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On est (presque) d'accord, mais encore une fois, vous ne parlez que d'illusionnisme (ce que le magicien appelle la magie et qui était autrefois jonglerie). Le magicien d'aujourd'hui est pour beaucoup plus bateleur que Magicien, dont il usurpe le titre.

Ernest le souligne

Je pense pour ma part que ce qui doit ressortir d'un spectacle de magie, c'est...La magie. Pour être plus clair, les spectateurs doivent avoir l'impression d'être face à quelque chose de complètement incompréhensible.

On est bien d'accord que c'est de La Magie qu'on parle, pas d'un casse-tête chinois scénarisé ? Le Magicien propose au public des effets qu'il ferait s'il était réellement magicien. Or, les spectacles des magiciens actuels ne sont ni plus ni moins que de la jonglerie plus ou moins bien scénarisée, dont certains sortent du lot car OUI, là, de la Magie en ressort (Mortimer, Pilou, Steffen Laurens... sont de vrais exemples de Magiciens, mais quid de la majorité française exerçant aux 4 coins des rues ?).

Les magiciens (auto-proclamés porte-paroles de la magie) ne se sont-ils pas appropriés La Magie, ne l'ont ils pas lissée, affadie, ne lui ont-ils pas fait perdre son âme, comme les politiques l'ont fait de la chose publique ?

Tiens... Même Robert Houdin, dont certains se targuent d'être les héritiers, ne s'est pas gêné pour démolir certains confrères trop encombrants pour lui. On dirait qu'il a fait des disciples ici, non ?

Dans Jonathan Strange and Mr Norrel, de Suzanna Clarke, il y a une bonne description de tout cela. Je vous invite déjà à lire cette critique puis à lire le livre...

Après, on peut aimer ou pas tel ou tel spectacle, mais définissons donc (éternelle question) les termes que nous utilisons, et si possible à bon escient. Si on parle d'illusionnisme (avec humour, ou autre... ) les choses sont claires. Si on parle de Magie, elles le deviennent beaucoup moins.

Modifié par tanhouarn
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Publié le (modifié)

Alors...

Tanhouarn, si je te disais que dans le fond, je n'ai rien contre les casses-têtes scénarisés, pour peu qu'ils le soient intelligemment et fassent passer un bon moment au public... Estimerais-tu que je porte préjudice à notre art ? Soyons clair, la majorité des effets que je présente (Je ne me permet pas de dire que "nous" présentons) ne correspondent en rien à ce que je ferais si j'avais de vrais pouvoirs. Et ne nous y trompons pas, le fait de dire que les deux élastiques que nous enclavons représentent un couple qui s'unit ne donne pas plus d'émotion au tour. Il n'y a que les magiciens pour y croire... Je ne suis pas en train de dire qu'il est impossible de rendre un "simple tour" vraiment magique, mais je pense qu'il faut pour cela utiliser des moyens plus...subtils.

Alors est-ce un tel crime de faire passer un bon moment à des spectateurs en faisant voyager des cartes dans nos poches, ou en faisant apparaître des balles sous des gobelets d'une manière incompréhensible ?

Personnellement, je ne cherche pas à présenter des effets s'approchant de la vraie magie (Peut-être parce que je suis à peu près convaincu de l'impossibilité de la chose, mais encore une fois, je veux bien admettre que je me trompe). Par contre, j'ai à cœur de présenter des tours en faisant tout ce qui est en mon pouvoir pour que les spectateurs passent un moment agréable et INTELLIGENT. Et je trouve cela déjà prétentieux...

Pour revenir par exemple au thème du rire : Il est très facile de faire rire les spectateurs. C'est sans doute ce qui explique le succès de certains tours, tel que le "Ding-Dong" en mousse ou encore le "Soutiens-Gorges du XXème siècle". Ceux qui présentent ce genre de trucs sont persuadés d'avoir du talent, car les spectateurs se marrent à tous les coups. Mais si je met un nez de clown et que je montre mes fesses, ils riront aussi... Est-ce pour cela que j'ai du talent ? Hélas, beaucoup ne se posent pas ce genre de question... Quand au public, même celui que ce genre de trivialité amuse, il est loin d'être dupe...

