Je n'ai pas pratiqué le table à table, sauf si bien sûr j'y étais invité.
Non, faisant de la magie de zinc, je faisais du tabouret à tabouret.
Voici un extrait de mes mémoires qui je suis sûr vous sera d'une immense utilité et un encouragement pour ce travail, de quémandeur, des plus valorisant :
Un jour, ou plutôt une nuit, où je m’équilibrais entre tabouret et comptoir zingué et tripotais ma coupe presque vide de « Double Charlier » le barman approche ses lèvres de mon oreille la moins sourde pour me chuchoter « T’as vu la souris à côté ? » (C’était au temps où les meufs s’appelaient souris)
En effet au tabouret sis à ma dextre jouxtait une pépée du tonnerre de Bacchus. (A cette époque, on appelait aussi les souris « Pépée ». (Léo Ferré appelait sa guenon « Pépée ». Celle qui a été assassinée par sa meuf)
« Elle a l’air de s’ennuyer terriblement » ajoute mon nouveau pote le barman (Je traduis : la meuf elle se fait ch.i.er grave)
« Tu devrais animer son atmosphère par une des tes nombreuses virtuosités féeriques comme tu nous l’as si souvent fait»
Comme je suis un bon samaritain, j’emprunte le jeu de l’établissement « A l’Abreuvoir » et m’avance vers l’ennui de la donzelle afin de l’aider à sortir de sa dépressive torpeur. Tout en exécutant ma plus périlleuse et cependant spectaculaire fioriture je lui susurre « Bonsoir, chère demoiselle, aimez-vous la magie et les magiciens ? » Et toc le premier as apparaît miraculeusement au bout de mes doigts.
La tendre jouvencelle lève les yeux vers moi et me dit de façon plus qu’audible « Barre-toi, j’ai pas de temps à perdre avec des saltimbanques »
En retournant me repositionner entre tabouret et comptoir zingué pour commander une nouvelle coupe de « double Charlier » j’ai encore eu le bonheur de l’entendre dire au barman « C’est quoi ce bar de merdre où il n’y a pas moyen de boire son verre tranquilos sans être emmerdée par un d ? »
« Si ce Monsieur vous embête je peux appeler le portier » lui a susurré mon ancien pote le barman...