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Mais doit on réellement forcément "justifier le mentalisme". Le doute, la coincidence, le simple "étonnant non?" à la fin d'une routine ne sont-ils pas suffisants pour attiser la curiosité du spectateur et le faire rêver, douter, s'en amuser? Un personnage bien construit dans son univers a-t-il besoin de se justifier, il est un point c'est tout, et pour être nul besoin de devoir se justifier par la PNL,  ou autres si? Et dans le même registre si le mélange magie/Mentalisme est cohérent et logique, et donnent un beau numéro véhiculant de belles émotions pourquoi s'en priver...

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il y a 2 minutes, Michel (darlone) a dit :

Mais doit on réellement forcément "justifier le mentalisme". Le doute, la coincidence, le simple "étonnant non?" à la fin d'une routine ne sont-ils pas suffisants pour attiser la curiosité du spectateur et le faire rêver, douter, s'en amuser? Un personnage bien construit dans son univers a-t-il besoin de se justifier, il est un point c'est tout, et pour être nul besoin de devoir se justifier par la PNL,  ou autres si? Et dans le même registre si le mélange magie/Mentalisme est cohérent et logique, et donnent un beau numéro véhiculant de belles émotions pourquoi s'en priver...

Entièrement d’accord, c’est ce que je voulais dire quand j’ai écrit : laisser les spectateurs combler les vides.

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Mon approche, toute personnelle et il en existe plein d'autres, c'est que la justification doit être totalement transparente pour les spectateurs, pas directe, mais induite. Pour ce faire il faut un gros travail en amont.

1) Création d'un personnage, finalement comme au théâtre, avec ses codes, son univers, ses répliques.

2) Une mise en scène et  un jeu d'acteur soignés. Il faut véhiculer des émotions, avoir son personnage, son univers, mais aussi mettre en scène ses effets (loin de la simple technique ou du gimmick). Bien se mettre en scène, susciter des émotions de l'intérêt, parler au public comme la madeleine de Proust, avoir un numéro construit, bien enchainé, avec un fil conducteur. C'est un mélange de plusieurs disciplines mais je trouve que cela fait la différence et permet de se passer de justification directe dans le style : "Je vais analyser vos mouvements oculaires et ainsi voir si vous mentez..."

Ce mode opératoire est possible en close-up comme sur scène. C'est je trouve ce qui fait la différence.

Mais bon la théorie c'est toujours beau, un exemple concret

J'ai un numéro assez classique (dans la technique et les effets)  de mentalisme, dont le thème est un peu le mentalisme à travers les âges ( de la boule de Cristal à nos jours...) . Le fil conducteur du personnage et le comte de Cagliostro, alchimiste, voyant, hypnotiseur, ou escroc célèbre du 18ème  on suit ses péripéties à travers les siècles. Cela commence avec une anecdote, au valet à qui on demandait l'âge de son maître, ce dernier répondit " Quel âge à mon maître? Je ne saurais vous le dire? Je l'ai toujours connu comme vous le voyez, ni plus jeune, ni plus vieux. Je le sers cependant depuis fort longtemps, car je suis rentré à son service le jour ou César a été assassiné à Rome..."

Le personnage de Cagliostro sert de fil conducteur aux effets, est-il un escroc ou un être exceptionnel et immortel dont l'esprit traverse les âges, et le mentalisme avec lui? La construction de la mise en scène fait que le public ne croit forcément pas que je puisse être ce personnage étrange ou son incarnation (cela peut arriver mais il faut vraiment du lourd comme spectateur!) mais les choses étranges, extraordinaires et qu'ils ne s'expliquent pas, qu'ils voient sur scène, font surgir le doute, la stupeur, la curiosité et finalement l'intérêt croissant! "Mais c'est impossible de lire dans la pensée, mais pourtant il ne pouvait pas savoir, c'est un truc fou"... et passé ce premier stade il se laisse porter sans qu'aucune justification ne soit nécessaire! Les clins d'oeil à Cagliostro font sourire, mais un peu peur aussi parfois plus on avance, mais on finit par en rire "Non mais c'est pas possible!". La construction des effets va crescendo dans ce sens tout comme les répliques pour provoquer cela.

