Oh, mais je perçois bien la puissance de l'évocation de cette histoire, de la même façon qu'un chœur peut me donner "l'espace d'un instant" l'impression que, peut-être, il existe des anges qui eux aussi chantent en chœur, l'art a cette capacité de transporter "ailleurs" (j'hésite à écrire "plus loin" ou "plus haut"). Le joli conte ci-dessus m'évoque irrésistiblement cette question classique liée au sommeil : y a-t-il bien continuité entre l'individu qui se couche et celui qui se réveille, est-ce bien le même ou un autre avec un logiciel entièrement implanté (si je puis dire) contenant toutes les informations de l'individu "mort" pendant la nuit... C'est une question qu'il vaut mieux ne pas se poser en allant se coucher : vais-je mourir dans mon sommeil et un autre moi-même se réveillera-t-il demain matin avec tous mes souvenirs et cette illusion qu'il est moi, en toute intégrité ?
Néanmoins, d'un point de vue matérialiste, les deux fœtus ont grandi dans un milieu clos qui, il faut bien le reconnaître, est contenu dans un Univers plus vaste (oui, dans ce conte, la maman existe forcément, elle ne constitue pas l'Univers entier). Ces fœtus (qui font preuve d'une conscience bien avancée pour leur âge ) ne meurent en aucun cas, ils changent juste de milieu. Par contre une fois une fois un individu mort, son corps entre bel et bien en décrépitude, il se décompose, il ne change pas de milieu. L'analogie s'arrête donc là. Et normalement, c'est à ce moment que tu brandis la notion de "conscience" en émettant l’hypothèse que celle-ci peut perdurer, voire naître ailleurs. Mais à l'opposé de ces fœtus, nous n'entendons pas le chant de notre mère (ou de Notre Père) et ne sentons pas ses caresses. J'en reviens à l'histoire : si la mère chante, les deux fœtus entendent le chant, alors pourquoi (pour rester dans un système analogique que j'estime dangereux dans ce qu'il offre comme biais à la pensée) les êtres humains eux ne semblent pas partager la même écoute du Monde ? Pourrait-on rester sourd au chant de Dieu ? Oh bonne mère !...
Faudrait au moins être psychanalyste pour affirmer un truc aussi bizarre que ça .
La naissance est un passage d'un milieu à un autre, en aucun cas une mort qui, elle, marque la fin de l'homéostasie d'un être vivant et la victoire de l'entropie.