J'ai essayé de lire avec grande peine "impostures intellectuelles", je n'y suis pas parvenu car j'y ai moi-même vu une imposture intellectuelle... Au moins le livre portait bien son titre! Alors je me dois de défendre Lacan, Deleuze, Guattari ou Latour...les "géants" sur les épaules desquelles sont montés bien des nains... Car comme l'on voit la paille dans l'oeil du voisin... l'ouvrage en question d'Alan Sokal et Jean Bricmont n'est pas sans poser un certain nombre de problèmes. Parmi ceux-ci:
-D'abord une lecture que je considère comme réductrice des auteurs qu'ils critiquent. Et notament l'amalgame entre des phrase sorties du contexte, sorties de leur époque ou maladroites (peut-être!) et la pensée globale de ces philosophes, psychanalistes ou écrivains. Les auteurs prennent même parfois au premier degré ce qui sont des pures métaphores (p.ex: le ruban de Moebius pour Lacan est comme une allégorie de la continuité et du retournement et non un sens stricte scientifique du ruban de Moebius). Je trouve un peu mesquin de faire "comme si on ne comprenait pas" les métaphores au profit d'une vision procédurière et figée.
-Ensuite, il me parait vain d'appliquer les critères de la science (rigueur et précision?) à la philosophie, la littérature ou la psychanalyse puisque ces champs d'études s'en émancipent justement lorsque c'est nécessaire (ça fait même partie de leurs fonctions). Les philosophes critiqués ne sont évidemment pas des scientifiques ou des mathématiciens, ils développent des concepts théoriques inspirés de la science. Je trouve alors que cette comparaison n'est ni faite, ni à faire.
-Puis d'autres "détails" comme le fait que soit largement suggéré que Deleuze nous "embrouille" avec un langage hermétique. On peut le considérer. Mais est-ce qu'il est invalide pour autant? C'est friser la mauvaise foi que de l'affirmer.
Bref, comparons ce qui est comparable. Je ne suis pas du tout contre la critique du post-modernisme -et d'autre part fervent des démystificateurs (rendez-nous James Randy!)- mais discréditer nos meilleurs penseurs d'il y a 50 ans sous le biais de la science des années 90, me parait être uniquement productif pour la vente de livres mais en tout cas pas pour l'avancée des idées.