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Il y a 14 heures, Yann HARDY a dit :

Pour prendre une technique emblématique: le saut de coupe ou estocade,volte face, tour du petit doigt..

Il est décrit mais non expliqué "techniquement " dans le livre de Gouyn de Poictier en 1550... Alors que le livre de Jean Prevost, "premier" livre de magie sortira en 1584. Et ne parle pas de cartes bien sûr.. la plus ancienne description technique connu serait selon Daniel Rhod, qui a fait un travail titanesque sur le sujet, datée de 1764 en français.. mais encore une fois c'est un ouvrage sur les jeux et la prévention des arnaques et non un livre de magie..😉

 

Bon... Euh... Ne le prend pas mal, mais il y a là beaucoup d'approximations qui conduisent à des contre-vérités...

Voici une partie de mes propres notes sur le saut de coupe pour t'expliquer pourquoi il est très délicat, et peut être encore plus pour le saut de coupe que pour tout autre technique, d'affirmer que les magiciens auraient 'pillé' les tricheurs.... 

Les spécialistes et historiens se bataillent depuis longtemps pour trouver la plus "ancienne" référence à telle ou telle technique... Quitte parfois à purement spéculer sur la base de termes issus de traductions douteuses... Ou à extraire complètement le contexte de l'époque du texte sur lequel ils se basent. 

Pour reprendre tes exemples, la description dans le livre d'Olivier Gouyn (Le Mespris et Contentement de tous ieux de sort - 1550) ne décrit pas précisément le saut de coupe. 

La seule indication consiste en :

"apres que tu auras coupé (si tu n'y regardes de bien près) [le pipeur] mettra ce qu'il failloit mettre dessus dessoubz."

Bien que l'on retrouve le principe général du saut de coupe, il est difficile d'affirmer qu'il y a ici l'évocation d'une technique particulière... Il s'agit en réalité d'une mise en garde pour vérifier que le tricheur reconstitue correctement la coupe...

En 1608, les choses se précisent un peu, car le livre de Daniel Guilleminot 'La Mort aux Pipeurs' semble évoquer une technique identifiée et identifiable par un terme de jargon : l'estocade. 

"Apres ce ieu de dez suit le ieu des cartes non moins trompeur & pernicieux, & qui porte sa tromperie en autant de ieuz que l'on yiouë par le moyen de la subtilité de mesler, ou de mettre le dessus dessoubz apres la coupe, qu'ils appellent l'estocade (...). "

L'historien Pierre Taillefer attire l'attention dans "faire sauter la coupe, chapitre 8 du livre Triche et Arnaques édité par Le Collectoire à l'occasion du Jean Merlin Magic Historic Day de 2015" sur le fait que "la coupe soit faussement rétablie au moment de réassembler les deux moitiés coupées sur la table et non a posteriori entre les mains du tricheurs". Ces techniques ne semblent donc pas faire appel à une grande dextérité du tricheur mais plutôt à l'innatention des joueurs.

Pour obtenir une description réellement détaillée du saut de coupe et des illustrations techniques, il fait attendre le milieu du XVIIIeme siècle...

Or, à cette même époque, le contexte du Jeu change également et avec lui l'image du tricheur... Le jeu entre dans les salons de la noblesse et de la bourgeoisie, le tricheur s'adapte à cet environnement et devient 'chevalier de l'Industrie'. Le jeu et les dupes se sophisticalisent, il en sera ainsi pour les tricheurs !

Dans le même temps, des auteurs moralistes se sentent investis de la mission de protéger nobles et bourgeois de la Triche, et l'on voit apparaître moults ouvrages de 'protection à la triche'. 

Si les historiens s'accordent (en général) pour considérer qu'effectivement la première description technique d'un saut de coupe apparaît dans le livre de Mailhol en 1764 (Le Philosophe nègre et les secrets des grecs) qui est l'un de ces nombreux livres de 'protection', il ne faut pas perdre de vue que la première description technique d'un saut de coupe dans un ouvrage de 'prestidigitation' n'apparaît que... 5 ans plus tard, en 1769 dans 'Les Nouvelles Récréations Physiques et Mathématiques' de Guyot ! 