Et je reste dans ce doute même après la fin du numéro. On me pose forcément des questions : "Mais comment vous faîtes? C'est truqué? Vous communiquez vraiment avec des esprits?" Je réponds simplement "Vous croyez? Tout ceci n'est sans doute qu'une tromperie, une illusion bien entendu... ou pas... qu'en pensez-vous? Réalité ou illusion la vérité se trouve peut-être comme disait Cagliostro quelque part à mi chemin entre les deux..."

Cela conserve le rêve! Le tout est bien entendu de les dissuader que vous pouvez réellement prédire l'avenir ou parler avec un proche mort, mais c'est assez facile en réalité.

Pour instaurer cette ambiance les textes sont travaillés, les lumières et le son en version scène, tout va dans le même sens. Autre exemple, j'ai un costume de ville classique, mais une chemise à chabot et une canne à pommeaux (à mon entrée). L'accessoire participe à la théatralisation et donc à la justification visuelle. Chaque détail à son importance. Finalement je ne justifie aucun effet, le spectateur crée la légende, son film, et comme cela vient de lui cela le marque plus (je trouve) que de lui expliquer que je suis un maitre en PNL, que je lis ses mouvements oculaires...etc Je dis rien, ni que j'ai des pouvoirs, ni que je parle aux esprits, ni que ma mémoire est prodigieuse rien en fait...

Mais ce n'est que mon approche qui est adaptée à ce que je veux renvoyer, à chacun son style, mais la mise en scène demeure toujours fondamentale.

 

 

Modifié par Michel (darlone)
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Il y a 17 heures, Gaëtan BLOOM a dit :

Ton personnage, c'est toi, en mieux...

comme pour tout magicien...

D'après tes préoccupations, va voir le blog du Jerx, c'est une mine de révélations...

fait The jerx, et tu trouveras... c'est en anglais....

mais pour répondre directement à une de tes questions, tu peux approcher la chose ainsi, avec tes amis...

Discussion simulée... :

C'est drôle ,j'ai un truc bizarre, qui m'arrive... j'ai brulé une facture hier, et avant de jeter les cendres, je les ai tenues en mains, une seconde, et avec la chaleur, y'a comme une vision qui m'est venue, dans l'instant, comme une calculatrice, et j'ai vu la somme, comme écrite... 

attends, on peut essayer si tu veux...

et bingo... le  tapis rouge est à tes pieds...

Banachek dans psy sub. donne bcp de conseil. Tout comme Derren Brown dans pure effect.

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Je pense aussi de mon côté qu'il faut laisser nos spectateurs imaginer comment on fait (au sens théâtral du terme, pas au sens technique 😉 )

J'ai déjà fait l'erreur de trop expliquer (par ex avec des thèmes actuels comme la lecture des expressions) et je pense avoir désillusionné mon public en étant trop "explicatif"

 

Concernant la justification, j'avoue que j'aime beaucoup la réflexion de Richard Osterlind à ce sujet : il n'y a pas à en donner.

Ou plutôt, le personnage (et on en joue tous un, même sans costume !) le fait implicitement.

Pour reprendre des exemples similaires à Richard Osterlind : pourquoi David Dunn (dans Incassable) peut lire dans l'esprit des gens en les touchant ? Pourquoi Messmer dans The Boys peut lire le passé des gens en les touchant ? Ben, parce que c'est comme ça que leur pouvoir fonctionne. Pourquoi ? Peu importe, l'intéressant n'est pas là.

 

Je conseillerais donc d'abord de se poser la question du personnage : que veux-tu exprimer au travers du mentalisme ? Qu'est-ce qui te fascine dans cet art ?

Une fois cela défini, la causalité théâtrale devrait venir quasiment d'elle-même. (Par ex, tu as des pouvoirs, tu possèdes un objet enchanté, tu racontes l'histoire d'un spiritualiste, etc.)

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  • 2 années plus tard...
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Le 07/08/2019 à 11:39, Jean-Marie CHAILLOUX a dit :

en gros, plus l’histoire est dingue, plus elle est mémorable. Il parle par exemple d’une lecture de pensée en s’adressant à un enfant imaginaire qui est derrière le spectateur et qui voit ce qui est écrit sur le morceau de papier du spectateur. C’est invraisemblable mais la force d’une présentation de ce calibre est selon lui la capacité du spectateur à l’évoquer plus tard « tu te souviens du tour du gamin invisible ».