J'ai eu la chance de voir pas mal de spectacles d'illusionnisme de part le monde, et j'ai pu apprécier le talent de beaucoup d'artistes faisant de la magie uniquement pour divertir leur public...de Mac King à Steve Cohen, de Topas à Sylvain Mirouf, j'ai à chaque fois passé d'excellents moments sans voir pour autant des vrais miracles...Juste des "Casses-têtes" suffisamment bien scénarisés et pensés pour faire passer un excellent moment aux spectateurs.

J'ai vu également quelques spectacles "incluant" de la magie. J'ai en tête par exemple "Mary Poppins" ou encore "Le fantôme de l'Opéra". Ces cas précis sont pour moi de parfaits exemples dans lesquelles la magie sert l'histoire et est utilisée de manière intelligente. Là, je tire mon chapeau (à Jim Steinmeyer pour être précis)

En revanche, je rejoint Juan Tamariz lorsqu'il dit déplore le fait que, dans la magie théâtralisée, bien souvent le côté théâtral prend le dessus sur le côté "Magie". Et du coup, cela ne sert pas forcément notre art... (Je ne parle pas du spectacle dans lequel joue Julien -pour qui j'ai beaucoup de respect- car je ne l'ai pas encore vu)...

Ernest

Modifié par Ernest Sitril

J'aime ceux qui cherchent, je me méfie de ceux qui trouvent... (François Mitterrand)

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Bonjour Ernest,

Je ne te jugeais pas et navre si cela en a eu l'air.

Je ne me permettrai pas de juger un spectacle de quelqu'un que je n'ai jamais vu et pour etre franc, les seuls que je juge sont les censeurs. J'ai subi les critiques des magiciens et je ne saurai gratuitement le faire. Comme tu le dis, libre a chacun de faire passer un agreable moment a son public, chacun a sa maniere.

Si je suis d'accord sur la majorite de ton propos, je rebondissais sur un passage pour donner un avis sur le terme galvaude de magie qui genere des incomprehensions comme on trouve dans ce sujet.

Le fait que les magiciens aient nomme leur art reine des arts n'aura pas non plus aide a une vision objective de la chose magique.

(Desole pour les accents, mais je reponds a partir de mon telephone).

Publié le

Personnellement, je dirais +1000 avec Ernest Sitril : c'est carrément dommage d'opposer la prestidigitation en tant que telle - l'art de l'étonnement - avec "la magie" prise dans son sens le plus large.

Nous sommes des prestidigitateurs et heureusement il existe plusieurs voies : celle de l'événementiel par exemple, qui limite tout de suite les possibilités de "mise en scène" jusqu'à le théâtralisation qui requiert certaines contraintes techniques.

Dans les deux cas, que ce soit l'événementiel ou le théâtre, il y a des bons et des moins bons "artistes". Je préfère 1000 fois voir un magicien "classique" à un magicien qui se prend pour un comédien. Parce que jouer la comédie, c'est un art. Et à ce jour je n'ai pas vu grand chose de convaincant dans ce domaine là. Entre les magiciens qui s'improvisent comédiens (pour un résultat souvent pitoyable) et des comédiens qui veulent absolument intégrer des illusions dans leurs spectacles (pour un résultat aussi pitoyable), on tourne un peu en rond.

Tamariz, Bloom, Merlin et autres Pradier par exemple sont d'excellents exemples. Pour les avoir tous vu en live, c'est très clairement efficace et super apprécié. J'ai le souvenir de nos soirées à la Hublais, près de Rennes, où nous avons fait venir successivement Jacques Delord, Jean Régil, Gaëtan Bloom, Jean Merlin : à chaque fois c'était un vrai succès.

A côté de ça je n'ai pas aimé "Le soir des Monstres". Pas du tout convaincu. Mais j'ai beaucoup aimé d'autres productions de la compagnie 14/20, plus proche de leur univers qu'est la jonglerie, agrémenté d'effets spéciaux, que de "la magie". Comme je suis fan de la compagnie du Scarabée Jaune (que d'autres n'aiment pas).