Alors, ou est-ce que je veux en venir ? 

Et bien, s'il apparaît évident que les prémisses du saut de coupe sont décrit dès le XVI siècle, je ne crois pas que l'on puisse considérer que cette technique (telle qu'on l'entend aujourd'hui) existait à l'époque. Il faut déjà pouvoir se replacer dans le contexte de l'époque, connaître les jeux pratiqués et la qualité des cartes qui était insuffisante pour permettre des mouvements sophistiqués... À l'époque, la triche consiste principalement en des dés grossièrement pipés, des cartes marquées, des procédures de jeu un peu floues (pas d'obligation de melanger ni de couper...) et surtout on préférait les méthodes rustres et efficaces de coupeur de bourses plutôt que de s'ennuier à faire sauter la coupe (pour faire quoi en plus ? Conserver un montage réalisé en riffle stack lol?) 

L'histoire de la Triche 'moderne' et sophistiquée n'apparaît qu'à la fin du XVIIeme siècle, au moment où le jeu quitte les tripots et lieux clandestins pour rejoindre les maisons de nobles ou de bourgeois, les Maisons de Jeux officielles et même les cours des rois.

Le tricheur ne peut plus être un rustre... Il doit voler au jeu des Bourgeois, et donc se mêler à la perfection à la haute société de l'époque. Or c'est à cette même époque que l'on voit se multiplier des livres sur les tricheurs et des livres de prestidigitation. Qui pourrait prétendre que le développement des techniques les plus sophistiqués n'est pas parallèle chez les prestidigitateurs et autres amuseurs publics et chez les tricheurs ? Il s'agit de personne gravitant dans les mêmes cercles sociétaux... Mon hypothèse est que, à compter de la seconde moitié de XVIIIeme siècle, les Mailhol, Guyot, Descremps etc... partage, diffuse, et font évoluer parallèlement l'art d'amuser les gens avec des cartes et l'art de les dépouiller...

Par conséquent, affirmer que les uns auraient pillé les autres me semblent au mieux une approximation et au pire une contre vérité. 

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Publié le
Il y a 16 heures, Jean-Marc (thucydide) a dit :

Rien que la magie des gobelets a été utilisé par les escrocs pour faire une bonneteau et bien avant les cartes.

Ton affirmation est malheureusement purement gratuite et ne s'appuie sur rien d'autre que ton avis, que je respecte mais que je ne partage pas. 

Il y a 16 heures, Jean-Marc (thucydide) a dit :

Ensuite Edernase que l'on dit avoir révolutionné la magie des cartes avec son livre, fut un joueur de tables de poker et qu'il a eu connaissances des techniques de triches;

C'est même l'inverse : Erdnase prétend être un tricheur, et révèle dans son livre ses techniques de triche. Il propose ensuite dans une seconde partie de son ouvrage des techniques et des routines de cartomagie. C'est Dai Vernon qui présente ce livre comme une révolution de la cartomagie. D'ailleurs autant pour la partie triche que pour la partie cartomagie.

Le travail d'Erdnase rejoint assez mon hypothèse d'une collusion forte entre le magicien et le tricheur, qui se sont séparés au fur et à mesure sans jamais réellement se quitter... Il n'y a qu'à voir le nombre de personnes qui prétendent être d'authentiques tricheurs mais qui ont commencé leur carrière sur les forums de magie. La plupart des 'tricheurs' que nous connaissons traînent avec des magiciens et écument les forums de magie.

Il y a 16 heures, Jean-Marc (thucydide) a dit :

Pour la filiation on ne peut que rarement trouver la paternité d'un mouvement ou d'un tour, on s'aperçoit que si Dai vernon a publié tel ou tel tour comme "as assembly" il l'a fait en s'inspirant d'un autre qui s'est inspiré d'un autre...