Cela me fait irrésistiblement penser à l’idée du troisième personnage (Graham M. Jones est à l’origine de la réflexion des auteurs Pierre Guedin et Philippe Billot sur ce thème), à savoir la relation triangulaire entre le magicien, le spectateur et un objet qui bouge (ou autres). Cette idée de relation tripartite (le spectateur, le public et un fantôme) est développée en page 424 de Prestidigitation - Retour aux sources, mais également à partir de la page 504 dans l'article consacré à La Petite Main (The Little Hand).

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Le 15/08/2019 à 23:28, Alexis BROUARD (Alex Si) a dit :

J'ai déjà fait l'erreur de trop expliquer (par ex avec des thèmes actuels comme la lecture des expressions) et je pense avoir désillusionné mon public en étant trop "explicatif"

 

Concernant la justification, j'avoue que j'aime beaucoup la réflexion de Richard Osterlind à ce sujet : il n'y a pas à en donner.

Cela me fait penser à la différence que certains font, en conte, entre realiste, merveilleux et fantastique :

Le réalisme , ce sont souvent des histoires de vie, des choses qui se sont passées, ou auraient pu se passer. On profite de l'histoire car elle se passe dans la vraie vie, et peut donc nous toucher directement.... 

Le merveilleux, ce sont les histoires qu'on ne peux pas croire, genre avec des animaux qui parlent... On profite pourtant de cette histoire grâce à la suspension de l'incrédulité. 

Les histoires fantastique, elles, sont celles que l'on peut "presque croire", bien qu'elle fasse intervenir un aspect magique. Par exemple, les histoires de dames blanches, de rêves prémonitoires, de prières exaucés etc. La suspension de l'incrédulité est alors beaucoup plus légère, voire inexistante pour certains spectateurs qui pensent que ces phénomènes existent vraiment... 

Dans la forme de narration, il y a une différence fondamentale :

Le réalisme ne fait pas intervenir de choses magiques. Rien de spécial à expliquer... 

Pour le merveilleux, on peut expliquer ce qui se passe et pourquoi : on a mis la fée en colère, on a marché sur une maison de lutin etc... La motivation fait partie de l'histoire. 

Pour le fantastique, au contraire, l'explication n'est pas nécessaire, on se contente de dire ce qui se passe, mais on ne donne pas la cause : en laissant le spectateur se faire lui même une opinion, celle ci est bien plus forte... 

La motivation n'apporte alors rien au récit, ca marche mieux si chaque spectateur se fait sont idée de la chose... 

On peut se poser la question quand on fait un spectacle d'illusionnisme ou de mentalisme :

C'est :

-Réaliste ? L'explication repose sur la dextérité, les trucages... On ne s'en cache pas, on est là pour tromper et être trompé. 

-Merveilleux ? L'explication n'est pas le plus important, le principale, c'est de profiter du spectacle, même si on sait que ce n'est pas pour de vrai... 

-Fantastique ? L'explication devient surnaturelle, ou en tout cas extraordinaire, liée par exemple à des capacités sur-développées ou inconnues... On voit des choses extraordinaires mais pas expliquées, incroyables mais vraies... 

Savoir dans quelle catégorie on souhaite se placer peut aider à atteindre son objectif... 

Gilbus

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Quand le magicien montre la lune avec son doigt, le public regarde le doigt...

