Pour compléter sur le sujet de Joséphine Payol un extrait du journal "La lanterne" de l'époque où l'on en apprend plus sur la vie de Dorsay et du sujet:
Joséphine Payol âgée de vingt-quatre ans est née à Aps-les-Thermes. Son père, marchand de bois et hôtelier dans cette petite ville de l'Ariège, lui a fait donner une bonne instruction et une éducation soignée. Le brevet supérieur qu'elle possède prouve qu'elle a profité des leçons qu'on lui a données.
C'est à Aps môme, il y a deux ans à peine, que cette jeune fille, qui avait brigué, mais en vain, une recette des postes, fit la connaissance du sieur Caban, dit Dorsay. Ce dernier, ancien agent lyrique, s'essayait au métier de fascinateur dans un petit café de la ville. Pour prouver sa bonne foi et démontrer qu'il était en possession d'un véritable pouvoir magnétique, il pria Joséphine Payol qui se trouvait dans l'assistance de se laisser endormir. Celle-ci, avec son imagination ardente et son caractère léger, ne manqua pas de se prêter complaisamment aux manœuvres du pscudo-fascinateur.Bref, les relations entre Caban et la jeune fille devinrent si intimes, malgré tous les efforts tentés par le père pour les empêcher, qu'ils quittèrent tous les deux Aps, avec l'intention de ne plus y revenir.
Lorsqu'il eut un sujet, Dorsay, qui avait été autrefois employé chez le dompteur Redenbach, songea à étendre ses expériences et à les faire dans une ménagerie.
Son ancien patron, auprès duquel il fit ou fit faire de pressantes démarches, refusa tout d'abord des propositions pareilles, effrayé probablement par la responsabilité qui lui incomberait en cas d'accident. Plusieurs dompteurs, qui se trouvaient alors sur le champ de foire de Bordeaux, les accueillirent d'ailleurs de la même manière. Seul, Laurent consentit à le laisser entrer dans la cage au lions.
Le succès du spectacle ayant été très grand, Caban put désormais - traiter avec tous ceux qui naguère encore se refusaient à l'admettre chez eux. Redenbach, entr'autres, l'engagea pour quelques représentations, en lui abandonnant les 15 0/0 dd' recettes brutes. Elles eurent lieu successivement à Avignon, Nîmes, Montpellier, Dézksrs enfin. Joséphine Payol, elle, touchait 40 fr. par soirée.
Quoi qu'on en dise,le dompteur Redenbach est, paraît-il, responsable de ce qui est arrivé car la jeune fille ne voulait pas renouler les. expériences qui, le vendredi soir, avaient failli lui coûter la vie. Il a, d'ailleurs, réparé sa faute en envoyant des secours de toutes sortes, en espèces et en natuie, à la malheureuse Joséphine Payol.
Caban, lui, continuait à vivre aux dépens de sa victimo : une grande partie de l'argent envoyé par Redenbach était accaparé par ce parasite d'un nouveau genre. 11 n'a iallu rien moins que l'annonce de l'arrivée de M. Payol pour le faire décamper mercredi 22 janvier.
Ce dernier, en effet, avait appris par les journaux le drame de la ménagerie Redenbach; quelques détails lui.ayant fait soupçonner la vérité, il fit toutes sortes de démarches pour être fixé là-dessus. Mais il avait compté sans l'infernale habileté du séducteur de sa fille.
Dorsay, qui* avait toujours conservé son influence sur elle, parvint à lui faire écrire des lettres où elle donnait des nouvelles rassurantes de sa santé et prétendait n'avoir jamais quitté Toulouse, Il les envoyait ensuite à un compère établi dans cette dernière ville, qui se chargeait de les faire parvenir à destination. M. Payol voyant le cachet de la poste de Toulouse aurait été infailliblement induit en erreur, si l'écriture brisée, hachée de ces lettres n'avait attiré son attention.
Il écrivit alors au commissaire central de Béziers, et apprit de ce dernier la vérité entière. Sans perdre de temps, il partit à destination de notre ville où il est anivé mercredi 22 janvier, comme nous l'avons déjà dit plus haut.
Jeudi, au parquet, M. Payol a fait les déclarations suivantes : « Ordinairement, lorsque je voyage, je prends un revolver avec moi : mais je l'ai laissé à Aps, parce que rau. rais pu tuer Caban si le hasard m'avait mis en sa présence. Ma fille ne manquera d'ailleurs de rien, car j'ai largement de quoi subvenir à tous ses besoins.
Le juge d'instruction lui a fait savoir qu'on se préparait à poursuivre Redenbach et Dorsay, mais qu'on ne savait encore si les deux personnages seraient jugés en correctionnelle ou en cour d'assises.
Ajoutons enfin que Mlle Joséphine Payol, qui se trouve toujours au n° 4 de la rue Barthès, est admirablement soignés par les docteurs Cavaillé et Thomas, mais est loin d'être remise.
Elle a, paraît-il, des cauchemars terribles.