Effectivement, la paternité de tours ou de mouvements n'est pas facile à établir... C'est pour cette raison que je demande toujours les sources sur lesquels s'appuient les affirmations des VMistes...
En creusant, on s'aperçoit qu'il s'agit souvent d'avis personnel basé sur un ressenti mais pas sur des faits...
Or lorsque l'on étudie les documents d'époques, sans chercher à dénaturer le sens du texte ni la réalité du contexte, on s'aperçoit que les avis sont souvent établis sur des bases erronées.

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Publié le (modifié)

@Fabrice (kaz)

Les méthodes que j'ai pu utiliser ou voir étaient purement "mécanique " dans le sens technique, les marquages ou la collusion.. rien d'avancé sur le plan électronique ou autre. Mais en même temps pour quoi faire, j'étais en partie privée et non face à des systemes de sécurité type casino ou cercle de jeu.

 

@Philip59

Jolie rédaction.. 😉

Apres je ne suis pas historien, j'ai juste une expérience point.. qui d'ailleurs ne fait pas office de vérité.

Les notes que j'ai son juste pour l'introduction de mon bouquin sur la triche ( commencé il y a 3 ans, je n'aime pas écrire...).

Maintenant je ne vois pas où sont les approximations dans mon texte puisque tu es d'accord avec moi.. notamment sur la première description, je répète non technique, du saut de coupe. Je ne parle pas d'un saut de coupe classique ou de développements modernes ( qui pour certains serait catastrophique à une table de jeu) mais bien du principe de base... que des développements ulterieurs se soient fait conjointement ou par croisement entre ses deux mondes est plus que probable. Même s'il serait suicidaire pour un tricheur d'être vu en compagnie d'un magicien.

La preuve c'est que lorsque j'ai voulu passer à la vitesse supérieure pour la triche, vers 13/14 ans mon premier réflexe a été de consulter des livres de magie..

Maintenant je pense ( et cela n'engage que moi) que bon nombre de technique de cartomagia voient leurs origines dans le monde du jeu..

Modifié par Yann HARDY
Publié le
Le 11/01/2020 à 15:38, Yann HARDY a dit :

Maintenant je ne vois pas où sont les approximations dans mon texte puisque tu es d'accord avec moi..

Non non, je ne suis pas d'accord avec toi lol

Je te concède des points mais je n'en tire pas les mêmes conclusions... 

Quelles sont tes approximations ? 

Et bien tu as dis que le saut de coupe était décrit dans le livre de Gouyn, et ce n'est pas tout à fait exact... J'ai d'ailleurs reproduit le passage concerné pour que tu constates que ce n'est pas le cas. 

Ensuite tu cites un livre de magie (le Prevost) de la même époque pour rappeler qu'il ne parle pas de saut de coupe (tout en rappelant qu'il ne parle pas de cartes non plus... 😉). 

Enfin, tu dis que la première description technique d'un saut de coupe se retrouve en 1764 dans le livre de Mailhol, c'est vrai... Mais on retrouve à la même époque des descriptions tout aussi précises dans des ouvrages de prestidigitations... 

En réalité, il faut rappeler que Mailhol n'est pas un tricheur, mais qu'il produit un ouvrage destiné à protéger la noblesse et la bourgeoisie de la Triche.

Sans ces informations, on pourrait avoir l'impression que les tricheurs ont inventés le saut de coupe, puis cette technique ayant été exposé au grand public, elle aurait été reprise bien plus tard par les magiciens... 

 

On s'aperçoit en réalité que l'on ne sait pas grand chose des techniques réellement employées à l'époque par les tricheurs et que les magiciens et autres explicateurs de miracles se montrent volontiers plus volubiles... On pourra constater que, de ce point de vue, les choses n'ont pas réellement changées et que ce sont toujours les magiciens qui pensent savoir et passent leur temps à expliquer ce qu'ils ne pratiquent pas... 😂

Le 11/01/2020 à 15:38, Yann HARDY a dit :

Maintenant je pense ( et cela n'engage que moi) que bon nombre de technique de cartomagia voient leurs origines dans le monde du jeu.