Le jour où les magiciens assumeront leur art, on aura déjà fait un grand pas. Après, il y aura toujours les bons et les mauvais. Les bons exploitent les différentes facettes de leur personnalité, les mauvais se contentent de reproduire bêtement, de forcer le rire et comme le dit Ernest de "montrer leurs fesses". C'est souvent bête et méchant et c'est clair que ça ne valorise pas l'image du prestidigitateur.

Notre vocation, à nous, c'est d'étonner, de surprendre, d'amuser. J'ai le souvenir il n'y a pas si longtemps, d'un programmateur de Centre Culturel qui m'affirmait qu'il ne voulait pas de magicien dans sa salle. Parce que pour lui, faire monter sur scène du public n'est pas artistique, ce "n'est pas au public de faire le spectacle".

Dans ma tête je me disais : "Mais quel gros naze, il n'a pas compris que la spécificité de notre art est justement qu'il se base en partie sur l'interactivité : quel autre art du spectacle permet ça ? Si on nous enlève nos spécificités parce que des personnes qui ont une certaine vision de ce que devrait être l'art en général et celui du spectacle en particulier, on n'est pas sorti de l'auberge".

La vérité, c'est qu'on possède un patrimoine super riche et puissant. Comme le dit mon ami Gérard Souchet, les spectacles de magie sont les seuls où on a le droit de ne rien comprendre. Ici, à Rennes, Gérard a créé notre Festival : il pourra vous raconter la galère pour se faire reconnaître comme art à part entière. Aucune aide, aucune subvention, des salles qui nous sont presque interdites. Au final, grand étonnement de voir qu'un gars à lui tout seul, sur ses propres fonds, attire chaque année de plus en plus de personnes (plus de 2000 en 2011). C'est que sans doute "la magie" dans le sens "illusionnisme" plaît et est reconnu par le grand public (c'est toujours ça) comme une discipline à part entière.

Une amie est venue cette année, pas très convaincue. Pour tout dire, elle habite La Baule, elle est dans le tourisme et l'événementiel. Je lui ai payé sa place et tout. A la fin du spectacle, elle est venue me voir : "Waouuuuh, je ne m'attendais pas du tout à ça ! J'adore la magie !". Elle reviendra...

Allez pour finir, comparez le flying de Mary Poppins, qui sert l'histoire et qui est magnifique en live (je suppose car je ne l'ai pas vu) :

[video:youtube]

Et le flying de Copperfield :

[video:youtube]http://www.youtube.com/watch?v=wChk5nY3Kzg

L'un des deux a fait le tour du monde, tout le monde le connaît, il a fait la une des journaux et a contribué au succès de l'artiste. Lequel des deux ? Et pourquoi ? Sans doute parce que dans le cas de Copperfield son numéro est apparu comme une performance "incroyable". Chez Mary Poppins c'est devenu un effet spécial pour renforcer la magie du spectacle. Deux effets similaires, deux perceptions différentes. Pas sûr que le public fasse le lien entre les deux : dans un cas, on y voit un magicien et dans l'autre un effet de magie.

Vive la magie...

Julien on viendra te voir en force de Bretagne, tu as intérêt à être bon ce soir là car on arrivera avec nos choux fleurs ! ;)

Publié le (modifié)

Aucun problème Tanhouarn, je ne faisais qu'étayer mon propos. Je te connais suffisamment -de part tes interventions sur ce forum- pour savoir que ce n'étais pas un jugement ;-)

Splitch, tu synthétises assez bien ma pensée en disant "Le jour où les magiciens assumeront leur art, on aura déjà fait un grand pas." Il y a en ce moment une frustration chez les magiciens que j'ai un peu de mal à comprendre... Un sentiment d'infériorité par rapport au Théâtre et une idée que la magie, pour être acceptable, doit forcément servir ce dernier.