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    • Pour ceux qui hésitaient encore ou qui veulent avoir un aperçu de l'ambiance et du programme, @Julien LOSA vous a tourné une petite vidéo aux petits oignons. 🍿 Il y détaille de vive voix ce qu'il vous a préparé pour le samedi 26 septembre : les routines, les réflexions, et surtout l'esprit 100 % terrain de cette rencontre chez moi. 👇 Installez-vous confortablement et lancez la vidéo ci-dessous ! Alors, quel effet du programme vous donne le plus envie de venir décortiquer tout ça avec nous ? ⚠️ Pour rappel, le nombre de places chez moi à Paris est très limité pour garder ce format intimiste et pouvoir échanger facilement. Ne tardez pas trop à réserver la vôtre ! 👉 Réserver ma place pour la conférence
    • Disons… poussière d’étoiles à 40 % :   
    • Je vous fais un 3615 raconte ta vie sur ce tour (les quinquas comme moi comprendront l'allusion😉) Je l'ai immédiatement précommandé parce que je trouvais l'objet vraiment sympa et que je suis une fan de paddle. Quand je l'ai reçu, l'idée du scénario s'est imposée assez naturellement : j'allais raconter une histoire de feux tricolores (étonnant, non ?). Bon...ok...Jusque-là, rien de follement original (ne me jetez pas des pierres tout de suite), mais au moins cela avait le mérite de coller très naturellement à ce que voit le spectateur. Je vais vous mettre ma routine un peu plus bas, mais avant cela, j'avais envie de vous raconter la petite galère créative par laquelle je suis passée pour arriver à ce scénario.🤪 Première tentative : les frères ingénieurs Dès le départ, je suis partie sur l'idée d'un conflit autour de la place des couleurs. Ma première histoire racontait donc l'invention du feu tricolore. J'avais imaginé deux frères ingénieurs qui ne parvenaient pas à se mettre d'accord : l'un voulait placer le rouge au milieu, l'autre absolument en haut, etc. Vous voyez le principe : les deux frères se disputaient sur la place respective des couleurs jusqu'à ce que l'un finisse par l'emporter et que l'on obtienne le feu tricolore tel qu'on le connaît aujourd'hui. Bref, je n'étais que moyennement emballée par l'histoire, mais bon...testons en public.  Et là…Je me suis ramassée.😵‍💫 Pas sur le tour lui-même. Les spectateurs trouvaient l'objet sympa, les changements très visuels et le principe du tour leur plaisait. Mais l'histoire ? Pas du tout. Ils la trouvaient confuse (et ils avaient raison, elle était mal écrite) mais surtout terriblement plate et sans grand intérêt (euphémisme). Et avec le recul, je comprends parfaitement pourquoi. En gros, cela donnait : « Lui voulait mettre le rouge ici, mais son frère n'était pas d'accord… » Je secouais la raquette. Hop ! Le rouge changeait de place. « Vous voyez ? Finalement, c'est l'autre frère qui avait raison… » Bref, le degré zéro de la narration. Ce n'était finalement pas une histoire. Je me contentais de décrire ce que les spectateurs voyaient en ajoutant par-dessus l'artifice de deux ingénieurs qui se disputaient. Et surtout, moi-même, je n'étais pas à l'aise en la racontant. Donc : poubelle. Deuxième tentative : la guerre des couleurs J'ai quand même conservé mes deux idées de départ : le feu tricolore et le conflit autour des places. Mais cette fois, j'ai viré les deux frères ingénieurs. Ils n'apportaient rien. J'ai donc personnifié directement les couleurs. Le rouge voulait dominer les autres. On l'avait placé au milieu mais, évidemment, lui estimait que sa place était en haut parce qu'il était le plus fort. L'orange, qu'on avait placé en haut, préférait finalement être au milieu… Là encore, je racontais essentiellement ce qui se passait sous les yeux des spectateurs. Je l'ai quand même testée en public. Petit progrès : cette fois, les spectateurs comprenaient mieux l'histoire. C'était moins confus. Donc j'avais gagné quelque chose. Mais de là à dire que j'avais enthousiasmé les foules…😐 Personne n'est monté sur la table, au mieux des sourires polis avec quelques mots gentils. L'histoire restait très moyenne (là encore euphémisme mais je tiens à préserver mon égo et mon image de marque sur ce forum🙂 ). Donc : poubelle. Retour à la case écriture. Je voulais toujours conserver cette idée de feu tricolore. Je voulais toujours jouer avec cette histoire de places. J'ai essayé plusieurs scénarios, plusieurs angles…et rien, nada, des nèfles, le degré zéro de la créativité 😧. Donc pause dans