Oui j'ai bien saisi ton avis. Et comme je ne le partage pas, je te demandais si tu connaissais des exemples concrets... Ton avis a le goût de l'évidence, mais je me méfie toujours de l'évidence... 😉

Pour ma part, je crois que la construction sociale (sociétale ?) du magicien et du tricheur sont très complexes, et se sont mutuellement enrichi au fil des époques depuis le XVIIIeme siècle en Europe jusqu à nos jours. 

 

Le 11/01/2020 à 15:38, Yann HARDY a dit :

Les notes que j'ai son juste pour l'introduction de mon bouquin sur la triche ( commencé il y a 3 ans, je n'aime pas écrire...).

Heureux de lire ceci ! Mais n'hésite pas à demander de l'aide pour la partie historique, c'est un sujet particulièrement complexe comme tu peux le voir 😉

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Publié le

@Philip59

On est bien d'accord que le mouvement de faire sauter la coupe ( ou saut de coupe) est bien décrit mais non expliqué dans l'ouvrage de poictiers??

 

Le 11/01/2020 à 16:04, Philip59 a dit :

Pour ma part, je crois que la construction sociale (sociétale ?) du magicien et du tricheur sont très complexes, et se sont mutuellement enrichi au fil des époques depuis le XVIIIeme siècle en Europe jusqu à nos jours. 

Je suis d'accord avec toi sur ce point.😉

Publié le
il y a 29 minutes, Yann HARDY a dit :

@Philip59

On est bien d'accord que le mouvement de faire sauter la coupe ( ou saut de coupe) est bien décrit mais non expliqué dans l'ouvrage de poictiers??

La description dans le livre d'Olivier Gouyn de Poictiers (Le Mespris et Contentement de tous ieux de sort - 1550) consiste en :

"apres que tu auras coupé (si tu n'y regardes de bien près) [le pipeur] mettra ce qu'il failloit mettre dessus dessoubz."

Il s'agit donc d'un avertissement de l'auteur envers le joueur à se méfier du tricheur qui, après la coupe, "mettra ce qu'il falloit mettre dessus dessous".

S'agit-il d'un saut de coupe ? Dur à dire... En tout cas, l' auteur met assurément en garde le joueur et l'incite à bien surveiller que la portion qui doivent aller dessus aille effectivement dessus et pas dessous. 

Techniquement, il pourrait s'agir d'un saut de coupe au bluff ou au culot... Ou d'un mouvement plus technique...

Mais nous sommes en 1550... Les cartes sont de grossiers morceaux de papiers mal taillé.... 

A mon avis, mais on ne dispose pas à ce jour de description précise, il s'agit seulement d'une reconstitution au bluff, il n'y a pas de 'saut de coupe' (action de faire sauter la coupe) mais une annulation de la coupe au culot.

La volonté d'annuler la coupe est présente, mais pas nécessairement de la faire sauter 'a posteriori' 

Publié le
il y a 10 minutes, Philip59 a dit :

La description dans le livre d'Olivier Gouyn de Poictiers (Le Mespris et Contentement de tous ieux de sort - 1550) consiste en :

"apres que tu auras coupé (si tu n'y regardes de bien près) [le pipeur] mettra ce qu'il failloit mettre dessus dessoubz."

Il s'agit donc d'un avertissement de l'auteur envers le joueur à se méfier du tricheur qui, après la coupe, "mettra ce qu'il falloit mettre dessus dessous".

S'agit-il d'un saut de coupe ? Dur à dire... En tout cas, l' auteur met assurément en garde le joueur et l'incite à bien surveiller que la portion qui doivent aller dessus aille effectivement dessus et pas dessous. 

Techniquement, il pourrait s'agir d'un saut de coupe au bluff ou au culot... Ou d'un mouvement plus technique...

Mais nous sommes en 1550... Les cartes sont de grossiers morceaux de papiers mal taillé.... 