J'ai tendance à penser que, même si ces deux disciplines peuvent se mêler et s'apporter mutuellement des choses positives, elles restent bien différentes. Il se trouve que j'ai pas mal d'amis comédiens pros qui sont ravis de me voir faire des spectacles de magie traditionnelle. Ils ne me reprochent pas de ne pas suffisamment m'inspirer de leur Art et reconnaissent ma magie et tout ce que je peux mettre dedans comme une discipline a part entière. Bien sur, je leur demande leur avis et j'écoute leurs critiques, mais je fais la part des choses et garde à l'esprit que mon but est davantage de tromper le raisonnement du public que de faire une pièce de théâtre (Et cette envie prenait le dessus, je me mettrai alors au Théâtre, si tant est que j'ai assez de talent pour cela)

En fait, je pense que le Théâtre n'a pas vraiment besoin de magie...

Le Théâtre a ses règles précises et les spectateur d'une pièce, en prenant place, sont déjà prêts à admettre un certain nombre de choses. Dans l'exemple de la comédie musicale "Mary Poppins" évoquée par Splitch, lors de l'envol final, les fils ne sont absolument pas dissimulés... Et ce serait parfaitement inutile car l'émotion suscitée par le spectacle fait que cela n'a pas d'importance. A vrai dire, je crois que si on ne voyait pas le système, la réaction et l'émotion de la salle serait exactement la même !

Une amie comédienne a récemment écrit sa première pièce...Il y est question de fantômes. Elle m'a demandé d'ajouter quelques effets de magie. Après avoir lu la pièce, je lui ai avoué que c'était parfaitement inutile, car l'ajout d'effets spéciaux ne servirait en rien l'histoire et pourrait même nuire au propos ou alourdir la mise en scène. Au Théâtre, le jeu des comédiens, l'écriture et l'ancrage de certains éléments se suffisent à eux-même -Il est inutile, contrairement à la magie, de prouver que ce qui est arrivé est vraiment arrivé...-

Les effets magiques au Théâtre sont peut-être un plus, un luxe, mais ils ne sont pas indispensables.

Modifié par Ernest Sitril

J'aime ceux qui cherchent, je me méfie de ceux qui trouvent... (François Mitterrand)

Publié le

Je profite de la discussion parallèle... ;)

En fait, je pense que le Théâtre n'a pas vraiment besoin de magie...

Non, mais je pense qu'en revanche, la magie a besoin d'un peu de théâtre : placement de la voix, gestuelle, attitude, un peu de jeu de comédien ne peut qu'accroitre un effet magique... Je m'explique : lorsque l'on fait un simple faux dépôt, croire que l'objet est bien dans la main dans laquelle on vient de le mettre relève d'un jeu théâtral... Dramatiser l'impossibilité d'un effet relève du théâtre, l'élocution parfaite (domaine ô combien manquant aux magiciens...combien en ai je vu qui...devraient s'abstenir de parler... ou le cas échéant apprendre à parler.......) s'apprend en cours de théâtre... (enfin, ce n'est que mon avis, mais je sais que depuis quelques années l'impact de ma magie a augmenté...

Voilà voilà...

Choose your battles wisely.

Publié le

100 % D'accord Julien. En fait, le propos dans lequel je me suis engagé est si complexe et nécessite tellement de nuances et d'exceptions que je crains de rester incompris. Bien fait pour moi ;-)

J'aime ceux qui cherchent, je me méfie de ceux qui trouvent... (François Mitterrand)