l'écriture : quand ça veut pas, ça veut pas ! Et puis, cette semaine, j'ai fait quelque chose de tout bête. J'ai arrêté de chercher une histoire. J'ai pris une feuille de papier et j'ai simplement écrit le tour. Pas le scénario. Le tour. Geste par geste. Je prends le rouge. Je le place ici. Je montre la raquette. Je secoue. Le rouge se retrouve là. Je le retire. Je prends l'orange… J'ai écrit absolument tous les mouvements et tous les emplacements successifs des couleurs. Et là (roulement de tambours...), il s'est passé quelque chose d'assez paradoxal : le fait d'avoir écrit précisément ce que je faisais m'a permis d'arrêter de raconter ce que je faisais 😮 ! La lumière s'est faite, sans mauvais jeu de mots (Patricia humoriste, je fais les mariages, les baptèmes...embauchez-moi 🤩). Je suis repartie exactement de la même idée…mais à l'envers. Depuis le début, je cherchais à expliquer pourquoi les couleurs n'étaient pas à leur place. Et si, au contraire, le principe de départ était qu'elles tenaient absolument à y rester ? Et si les couleurs d'un feu tricolore étaient parfaitement disciplinées ? Rouge en haut. Orange au milieu. Vert en bas. Chacun à sa place. Pourquoi ? Parce que chacun a un métier très précis. Et là, j'ai enfin trouvé mes trois personnages (sonnez hautbois, résonnez musettes !) 😍. Le rouge passe ses journées à dire : « STOP ! STOP ! STOP ! » Forcément, à force, ça donne un certain caractère. Le vert, lui, c'est le gentil de l'équipe : « Allez-y… C'est bon… Vous pouvez passer… » Jamais un conflit. Et puis il y a l'orange. Le pauvre orange… Le vert dit : « Allez-y. » Le rouge dit : « Arrêtez-vous. » Et l'orange, lui, dit à peu près : « Euh… dépêchez-vous de vous arrêter. » Personne ne sait vraiment ce qu'il veut. Mais tous les trois ont une chose en commun : ils connaissent parfaitement leur place. Et c'est à partir de là que la magie peut commencer. Parce que cette fois, quand je place volontairement le rouge au milieu et qu'il saute en haut, je ne cherche plus une justification artificielle au déplacement : il retourne à sa place. Quand je mets l'orange en haut et qu'il revient au milieu : il retourne à sa place. Les effets magiques ne viennent plus illustrer l'histoire. Ils deviennent la conséquence de l'histoire : ô joie, ô allégresse ! Et surtout, cela me permet ensuite de faire évoluer ces trois personnages et de raconter ce qui se passe lorsqu'un jour, ces trois couleurs parfaitement disciplinées décident qu'elles en ont peut-être assez qu'on leur dise où est leur place… Voilà comment je suis arrivée à la routine que je vais vous présenter. Attention :  elle n'a pas encore été testée en public car je l'ai finalisée ce soir . Je ne l'ai même pas testé avec le matériel pour voir le tempo, la musicalité, la clarté, etc. Je la testerai problement la semaine prochaine puisque les Blouses Roses reprennent à l'hôpital. Il y aura certainement des choses à couper, des phrases qui fonctionneront moins bien à l'oral que sur le papier, des rythmes à modifier. Et peut-être que les spectateurs me diront tout simplement que c'est pourri ! 😟 Honnêment, je ne le souhaite pas car là, pour le coup, je l'aime bien mon histoire et j'ai envie de la raconter. Je suis beaucoup, beaucoup plus à l'aise avec elle. Les personnages me plaisent, et, pour la première fois, je n'ai plus l'impression d'avoir écrit un texte pour justifier les déplacements d'un tour de magie. J'ai l'impression d'avoir fait l'inverse : j'ai laissé les déplacements du tour me raconter l'histoire (j'espère que ce n'est pas un brin présompteux). Maintenant, reste à savoir si le public sera du même avis... Je vous mets donc la routine ci-dessous et j'attends évidemment vos retours (avec diplomatie hein !). Et dès que je l'aurai réellement testée en conditions, je viendrai vous raconter ce que cela a donné (enfin si cela vous intéresse). Troisième tentative : le feu discipliné (en espérant que ce soit la bonne !)   