce n'est pas un échange.

Et à côté de ça, il n'y a rien sur les autres artistes qui ont fait l'émission, sauf parfois quelques messages, mais qui sont dûs aux pros ou aux amateurs avertis, qui eux regardent ailleurs (pas toujours mais souvent).

Je ne rabaisse donc pas les autres en faisant ce post, mais je soulève un lièvre, je fais montre d'une réalité !!! Si je me trompe, comment se fait-il que je ne vois rien ?

Parce que c'est un forum de magie ?

Et alors ? Le magicien ne doit-il pas se nourrir des arts dit annexes ? ( mdr )

Bref, tu prends peut-être pour toi un post qui ne t'est pas adressé, mais que je ne renie aucunement.

Et pour Tabary : l'appellation Reine des Arts que j'ai utilisé était justement là à titre purement ironique. Je pense que tu l'avais compris.

Modifié par tanhouarn

« La préservation de la vérité objective et de la capacité de chaque individu à former des jugements objectivement vrais est la condition première et absolument nécessaire d’une vie libre » (James Conant, in Orwell ou le pouvoir de la vérité, p. VIII).

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Monsieur Fleury, je crois qu'il est moins question ici de la question du plagiat, que de la façon dont cela a été fait par Didier. En l'occurrence ici cela fleurait bon le règlement de compte, et c'est sans nul doute ce qui a provoquer l'ire de la majorité d'entre nous, plus que la question d'un éventuel plagiat (je n'ai pas vu la vidéo donc je ne me prononce pas à ce sujet)

L'eût-il fait d'une façon autre, il est probable que la levée de bouclier eût été moindre.

Bien évidemment, votre piqûre de rappel juridique est intéressante et à ce titre votre contribution est fort utile dans cette discussion.

Modifié par tanhouarn

« La préservation de la vérité objective et de la capacité de chaque individu à former des jugements objectivement vrais est la condition première et absolument nécessaire d’une vie libre » (James Conant, in Orwell ou le pouvoir de la vérité, p. VIII).

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On peut effectivement résumer cela comme ça, quand on a pas compris grand chose à ce qu'on vient de lire. Mon propos était vraisemblablement dépourvu de clarté. Ou pas.

Quant à la reprise d'une chanson ancienne, je ne vois vraiment pas le rapport avec le présent sujet puisque ce type d'opération suppose là encore la délivrance d'autorisations.

Sinon, pour les êtres extraordinaires, je ne vois pas davantage le rapport avec le sujet, ni même le sens de votre propos mais, peu importe, puisque l'important, c'est de participer.

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EH bien monsieur, que de tartine pour ne pas dire grand chose...

Le fait que tu n'y ais pas lu grand chose ne veut pas dire qu'il n'y ai pas eu grand chose à lire.

Je trouve l'analyse très pertinent au contraire.

On peut ensuite y adhérer ou non, il n'en reste pas moins que c'est une réflexion plus qu'intéressante sur la démarche artistique.

Circulez !

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Une question au Départ QUI a INVENTE QUOI ? cela se résumera à bien peu de chose et de créateurs !!! En réalité on AMELIORE , on MODIFIE, on ARRANGE , on TRANSFORME quelque chose DEJA existant , mis à part le plagia pur et dur , nul d'entre nous ne peut se targuer d'avoir inven,té à 100% un tour car toutes les bases sont connues depuis quelques décennies !!!

Pour en revenir à Allan , pour avoir travaillé et l'avoir fait travailler , je peux vous dire qu'il est charmant , pas casse C..I...E , il ne se prend pas l

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