Ben oui, être naturel, c’est dur
Quelques petits trucs qui peuvent aider :
Le ton :
Imagine que tu parles dans un autre contexte : tu es en train de parler du temps à ton boulanger en achetant une baguette… c’est une de tes voix naturelles les moins crispées, sauf si tu as des rapports conflictuels avec ton boulanger.
Les mots :
Les mots qu’on utilisent dans le langage courant dépendent bien sur de la personne. Mais souvent, on a du mal à placer des mots longs, peu utilisés dans le contexte ou on se trouve. On préférera des synonymes plus courants, ou moins « savant ».
Ce n’est pas que le discours doive sembler pauvre, mais il gagne à sembler « familier ».
Les temps :
Eviter les temps de conjugaison genre imparfait du subjonctif, tout simplement car c’est un temps qui n’est presque plus utilisé à l’oral de nos jours.
Mais il y a un temps que j’exècre et que les interprète de spectacle vivant s’obstine régulièrement à placer : le passé simple.
Quand, dans la vie de tous les jours, parle-t-on au passé simple ? excessivement rarement, pour 99% d’entre nous (je connais quelques personnes s’exprimant naturellement au passé simple, mais elles font figure d’exception…)
Et pourtant, dés qu’un conte doit être dit, une histoire racontée, crac, le passé simple rapplique…
La faute vient du livre : le passé simple, s’il a pratiquement disparu à l’oral, a tout à fait sa place à l’écris.
Et on tombe dans un travers courant de ceux qui travaille leur texte à l’écris : on parle comme un livre.
Cela ne sonne donc pas naturel.
Travaillez votre texte à l’oral, en partant d’une trame, et vous aurez une petite chance d’éviter ce travers.
Les formes familières :
Perso, dans ma façon de m’exprimer, je pratique abondement les contractions genre : « j’vais vous dire », j’me doute bien que… » ou « je m’doute bien que » etc.
Je les utilise aussi en spectacle : articuler chaque syllabe de chaque mot donne une diction parfaite, et du coup artificielle : moi, je ne suis pas parfait…
Etc.
Attention, je parle bien sûr de ceux qui veulent parler de façon naturelle, ou du moins donner l’impression que le texte n’est pas travaillé (il doit l’être), et se rapproche d’une conversation entre amis.
Ceux qui veulent prendre un personnage qui les différencie clairement du public doivent travailler autre chose.
Car c’est bien de cela qu’il est question :
Une façon de s’exprimer détendue et familière peut, dans la grande majorité des cas, diminuer la barrière entre l’interprète et le public.
On ne se place pas à part, ni au-dessus, on n’est pas « celui qui sait », on est juste la pour tailler une bavette avec les gens en leur montrant des trucs rigolos…
On pourrait penser que cette façon très « ordinaire » de communiquer va rendre difficile l’installation du mystère.
Pas vraiment :
Ceux qui veulent installer le mystère par des effets de voix se plantent souvent s'il n'ont pas de talent d'acteur poussé : ça fait artificiel, surjoué, on a l’impression que l’interprète veux nous « forcer » à croire à son mystère…
Or en magie, c’est le spectateur qui doit se convaincre lui-même, si on le force, il se braque.
C’est donc très dur (pour moi en tout cas) de créer directement du mystère de cette façon.
A l’inverse, si on démarre comme quelqu’un d’ordinaire, on va créer un lien plus facilement avec le public.
Ensuite, quand les choses impossibles vont arriver, on aura un glissement du réel (là d'ou on est parti) vers le fantastique (là ou on veut arriver…)
Ce glissement est intéressant : on ne braque pas les gens au début, pour qu’ils ne soient pas dans la confrontation ou le pari, puis on les laisse eux même se prendre au jeu de l’illusion, et c’est cela qui va introduire la magie au cœur de la réalité.
Ensuite, nous sommes en spectacle : donc si je commence familièrement et « naturellement », mon personnage va « jouer » des choses : ton, mimiques, geste théâtral…
Mais c’est quelque chose qui sera visiblement « joué » :
Le public a donc une vision du gars normal, qui se met à jouer et faire des effets théâtraux.
Et les effets sont drôles, du coup, puisque on a vu le gars au naturel avant…
En fait, mon personnage n’a rien de bien extraordinaire, c’est un type assez simple… (j’ai longuement travaillé cette simplicité…) et paradoxalement, le contraste avec l’effet magique, quand il arrive, renforce l’émotion magique.
Ben oui, je n’ai pas un personnage de super héros…
Les gens veulent-ils des super héros dans le spectacle vivant ?
Je n’en suis pas sûr : s’ils en veulent, ils vont au cinéma.
Ils aiment rencontrer l’artiste, voir ce qu’il est en vrai, et ce contact « égalitaire » les valorise…
Et si ce type ordinaire fait des miracles, les miracles peuvent venir dans la vraie vie, hein ?
Mais il y a bien d’autres façon de faire de la magie, le principal, c’est de trouver la sienne.
Gilbus