Il paraît, qu'en général, les feux tricolores sont parfaitement disciplinés. Rouge en haut. Orange au milieu. Vert en bas. Chacun à sa place. GESTE : Montrer la raquette des deux côtés. Et celui-ci était probablement le plus discipliné de tous. Il faut dire que dans un feu tricolore, chacun a un métier très précis. Le rouge, par exemple… Le rouge, c'est le chef. (pas convaincue par cette ligne - peut-être à retravailler) Toute la journée, il dit : « STOP ! » STOP. STOP. STOP. Vous imaginez le métier ? Passer ces journées à dire aux gens de ne pas bouger. Forcément, ça vous donne un certain caractère. GESTE : Retirer les trois pièces et les confier au spectateur. Montrer la raquette complètement vide. Et le rouge prend son travail très au sérieux. Sa place, c'est en haut. Alors si, volontairement, je le mets au milieu… GESTE : Prendre le rouge, le montrer des deux côtés et le placer au milieu. …il n'aime pas du tout ça. Il suffit de secouer un peu…(pas convaincue par cette ligne - peut-être à retravailler) GESTE :  Secouer. Le rouge saute en haut. …et immédiatement : « STOP ! Moi, c'est en haut. » GESTE : Montrer les deux côtés. On peut essayer de discuter… GESTE : Faire revenir le rouge sur sa pièce. …mais avec quelqu'un qui passe sa journée à dire STOP, la négociation est assez limitée. GESTE : Rendre la pièce rouge au spectateur. Après, il y a l'orange. Alors l'orange… Son métier est beaucoup plus compliqué. Parce que le vert dit : « Allez-y. » Le rouge dit : « Arrêtez-vous. » Et l'orange, lui, dit : « Euh… dépêchez-vous de vous arrêter. » Personne ne sait vraiment ce qu'il veut. GESTE : Prendre l'orange et le montrer des deux côtés. Mais lui, en revanche, sait parfaitement où est sa place. Au milieu. Alors si je le mets en haut… GESTE : Placer l'orange en haut. …ça le perturbe. GESTE : Secouer. L'orange saute au milieu. Et voilà. Il retourne au milieu. GESTE : Montrer les deux côtés. C'est peut-être le seul moment de la journée où l'orange sait exactement ce qu'il doit faire. GESTE : Faire revenir l'orange sur sa pièce. Vous voyez, ce feu était parfaitement discipliné. Chaque couleur connaissait son travail. Chaque couleur connaissait sa place. Et c'est là que j'ai fait une erreur. J'ai voulu voir jusqu'où allait leur sens de la discipline. GESTE : Prendre le rouge et l'orange. J'ai remis le rouge en haut… GESTE : Placer le rouge. …l'orange au milieu… GESTE : Placer l'orange. Cette fois, aucune erreur. Ils étaient exactement là où ils devaient être. Rouge en haut. Orange au milieu. GESTE : Montrer les deux côtés. Et je leur ai dit : « Voilà. Maintenant, vous ne bougez plus. » Pause. Je crois que le rouge a assez mal vécu qu'on lui dise « STOP ». GESTE : Secouer. Les deux couleurs disparaissent. Et là… plus de rouge. Plus d'orange. GESTE : Montrer lentement les deux pièces devenues vierges, des deux côtés. Ils avaient quitté leur poste. Enfin… c'est ce que j'ai cru. GESTE : Retirer les deux pièces vierges. Révéler le rouge et l'orange incrustés dans la raquette. Parce qu'ils étaient toujours là. Le rouge en haut. L'orange au milieu. Toujours à leur place. Sauf que cette fois… ils s'étaient incrustés. Littéralement. GESTE (pause) : Laisser voir l'image un instant. Et il restait le vert. GESTE : Prendre la pièce verte. Le vert, c'est le gentil de l'équipe. Toute la journée, il dit aux gens : « Allez-y. » « C'est bon. » « Vous pouvez passer. » Jamais un conflit. Jamais une hésitation. Il voit arriver une voiture : « Allez-y, je vous en prie. » Alors je me suis dit : « Lui, au moins, il ne va pas poser de problème. » GESTE : Insérer le vert en bas. Et tout est redevenu normal. Rouge en haut. Orange au milieu. Vert en bas. GESTE : Montrer lentement les deux côtés. Chacun à sa place. Le rouge pouvait dire STOP. Le vert pouvait dire ALLEZ-Y. Et l'orange pouvait continuer à ne pas savoir exactement ce qu'il voulait dire. Tout allait bien. Enfin… pendant quelques secondes. GESTE : Regarder le feu. Petite pause. Parce qu'après toutes ces années passées ensemble… ils avaient peut-être compris quelque chose. GESTE : Secouer. Rouge et orange sautent sur la pièce verte. Le rouge a quitté le haut. L'orange a quitté le milieu. Et tous les deux sont allés rejoindre le vert. GESTE : Montrer les trois couleurs réunies. Pour la première fois… plus de chef. Plus d'indécis. Plus de gentil. Juste trois couleurs… qui avaient décidé de rester ensemble. GESTE : Retirer lentement la pièce portant les trois couleurs. Montrer la raquette complètement vierge des deux côtés. Plus personne en haut. Plus personne au milieu. Plus personne en bas. GESTE : Regarder la pièce avec les trois couleurs, puis la raquette vide. Finalement… ce n'était pas un feu tricolore qui n'était plus discipliné. C'était simplement trois collègues… qui en avaient assez qu'on leur dise où était leur place.    
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