A mon avis, mais on ne dispose pas à ce jour de description précise, il s'agit seulement d'une reconstitution au bluff, il n'y a pas de 'saut de coupe' (action de faire sauter la coupe) mais une annulation de la coupe au culot.

La volonté d'annuler la coupe est présente, mais pas nécessairement de la faire sauter 'a posteriori' 

Sauf que dans la définition de "faire sauter la coupe" il n'est nullement parlé de " a posteriori "..😉

Wicktionnaire dit par exemple:(Jeux) Rétablir avec dextérité un jeu de cartes dans l’état où il était avant qu’on l’eût coupé.

"Faire sauter la coupe".

Publié le (modifié)

Yann Sauf que dans la définition de "faire sauter la coupe" il n'est nullement parlé de " a posteriori "..

D'accord, mais il faut au moins que la coupe ait eu lieu 😉

 

Dans ta définition :

Rétablir avec dextérité un jeu de cartes dans l’état où il était avant qu’on l’eût coupé.

 

Il y a deux notions :

1. Rétablir... Ce qui suppose que l'ordre a été précédemment modifié par la coupe, et que donc il  y a eu coupe...

2. Dextérité... Ce qui suppose un mouvement technique à réaliser... 

 

Mais la on fait du mal aux mouches... Lol

Cela dit on voit bien que le terme de 'saut de coupe' est inadapté à la réalité du tricheur... Est ce qu'annuler la coupe c'est pareil que de la faire sauter ? Est ce que forcer la coupe au bon endroit c'est un saut de coupe ? Est ce que faire faire une fausse coupe  à un complice c'est un saut de coupe ? Tout ça c'est de la sémantique et le tricheur n'en a que faire. 

 

Le propos initial était de savoir si le monde de l'Illusonisme avait réellement dépouillé celui des tricheurs ? Et, à ce jour, je n'ai pas trouvé de techniques 'volées' aux tricheurs... La raison me semble simple : les tricheurs ne publient pas !

Tout au contraire, la plupart des personnes qui se sont présentées comme tricheurs et que j'ai rencontré m'ont montré des moves issus du monde de la magie... 