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    • Je vous fais un 3615 raconte ta vie sur ce tour (les quinquas comme moi comprendront l'allusion😉) Je l'ai immédiatement précommandé parce que je trouvais l'objet vraiment sympa et que je suis une fan de paddle. Quand je l'ai reçu, l'idée du scénario s'est imposée assez naturellement : j'allais raconter une histoire de feux tricolores (étonnant, non ?). Bon...ok...Jusque-là, rien de follement original (ne me jetez pas des pierres tout de suite), mais au moins cela avait le mérite de coller très naturellement à ce que voit le spectateur. Je vais vous mettre ma routine un peu plus bas, mais avant cela, j'avais envie de vous raconter la petite galère créative par laquelle je suis passée pour arriver à ce scénario.🤪 Première tentative : les frères ingénieurs Dès le départ, je suis partie sur l'idée d'un conflit autour de la place des couleurs. Ma première histoire racontait donc l'invention du feu tricolore. J'avais imaginé deux frères ingénieurs qui ne parvenaient pas à se mettre d'accord : l'un voulait placer le rouge au milieu, l'autre absolument en haut, etc. Vous voyez le principe : les deux frères se disputaient sur la place respective des couleurs jusqu'à ce que l'un finisse par l'emporter et que l'on obtienne le feu tricolore tel qu'on le connaît aujourd'hui. Bref, je n'étais que moyennement emballée par l'histoire, mais bon...testons en public.  Et là…Je me suis ramassée.😵‍💫 Pas sur le tour lui-même. Les spectateurs trouvaient l'objet sympa, les changements très visuels et le principe du tour leur plaisait. Mais l'histoire ? Pas du tout. Ils la trouvaient confuse (et ils avaient raison, elle était mal écrite) mais surtout terriblement plate et sans grand intérêt (euphémisme). Et avec le recul, je comprends parfaitement pourquoi. En gros, cela donnait : « Lui voulait mettre le rouge ici, mais son frère n'était pas d'accord… » Je secouais la raquette. Hop ! Le rouge changeait de place. « Vous voyez ? Finalement, c'est l'autre frère qui avait raison… » Bref, le degré zéro de la narration. Ce n'était finalement pas une histoire. Je me contentais de décrire ce que les spectateurs voyaient en ajoutant par-dessus l'artifice de deux ingénieurs qui se disputaient. Et surtout, moi-même, je n'étais pas à l'aise en la racontant. Donc : poubelle. Deuxième tentative : la guerre des couleurs J'ai quand même conservé mes deux idées de départ : le feu tricolore et le conflit autour des places. Mais cette fois, j'ai viré les deux frères ingénieurs. Ils n'apportaient rien. J'ai donc personnifié directement les couleurs. Le rouge voulait dominer les autres. On l'avait placé au milieu mais, évidemment, lui estimait que sa place était en haut parce qu'il était le plus fort. L'orange, qu'on avait placé en haut, préférait finalement être au milieu… Là encore, je racontais essentiellement ce qui se passait sous les yeux des spectateurs. Je l'ai quand même testée en public. Petit progrès : cette fois, les spectateurs comprenaient mieux l'histoire. C'était moins confus. Donc j'avais gagné quelque chose. Mais de là à dire que j'avais enthousiasmé les foules…😐 Personne n'est monté sur la table, au mieux des sourires polis avec quelques mots gentils. L'histoire restait très moyenne (là encore euphémisme mais je tiens à préserver mon égo et mon image de marque sur ce forum🙂 ). Donc : poubelle. Retour à la case écriture. Je voulais toujours conserver cette idée de feu tricolore. Je voulais toujours jouer avec cette histoire de places. J'ai essayé plusieurs scénarios, plusieurs angles…et rien, nada, des nèfles, le degré zéro de la créativité 😧. Donc pause dans l'écriture : quand ça veut pas, ça veut pas ! Et puis, cette semaine, j'ai fait quelque chose de tout bête. J'ai arrêté de chercher une histoire. J'ai pris une feuille de papier et j'ai simplement écrit le tour. Pas le scénario. Le tour. Geste par geste. Je prends le rouge. Je le place ici. Je montre la raquette. Je secoue. Le rouge se retrouve là. Je le retire. Je prends l'orange… J'ai écrit absolument tous les mouvements et tous les emplacements successifs des couleurs. Et là (roulement de tambours...), il