...Wouuffff ! Merci Roland mais revenons à nos moutons.
Le Grand Secret, autrement dit, le Saint Graal de tous les magiciens. Nombre d’entre nous s’en approchent mais combien serons-nous à en prendre pleinement connaissance et à en maîtriser le contenu ?
En ce qui me concerne, autant vous l’avouer dès maintenant, j’en suis loin. Cela fait maintenant presque quatre ans que je m’intéresse à la magie et, après une course effrénée à la routine « killer », ce n’est que le week-end dernier que j’ai commencé à entrevoir la lumière… Et tout cela grâce au fameux tour des deux as rouges et des deux as noirs.
Ce qui suit n’a rien de révolutionnaire et certains d’entre vous crieront peut-être à l’escroquerie, me jetteront même des cailloux en se moquant de mon « Grand Secret » mais après tout, j’accepte de courir ce risque. J’en profite aussi, au passage, pour jeter aux orties toutes polémiques concernant les récentes émissions de télévision agricoles et autres campagnes de débinage, uniquement orchestrées pour la satisfaction immédiate mais stérile et sans avenir du grand public profane (du moins une majeure partie).
Il y a presque deux ans, j’ai construit une routine de cartes très simple qui remporte un certain succès à chaque fois que je la présente et au centre de laquelle le tour des deux as rouges et des deux as noirs figure en bonne place. Le problème est que depuis deux ans je ne l’ai présentée que très rarement. Là où un magicien professionnel fait cinq galas en une demi-journée, je n’ai fait, durant ces deux dernières années, que très peu de « véritables » représentations. J’ai ainsi oublié. Je me suis éloigné de l’essentiel. J’ai acheté quelques livres, trois ou quatre vidéos, histoire de ne pas louper la « dernière nouveauté », pour finalement avoir le sentiment aujourd’hui de m’être un peu perdu.
Or le week-end dernier, à l’occasion d’un séminaire d’entreprise, il se trouve que j’ai eu l’occasion de pratiquer pour plusieurs groupes de personnes durant deux jours. Et, à ma grande surprise, ce fut presque à chaque fois un véritable triomphe.
Ceux qui connaissent mon style de présentation me glisseront peut-être à l’oreille que cela ne les étonne pas. C’est très gentil, mais pas cette fois. Concernant le tour des deux as rouges et des deux as noirs (oui, oui «The Dr. Daley’s last trick», jeune padawan), point de présentation débridée, juste l’effet et…L’ovation de la foule en délire. Mais aussi des réactions très variées, allant de la fameuse remarque sur la « rapidité du geste » à l’examen attentif de ces as qui transposent magiquement dans la main du spectateur. Et finalement, je crois que tout est là, dans ce mot, «magiquement». A trop me disperser, je l’avais tout simplement oublié. En effet, pour toi, jeune Skywalker, faire choisir une carte par un spectateur et la retrouver dans ta chaussure n’est qu’une question de technique et/ou de misdirection, rien de magique là-dedans. De la belle ouvrage que, comme toi, j’apprécie énormément, certes, mais point de réelle magie à tes yeux. Et tu as raison.
Mais bon sang de bon soir va-t-on enfin l’inventer cette routine « killer » qui sera réellement magique pour le spectateur mais aussi pour toi, jeune apprenti magicien, assoiffé de techniques et d’effets révolutionnaires ?! Je n’en sais rien, en revanche, j’ai l’intime conviction qu’une grande partie de nos spectateurs n’ont eu que très rarement l’occasion de rencontrer un « vrai magicien comme on en voit à la télé». Profitant ainsi d’un certain intérêt mêlé d’une grande curiosité, presque enfantine, j’ai l’impression que si l’on se met au diapason de nos spectateurs et que l’on croit tout simplement à ce que l’on fait, il arrive parfois que, durant une brève seconde, la magie nous emporte également. Et à ce moment précis, nos spectateurs, semble-t-il, vivront alors un pur moment de magie. Du moins c’est comme cela que je l’ai très récemment ressenti.
Bien sûr, ce n’est pas nouveau, de nombreux magiciens se sont penchés sur cette approche théorique, toutes ces questions ont déjà été posées à plusieurs reprises – et par les plus grands - mais ce n’était effectivement pour moi que pure théorie… Avant.
Amicalement
Woody