Modifié par Philip59
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    • Je vous fais un 3615 raconte ta vie sur ce tour (les quinquas comme moi comprendront l'allusion😉) Je l'ai immédiatement précommandé parce que je trouvais l'objet vraiment sympa et que je suis une fan de paddle. Quand je l'ai reçu, l'idée du scénario s'est imposée assez naturellement : j'allais raconter une histoire de feux tricolores (étonnant, non ?). Bon...ok...Jusque-là, rien de follement original (ne me jetez pas des pierres tout de suite), mais au moins cela avait le mérite de coller très naturellement à ce que voit le spectateur. Je vais vous mettre ma routine un peu plus bas, mais avant cela, j'avais envie de vous raconter la petite galère créative par laquelle je suis passée pour arriver à ce scénario.🤪 Première tentative : les frères ingénieurs Dès le départ, je suis partie sur l'idée d'un conflit autour de la place des couleurs. Ma première histoire racontait donc l'invention du feu tricolore. J'avais imaginé deux frères ingénieurs qui ne parvenaient pas à se mettre d'accord : l'un voulait placer le rouge au milieu, l'autre absolument en haut, etc. Vous voyez le principe : les deux frères se disputaient sur la place respective des couleurs jusqu'à ce que l'un finisse par l'emporter et que l'on obtienne le feu tricolore tel qu'on le connaît aujourd'hui. Bref, je n'étais que moyennement emballée par l'histoire, mais bon...testons en public.  Et là…Je me suis ramassée.😵‍💫 Pas sur le tour lui-même. Les spectateurs trouvaient l'objet sympa, les changements très visuels et le principe du tour leur plaisait. Mais l'histoire ? Pas du tout. Ils la trouvaient confuse (et ils avaient raison, elle était mal écrite) mais surtout terriblement plate et sans grand intérêt (euphémisme). Et avec le recul, je comprends parfaitement pourquoi. En gros, cela donnait : « Lui voulait mettre le rouge ici, mais son frère n'était pas d'accord… » Je secouais la raquette. Hop ! Le rouge changeait de place. « Vous voyez ? Finalement, c'est l'autre frère qui avait raison… » Bref, le degré zéro de la narration. Ce n'était finalement pas une histoire. Je me contentais de décrire ce que les spectateurs voyaient en ajoutant par-dessus l'artifice de deux ingénieurs qui se disputaient. Et surtout, moi-même, je n'étais pas à l'aise en la racontant. Donc : poubelle. Deuxième tentative : la guerre des couleurs J'ai quand même conservé mes deux idées de départ : le feu tricolore et le conflit autour des places. Mais cette fois, j'ai viré les deux frères ingénieurs. Ils n'apportaient rien. J'ai donc personnifié directement les couleurs. Le rouge voulait dominer les autres. On l'avait placé au milieu mais, évidemment, lui estimait que sa place était en haut parce qu'il était le plus fort. L'orange, qu'on avait placé en haut, préférait finalement être au milieu… Là encore, je racontais essentiellement ce qui se passait sous les yeux des spectateurs. Je l'ai quand même testée en public. Petit progrès : cette fois, les spectateurs comprenaient mieux l'histoire. C'était moins confus. Donc j'avais gagné quelque chose. Mais de là à dire que j'avais enthousiasmé les foules…😐 Personne n'est monté sur la table, au mieux des sourires polis avec quelques mots gentils. L'histoire restait très moyenne (là encore euphémisme mais je tiens à préserver mon égo et mon image de marque sur ce forum🙂 ). Donc : poubelle. Retour à la case écriture. Je voulais toujours conserver cette idée de feu tricolore. Je voulais toujours jouer avec cette histoire de places. J'ai essayé plusieurs scénarios, plusieurs angles…et rien, nada, des nèfles, le degré zéro de la créativité 😧. Donc pause dans l'écriture : quand ça veut pas, ça veut pas ! Et puis, cette semaine, j'ai fait quelque chose de tout bête. J'ai arrêté de chercher une histoire. J'ai pris une feuille de papier et j'ai simplement écrit le tour. Pas le scénario. Le tour. Geste par geste. Je prends le rouge. Je le place ici. Je montre la raquette. Je secoue. Le rouge se retrouve là. Je le retire. Je prends l'orange… J'ai écrit absolument tous les mouvements et tous les emplacements successifs des couleurs. Et là (roulement de tambours...), il s'est