s'est passé quelque chose d'assez paradoxal : le fait d'avoir écrit précisément ce que je faisais m'a permis d'arrêter de raconter ce que je faisais 😮 ! La lumière s'est faite, sans mauvais jeu de mots (Patricia humoriste, je fais les mariages, les baptèmes...embauchez-moi 🤩). Je suis repartie exactement de la même idée…mais à l'envers. Depuis le début, je cherchais à expliquer pourquoi les couleurs n'étaient pas à leur place. Et si, au contraire, le principe de départ était qu'elles tenaient absolument à y rester ? Et si les couleurs d'un feu tricolore étaient parfaitement disciplinées ? Rouge en haut. Orange au milieu. Vert en bas. Chacun à sa place. Pourquoi ? Parce que chacun a un métier très précis. Et là, j'ai enfin trouvé mes trois personnages (sonnez hautbois, résonnez musettes !) 😍. Le rouge passe ses journées à dire : « STOP ! STOP ! STOP ! » Forcément, à force, ça donne un certain caractère. Le vert, lui, c'est le gentil de l'équipe : « Allez-y… C'est bon… Vous pouvez passer… » Jamais un conflit. Et puis il y a l'orange. Le pauvre orange… Le vert dit : « Allez-y. » Le rouge dit : « Arrêtez-vous. » Et l'orange, lui, dit à peu près : « Euh… dépêchez-vous de vous arrêter. » Personne ne sait vraiment ce qu'il veut. Mais tous les trois ont une chose en commun : ils connaissent parfaitement leur place. Et c'est à partir de là que la magie peut commencer. Parce que cette fois, quand je place volontairement le rouge au milieu et qu'il saute en haut, je ne cherche plus une justification artificielle au déplacement : il retourne à sa place. Quand je mets l'orange en haut et qu'il revient au milieu : il retourne à sa place. Les effets magiques ne viennent plus illustrer l'histoire. Ils deviennent la conséquence de l'histoire : ô joie, ô allégresse ! Et surtout, cela me permet ensuite de faire évoluer ces trois personnages et de raconter ce qui se passe lorsqu'un jour, ces trois couleurs parfaitement disciplinées décident qu'elles en ont peut-être assez qu'on leur dise où est leur place… Voilà comment je suis arrivée à la routine que je vais vous présenter. Attention :  elle n'a pas encore été testée en public car je l'ai finalisée ce soir . Je ne l'ai même pas testé avec le matériel pour voir le tempo, la musicalité, la clarté, etc. Je la testerai problement la semaine prochaine puisque les Blouses Roses reprennent à l'hôpital. Il y aura certainement des choses à couper, des phrases qui fonctionneront moins bien à l'oral que sur le papier, des rythmes à modifier. Et peut-être que les spectateurs me diront tout simplement que c'est pourri ! 😟 Honnêment, je ne le souhaite pas car là, pour le coup, je l'aime bien mon histoire et j'ai envie de la raconter. Je suis beaucoup, beaucoup plus à l'aise avec elle. Les personnages me plaisent, et, pour la première fois, je n'ai plus l'impression d'avoir écrit un texte pour justifier les déplacements d'un tour de magie. J'ai l'impression d'avoir fait l'inverse : j'ai laissé les déplacements du tour me raconter l'histoire (j'espère que ce n'est pas un brin présompteux). Maintenant, reste à savoir si le public sera du même avis... Je vous mets donc la routine ci-dessous et j'attends évidemment vos retours (avec diplomatie hein !). Et dès que je l'aurai réellement testée en conditions, je viendrai vous raconter ce que cela a donné (enfin si cela vous intéresse). Troisième tentative : le feu discipliné (en espérant que ce soit la bonne !)   Il paraît, qu'en général, les feux tricolores sont parfaitement disciplinés. Rouge en haut. Orange au milieu. Vert en bas. Chacun à sa place. GESTE : Montrer la raquette des deux côtés. Et celui-ci était probablement le plus discipliné de tous. Il faut dire que dans un feu tricolore, chacun a un métier très précis. Le rouge, par exemple… Le rouge, c'est le chef. (pas convaincue par cette ligne - peut-être à retravailler) Toute la journée, il dit : « STOP ! » STOP. STOP. STOP. Vous imaginez le métier ? Passer ces journées à dire aux gens de ne pas bouger. Forcément, ça vous donne un certain caractère. GESTE : Retirer les trois pièces et les confier au spectateur. Montrer la raquette complètement vide. Et le rouge prend