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Par Michel DARLONE · Publié le
Mon CR après deux lectures attentives. Sur la forme Un livre de 360 pages avec une très belle couverture et un signet. La mise en page est classique, agrémentée de quelques illustrations en noir et blanc. Les auteurs : Des psychologues et chercheurs universitaires passionnés de magie (et, pour Alice, d'hypnose et de mentalisme, je suis donc fan!). L'objectif : Les auteurs ont mis à profit les expériences de psychologie menées pour leurs recherches en utilisant la magin. Ils dévoilent ici leurs conclusions à l'attention des magiciens. Ce n'est donc pas un livre de routines, mais un éclairage sur le fonctionnement du cerveau face aux illusions (analyser et améliorer un forçage, comprendre le détournement d'attention ou la perception des émotions par le public). En somme : comment la science peut nous faire comprendre le fonctionnement du cerveau et le ressenti du public qui assiste à un effet de magie. C'est un ouvrage différent qui vient éclairer la pratique. Le vocabulaire est bien vulgarisé, mais attention : malgré cette accessibilité, ce n'est pas un roman. C'est un véritable manuel qui demande de la concentration, notamment sur les chapitres les plus théoriques. Les moyens matériels des expériences sont impressionnants (systèmes d'eye-tracking pour suivre le regard, etc.). On y apprend par exemple qu'une charge invisible en gobelets, que l'on pense passer incognito, se révèle parfois être la plus visible. Un laboratoire dédié. Le livre s'appuie sur de vrais protocoles scientifiques, bien loin de la simple tradition ou du simple ressentis de magiciens. Le fond Chapitre 1 : La théorie scientifique appliquée à la magie. Une présentation de la démarche scientifique avec de très bons exemples concrets. Exemples clés et idées reçues : La méthode scientifique appliquée au public démonte beaucoup d'idées reçues. Par exemple, les magiciens sont persuadés que les forçages les plus complexes sont les plus efficaces car le spectateur se sentirait plus libre. C'est faux : le spectateur ne connaît pas les forçages et son biais est totalement différent. Nommer une carte est un « Saint-Graal » pour un magicien, mais le spectateur trouve ça banal et préfère un choix physique. Bref, faire de la magie pour les magiciens dessert la magie pour le grand public. On découvre aussi qu'un tour avec 25 % de chances de réussite théoriques peut avoir autant d'impact qu'un tour à 2 %. Il est montré par l'expérience que la misdirection externe (poser simplement une question au spectateur) est nettement supérieure à d'autres formes de détournement d'attention. Le livre propose une classification psychologique des forçages selon les principes psychologiques mis en œuvre. De nombreuses croyances s'effondrent face à des échantillons significatifs (comme le classique forçage des formes géométriques). Vision, mémoire et cadre : Un chapitre passionnant sur la cécité d'attention et le fonctionnement de la vision. Comprendre le traitement des images par le cerveau permet de créer des illusions bien plus crédibles en exploitant les mécanismes naturels du cerveau. Un chapitre dédié aux illusions mnésiques (comment exploiter le fonctionnement de la mémoire). Un chapitre très formateur sur l'importance du cadrage (mise en scène, accessoires, personnages), qui éclaire parfaitement le débat récurrent entre magie et mentalisme. Ce que le public aime (et n'aime pas) : Le dernier chapitre analyse ce qui séduit réellement les spectateurs. Le fameux effet « Waouh » ne compte que pour 10 %, loin derrière la palette globale des émotions. Ce que le public rejette : les tours démodés, vus et revus avec la même présentation, et l'arrogance du magicien. De moins en moins de personnes aiment se sentir dupées ; elles préfèrent l'émerveillement. De plus, la surprise passe beaucoup mieux que l'humour ou le faux danger. Le baromètre des émotions les plus efficacement provoquées apporte beaucoup de matière à méditer. Points négatifs Quelques chapitres plusthéoriques qui pourront en rebuter certains. C'est parfois plus intellectuel que concret : il faut faire l'effort de transposer les concepts à sa propre magie. Le fonctionnement est expliqué avec des exemples, mais sans toujours donner une application clé en main. Bref il faut faire une effort. Il nécessite plusieurs lectures attentives pour bien tout assimiler. On trouve parfois des renvois d'un chapitre à l'autre pour obtenir le détail d'une explication, ce qui peut hacher la lecture. Points positifs Passionnant pour la culture personnelle dès qu'on s'intéresse à la psychologie aux neurosciences. Permet de prendre du recul et de gommer le « biais du magicien ». Permet d'affiner ses routines en utilisant la psychologie pour maximiser l'impact. Montre qu'on peut simplifier la méthode pour un résultat identique chez le spectateur. Par exemple, un ACAAN réalisé avec un jeu à forcer aura autant d'impact sur le public qu'une méthode ultra-technique. Les explications sur l'attention et la mémoire sont limpides. L'étude sur le choix équivoque prouve que beaucoup de précautions prises par les magiciens sont inutiles : la méthode de base fonctionne très bien. Aussi utile en magie qu'en mentalisme. Conclusion Un livre vraiment passionnant pour comprendre et exploiter le fonctionnement du cerveau du public. Le regard combiné de psychologues universitaires et de scientifiques apporte une approche novatrice. C'est un ouvrage pensé pour une magie destinée à un vrai public, non à un parterre de magiciens. Passer nos croyances à l'épreuve de la science est révélateur, quelques exemples : On nous a toujours dit qu'un forçage en croix nécessitait une parenthèse d'oubli pour fonctionner ; l'étude montre que non. Alors qu'on pense souvent que la Dame de Cœur est choisie par les femmes, les tests révèlent que ce sont les hommes qui choisissent le plus souvent la Dame de Cœur. Pour ceux qui créent leurs spectacles ou adaptent leurs routines, intégrer ces données scientifiques permet à coup sûr d'en maximiser l'impact. En exploitant la psychologie réelle du spectateur, on touche presque à du « vrai mentalisme », sans trucage physique ni fausses explications. Bien entendu, la science ne répond pas à tout et la dimension artistique reste essentielle, mais ce prisme des neurosciences est fascinant. Un ouvrage unique en son genre dans la littérature magique francophone. J'ai adoré. Je connaissais certains concepts mais en psychologie et je n'avais pas pensé à le transposer en magie. -
Par Taha MANSOUR · Publié le
Hello ! Oui absolument je suis au concours FFM cette année. Quand tu me demandes un peu plus, c'est par rapport aux confs ou au concours ? ^^ -
Par Thierry SCHERER (Zarcanum) · Publié le
Alors malheureusement cela va être avec Chat GPT... mais visiblement la liste des philosophes pragmatiques les plus éminents sont (je vous mets en italique ce qui pourrait concerner notre débat): Charles Sanders Peirce (1839–1914) — Fondateur du pragmatisme. Il développe la maxime pragmatique selon laquelle le sens d'une idée se comprend à travers ses conséquences concevables dans l'expérience (proche de Christian). Il insiste sur l'enquête scientifique, la logique et la formation collective des croyances. William James (1842–1910) — Le pragmatisme comme philosophie de l'expérience (C'est déjà ailleurs). Pour James, la valeur d'une idée se mesure notamment à ce qu'elle permet de faire, de comprendre ou de vivre. Son pragmatisme est profondément empiriste, pluraliste et attentif à l'expérience individuelle. John Dewey (1859–1952) — Le pragmatisme comme philosophie de l'action et de la démocratie. Dewey conçoit la pensée comme un instrument permettant de résoudre des problèmes concrets. Il applique cette conception à l'éducation, à la politique, à l'éthique et à la démocratie. George Herbert Mead (1863–1931) — Le pragmatisme social. Il analyse la formation du « soi » à travers les interactions sociales, le langage et l'action. Sa pensée est fondamentale pour comprendre la dimension sociale et intersubjective du pragmatisme (avec l'intersubjectivité on s'éloigne de "la mesure" scientifique). [...je vous en passe 4 qui étaient plus sur des problèmes sociaux] Alfred North Whitehead (1861–1947) — Le pragmatisme processuel. Whitehead conçoit la réalité non comme un ensemble de substances immuables, mais comme un processus dynamique d'événements et de relations (voilà...ma réf!). Proche de James et de Dewey sur plusieurs points, il développe toutefois une métaphysique systématique de la créativité, du devenir et de l'expérience. Il est donc pragmatique au sens large, et particulièrement important pour le pragmatisme processuel. Richard Rorty (1931–2007) — Le néo-pragmatisme. Il rejette l'idée que la philosophie puisse découvrir une représentation définitive de la réalité (ce qu'on devrait admettre aujourd'hui!). La vérité doit plutôt être comprise à partir de nos pratiques linguistiques, de nos usages et de nos conversations. Il rapproche le pragmatisme de la philosophie analytique et du postmodernisme. Hilary Putnam (1926–2016) — Le pragmatisme réaliste. Il reprend le pragmatisme de Peirce, James et Dewey tout en cherchant à préserver une forme de rationalité et de réalisme. Il critique notamment la séparation rigide entre faits et valeurs (pas moins intéressant!). ...puis d'autres...
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