passé quelque chose d'assez paradoxal : le fait d'avoir écrit précisément ce que je faisais m'a permis d'arrêter de raconter ce que je faisais 😮 ! La lumière s'est faite, sans mauvais jeu de mots (Patricia humoriste, je fais les mariages, les baptèmes...embauchez-moi 🤩). Je suis repartie exactement de la même idée…mais à l'envers. Depuis le début, je cherchais à expliquer pourquoi les couleurs n'étaient pas à leur place. Et si, au contraire, le principe de départ était qu'elles tenaient absolument à y rester ? Et si les couleurs d'un feu tricolore étaient parfaitement disciplinées ? Rouge en haut. Orange au milieu. Vert en bas. Chacun à sa place. Pourquoi ? Parce que chacun a un métier très précis. Et là, j'ai enfin trouvé mes trois personnages (sonnez hautbois, résonnez musettes !) 😍. Le rouge passe ses journées à dire : « STOP ! STOP ! STOP ! » Forcément, à force, ça donne un certain caractère. Le vert, lui, c'est le gentil de l'équipe : « Allez-y… C'est bon… Vous pouvez passer… » Jamais un conflit. Et puis il y a l'orange. Le pauvre orange… Le vert dit : « Allez-y. » Le rouge dit : « Arrêtez-vous. » Et l'orange, lui, dit à peu près : « Euh… dépêchez-vous de vous arrêter. » Personne ne sait vraiment ce qu'il veut. Mais tous les trois ont une chose en commun : ils connaissent parfaitement leur place. Et c'est à partir de là que la magie peut commencer. Parce que cette fois, quand je place volontairement le rouge au milieu et qu'il saute en haut, je ne cherche plus une justification artificielle au déplacement : il retourne à sa place. Quand je mets l'orange en haut et qu'il revient au milieu : il retourne à sa place. Les effets magiques ne viennent plus illustrer l'histoire. Ils deviennent la conséquence de l'histoire : ô joie, ô allégresse ! Et surtout, cela me permet ensuite de faire évoluer ces trois personnages et de raconter ce qui se passe lorsqu'un jour, ces trois couleurs parfaitement disciplinées décident qu'elles en ont peut-être assez qu'on leur dise où est leur place… Voilà comment je suis arrivée à la routine que je vais vous présenter. Attention :  elle n'a pas encore été testée en public car je l'ai finalisée ce soir . Je ne l'ai même pas testé avec le matériel pour voir le tempo, la musicalité, la clarté, etc. Je la testerai problement la semaine prochaine puisque les Blouses Roses reprennent à l'hôpital. Il y aura certainement des choses à couper, des phrases qui fonctionneront moins bien à l'oral que sur le papier, des rythmes à modifier. Et peut-être que les spectateurs me diront tout simplement que c'est pourri ! 😟 Honnêment, je ne le souhaite pas car là, pour le coup, je l'aime bien mon histoire et j'ai envie de la raconter. Je suis beaucoup, beaucoup plus à l'aise avec elle. Les personnages me plaisent, et, pour la première fois, je n'ai plus l'impression d'avoir écrit un texte pour justifier les déplacements d'un tour de magie. J'ai l'impression d'avoir fait l'inverse : j'ai laissé les déplacements du tour me raconter l'histoire (j'espère que ce n'est pas un brin présompteux). Maintenant, reste à savoir si le public sera du même avis... Je vous mets donc la routine ci-dessous et j'attends évidemment vos retours (avec diplomatie hein !). Et dès que je l'aurai réellement testée en conditions, je viendrai vous raconter ce que cela a donné (enfin si cela vous intéresse). Troisième tentative : le feu discipliné (en espérant que ce soit la bonne !)   Il paraît, qu'en général, les feux tricolores sont parfaitement disciplinés. Rouge en haut. Orange au milieu. Vert en bas. Chacun à sa place. GESTE : Montrer la raquette des deux côtés. Et celui-ci était probablement le plus discipliné de tous. Il faut dire que dans un feu tricolore, chacun a un métier très précis. Le rouge, par exemple… Le rouge, c'est le chef. (pas convaincue par cette ligne - peut-être à retravailler) Toute la journée, il dit : « STOP ! » STOP. STOP. STOP. Vous imaginez le métier ? Passer ces journées à dire aux gens de ne pas bouger. Forcément, ça vous donne un certain caractère. GESTE : Retirer les trois pièces et les confier au spectateur. Montrer la raquette complètement vide. Et le rouge prend son travail très au sérieux. Sa place, c'est