son travail très au sérieux. Sa place, c'est en haut. Alors si, volontairement, je le mets au milieu… GESTE : Prendre le rouge, le montrer des deux côtés et le placer au milieu. …il n'aime pas du tout ça. Il suffit de secouer un peu…(pas convaincue par cette ligne - peut-être à retravailler) GESTE :  Secouer. Le rouge saute en haut. …et immédiatement : « STOP ! Moi, c'est en haut. » GESTE : Montrer les deux côtés. On peut essayer de discuter… GESTE : Faire revenir le rouge sur sa pièce. …mais avec quelqu'un qui passe sa journée à dire STOP, la négociation est assez limitée. GESTE : Rendre la pièce rouge au spectateur. Après, il y a l'orange. Alors l'orange… Son métier est beaucoup plus compliqué. Parce que le vert dit : « Allez-y. » Le rouge dit : « Arrêtez-vous. » Et l'orange, lui, dit : « Euh… dépêchez-vous de vous arrêter. » Personne ne sait vraiment ce qu'il veut. GESTE : Prendre l'orange et le montrer des deux côtés. Mais lui, en revanche, sait parfaitement où est sa place. Au milieu. Alors si je le mets en haut… GESTE : Placer l'orange en haut. …ça le perturbe. GESTE : Secouer. L'orange saute au milieu. Et voilà. Il retourne au milieu. GESTE : Montrer les deux côtés. C'est peut-être le seul moment de la journée où l'orange sait exactement ce qu'il doit faire. GESTE : Faire revenir l'orange sur sa pièce. Vous voyez, ce feu était parfaitement discipliné. Chaque couleur connaissait son travail. Chaque couleur connaissait sa place. Et c'est là que j'ai fait une erreur. J'ai voulu voir jusqu'où allait leur sens de la discipline. GESTE : Prendre le rouge et l'orange. J'ai remis le rouge en haut… GESTE : Placer le rouge. …l'orange au milieu… GESTE : Placer l'orange. Cette fois, aucune erreur. Ils étaient exactement là où ils devaient être. Rouge en haut. Orange au milieu. GESTE : Montrer les deux côtés. Et je leur ai dit : « Voilà. Maintenant, vous ne bougez plus. » Pause. Je crois que le rouge a assez mal vécu qu'on lui dise « STOP ». GESTE : Secouer. Les deux couleurs disparaissent. Et là… plus de rouge. Plus d'orange. GESTE : Montrer lentement les deux pièces devenues vierges, des deux côtés. Ils avaient quitté leur poste. Enfin… c'est ce que j'ai cru. GESTE : Retirer les deux pièces vierges. Révéler le rouge et l'orange incrustés dans la raquette. Parce qu'ils étaient toujours là. Le rouge en haut. L'orange au milieu. Toujours à leur place. Sauf que cette fois… ils s'étaient incrustés. Littéralement. GESTE (pause) : Laisser voir l'image un instant. Et il restait le vert. GESTE : Prendre la pièce verte. Le vert, c'est le gentil de l'équipe. Toute la journée, il dit aux gens : « Allez-y. » « C'est bon. » « Vous pouvez passer. » Jamais un conflit. Jamais une hésitation. Il voit arriver une voiture : « Allez-y, je vous en prie. » Alors je me suis dit : « Lui, au moins, il ne va pas poser de problème. » GESTE : Insérer le vert en bas. Et tout est redevenu normal. Rouge en haut. Orange au milieu. Vert en bas. GESTE : Montrer lentement les deux côtés. Chacun à sa place. Le rouge pouvait dire STOP. Le vert pouvait dire ALLEZ-Y. Et l'orange pouvait continuer à ne pas savoir exactement ce qu'il voulait dire. Tout allait bien. Enfin… pendant quelques secondes. GESTE : Regarder le feu. Petite pause. Parce qu'après toutes ces années passées ensemble… ils avaient peut-être compris quelque chose. GESTE : Secouer. Rouge et orange sautent sur la pièce verte. Le rouge a quitté le haut. L'orange a quitté le milieu. Et tous les deux sont allés rejoindre le vert. GESTE : Montrer les trois couleurs réunies. Pour la première fois… plus de chef. Plus d'indécis. Plus de gentil. Juste trois couleurs… qui avaient décidé de rester ensemble. GESTE : Retirer lentement la pièce portant les trois couleurs. Montrer la raquette complètement vierge des deux côtés. Plus personne en haut. Plus personne au milieu. Plus personne en bas. GESTE : Regarder la pièce avec les trois couleurs, puis la raquette vide. Finalement… ce n'était pas un feu tricolore qui n'était plus discipliné. C'était simplement trois collègues… qui en avaient assez qu'on leur dise où était leur place.    
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