en haut. Alors si, volontairement, je le mets au milieu… GESTE : Prendre le rouge, le montrer des deux côtés et le placer au milieu. …il n'aime pas du tout ça. Il suffit de secouer un peu…(pas convaincue par cette ligne - peut-être à retravailler) GESTE :  Secouer. Le rouge saute en haut. …et immédiatement : « STOP ! Moi, c'est en haut. » GESTE : Montrer les deux côtés. On peut essayer de discuter… GESTE : Faire revenir le rouge sur sa pièce. …mais avec quelqu'un qui passe sa journée à dire STOP, la négociation est assez limitée. GESTE : Rendre la pièce rouge au spectateur. Après, il y a l'orange. Alors l'orange… Son métier est beaucoup plus compliqué. Parce que le vert dit : « Allez-y. » Le rouge dit : « Arrêtez-vous. » Et l'orange, lui, dit : « Euh… dépêchez-vous de vous arrêter. » Personne ne sait vraiment ce qu'il veut. GESTE : Prendre l'orange et le montrer des deux côtés. Mais lui, en revanche, sait parfaitement où est sa place. Au milieu. Alors si je le mets en haut… GESTE : Placer l'orange en haut. …ça le perturbe. GESTE : Secouer. L'orange saute au milieu. Et voilà. Il retourne au milieu. GESTE : Montrer les deux côtés. C'est peut-être le seul moment de la journée où l'orange sait exactement ce qu'il doit faire. GESTE : Faire revenir l'orange sur sa pièce. Vous voyez, ce feu était parfaitement discipliné. Chaque couleur connaissait son travail. Chaque couleur connaissait sa place. Et c'est là que j'ai fait une erreur. J'ai voulu voir jusqu'où allait leur sens de la discipline. GESTE : Prendre le rouge et l'orange. J'ai remis le rouge en haut… GESTE : Placer le rouge. …l'orange au milieu… GESTE : Placer l'orange. Cette fois, aucune erreur. Ils étaient exactement là où ils devaient être. Rouge en haut. Orange au milieu. GESTE : Montrer les deux côtés. Et je leur ai dit : « Voilà. Maintenant, vous ne bougez plus. » Pause. Je crois que le rouge a assez mal vécu qu'on lui dise « STOP ». GESTE : Secouer. Les deux couleurs disparaissent. Et là… plus de rouge. Plus d'orange. GESTE : Montrer lentement les deux pièces devenues vierges, des deux côtés. Ils avaient quitté leur poste. Enfin… c'est ce que j'ai cru. GESTE : Retirer les deux pièces vierges. Révéler le rouge et l'orange incrustés dans la raquette. Parce qu'ils étaient toujours là. Le rouge en haut. L'orange au milieu. Toujours à leur place. Sauf que cette fois… ils s'étaient incrustés. Littéralement. GESTE (pause) : Laisser voir l'image un instant. Et il restait le vert. GESTE : Prendre la pièce verte. Le vert, c'est le gentil de l'équipe. Toute la journée, il dit aux gens : « Allez-y. » « C'est bon. » « Vous pouvez passer. » Jamais un conflit. Jamais une hésitation. Il voit arriver une voiture : « Allez-y, je vous en prie. » Alors je me suis dit : « Lui, au moins, il ne va pas poser de problème. » GESTE : Insérer le vert en bas. Et tout est redevenu normal. Rouge en haut. Orange au milieu. Vert en bas. GESTE : Montrer lentement les deux côtés. Chacun à sa place. Le rouge pouvait dire STOP. Le vert pouvait dire ALLEZ-Y. Et l'orange pouvait continuer à ne pas savoir exactement ce qu'il voulait dire. Tout allait bien. Enfin… pendant quelques secondes. GESTE : Regarder le feu. Petite pause. Parce qu'après toutes ces années passées ensemble… ils avaient peut-être compris quelque chose. GESTE : Secouer. Rouge et orange sautent sur la pièce verte. Le rouge a quitté le haut. L'orange a quitté le milieu. Et tous les deux sont allés rejoindre le vert. GESTE : Montrer les trois couleurs réunies. Pour la première fois… plus de chef. Plus d'indécis. Plus de gentil. Juste trois couleurs… qui avaient décidé de rester ensemble. GESTE : Retirer lentement la pièce portant les trois couleurs. Montrer la raquette complètement vierge des deux côtés. Plus personne en haut. Plus personne au milieu. Plus personne en bas. GESTE : Regarder la pièce avec les trois couleurs, puis la raquette vide. Finalement… ce n'était pas un feu tricolore qui n'était plus discipliné. C'était simplement trois collègues… qui en avaient assez qu'on leur dise où était leur place.    
    • Revenons sur l’explication :  https://vm.tiktok.com/ZN8NE37wo/
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