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Pierre FLEURY LE GROS

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Tout ce qui a été publié par Pierre FLEURY LE GROS

  1. Contrairement à ce que pense Thierry, je ne suis pas sûr que les confusions opérées ici soient l’expression de la mauvaise foi. Elles sont au mieux la marque d’une profonde ignorance des principes du droit de la propriété intellectuelle, au pire, celle d’un rejet pur et simple de ces principes perçus par les moins créatifs comme une entrave illégitime à la possibilité de se produire en public. Aujourd’hui, dans un domaine voisin, le téléchargement de contrefaçons d’œuvres audiovisuelles et musicales est malheureusement entré dans les habitudes. Tout le monde sait plus ou moins que c’est illégal, mais comme « tout le monde le fait », cela devient une sorte de phénomène de société entré dans les mœurs ; essayez de le dénoncer, et vous passerez pour un rétrograde réactionnaire que des associations démagogues stigmatiseront en arguant du sacro-saint libre accès à la culture – à croire sans doute que l’accès à la culture passe par le pillage organisé du téléchargement illégal. Ces déviances devaient tôt ou tard nécessairement rejaillir dans notre domaine, bien qu’on puisse se demander si, en matière de magie, nous n’avons pas été plutôt les précurseurs de ce phénomène : le domaine de la magie est une zone consternante, non pas de non-droit, car les principes régissant la matière existent, mais de violation permanente de ces droits, tant par ceux qui pratiquent la magie que par certains vendeurs de matériel : - Dès qu’un aspect d’un numéro est original, il est immédiatement repris par des magiciens en mal d’inspiration avant que ceux-ci ne soit eux-mêmes copiés par d’autres, ces pratiques perdurant maintenant depuis plusieurs décennies. - De leur côté, certains magasins vendent en toute impunité des contrefaçons dans l’indifférence la plus absolue (et vendent leur matériel dans des congrès où on leur laisse la possibilité d’avoir un stand, dans la même indifférence). Ce post est la preuve, s’il en fallait une, que lorsqu’on essaye de dénoncer cet état de fait, on voit se déployer des argumentations plus consternantes les unes que les autres. Ces vaines tentatives de légitimation constituent une véritable hérésie pour qui veut bien se donner la peine de s’intéresser à ces questions complexes. La difficulté à déterminer à qui revient la paternité d’une œuvre ou les droits d’un savoir-faire technique particulier derrière laquelle vous pensez peut-être pouvoir vous réfugier n’a jamais conduit notre système juridique à renier l’existence de ces droits. Heureusement d’ailleurs que les magistrats ne raisonnent pas ainsi. Heureusement d’ailleurs qu’ils raisonnent, tout simplement. Sous le prétexte d’une libre expression de la créativité, d’une pseudo difficulté à déterminer qui est à l’origine de quoi, tout devrait donc être permis ? Mais dans quel monde pensez-vous vivre ? Le plus grave, c’est qu’une grande partie des magiciens est profondément convaincue d’être dans son bon droit, en reprenant les éléments d’un autre numéro pour construire le sien, notamment en raison d’une confusion fâcheuse entre les simples idées non mises en forme qui ne sont pas protégeables, et les éléments mis en forme d’un numéro qui, au contraire, le sont sans aucun doute. Je suis navré de devoir le dire, mais la force des habitudes, aussi mauvaise soit-elles, ne change ni les lois, ni la jurisprudences des tribunaux qui contribuent à créer le droit. Alors ce droit est-il mauvais ? A en entendre certains - les plus brillants d’entre nous, sans aucun doute -, il serait un obstacle à la possibilité de monter un numéro et de se produire sur scène. Si l’argument n’était pas un cri déchirant que ne peuvent pousser que ceux pour qui la créativité et l’originalité représentent la quête de l’impossible, on pourrait presque en rire. Il est évident que si ne devaient se produire sur scène que ceux qui ne pillent pas le travail des autres, il y aurait beaucoup moins de marchands de soupes dans les salles de fêtes au mois de décembre ; on y trouverait peut-être alors que des artistes, dignes de ce nom, et j’ose espérer que la profession en sortirait grandie. Pour l’avoir dit dans le récent post consacré aux contrefaçons de machines de magie, il existe énormément d’effets et d’accessoires que chacun peut utiliser pour créer un numéro original sans avoir à copier le travail des autres. L’inspiration et les variations sur une idée de base sont une chose, le plagiat manifeste en est une autre. On peut donc exercer sa passion, même en public, sans violer les droits de propriété intellectuelle, à condition de bien vouloir s’en donner la peine, de modifier, d’adapter, et surtout de réfléchir. L'exercice des métiers du spectacle ne confère pas seulement des droits ; il vous impose aussi des obligations. Tout comme le droit de la propriété intellectuelle, ces métiers ne sont là pour satisfaire, sans aucune limite, vos petites ambitions personnelles ; ils ne sont pas là pour donner carte blanche à ceux qui pensent qu’on peut monter un numéro en se servant librement, tel un consommateur ratissant, l’œil hagard, les rayonnages d’un supermarché pour remplir son caddie. Il est évident que dans notre société du « tout, tout de suite, et sans effort », les valeurs que certains essayent de défendre auront bien du mal à perdurer. Excusez ma naïveté, mais je fais partie de ceux qui pense encore que le travail, la recherche et le développement de sa propre sensibilité sont la clef pour monter un numéro. J’entends déjà les critiques fuser : mais alors comment faire si l’on a pas d’idée novatrice ? Et bien lorsqu’on débute, notamment, et que l’on a pas encore le bagage suffisant ou la maturité pour créer ses propres effets, le bon sens implique qu’on commence par un numéro, peut-être un peu plus classique, mais qui présentera au moins l’avantage de ne pas résulter du pillage des recherches effectuées par d’autres magiciens. Un numéro classique ravira tout autant les spectateurs, s’il est bien présenté et suffisamment réfléchi. Le temps, le métier, mais aussi ensuite des rencontres et échanges permettront alors de créer ses propres effets, de façonner son propre style, et donc d’évoluer. Certains artistes ont réussi à le faire, mais cela a évidemment demandé « un peu » de travail et de temps… Pour tous les autres, pour ceux qui ne veulent pas faire cette démarche et qui pensent à tort que tout appartient plus ou moins à tout le monde, libre à vous de faire autre chose que de la magie. Les rayons de loisirs créatifs regorgent d’idées pour occuper vos weed-end, sans pour autant pourrir une activité dont l’avenir me semble, à l’instar de Didier, bien incertain avec ce genre de mentalité. Il est peut-être grand temps de comprendre « qu’avoir envie » ne donne pas tout les droits. C’est la même chose pour les machines de magie : avoir envie de présenter une origamie ne donne pas le droit d’acheter une copie à 3000 euros parce qu’on a pas les moyens d’acheter un modèle original à 10 000 euros (et au passage, avoir envie de gagner de l’argent ne donne pas davantage de droit de vendre ces copies). Le syndrome du « Je le veux, je le veux, je le veux » qu’on peut excuser chez les enfants en bas âge passe un peu moins bien chez les sujets plus âgés. C’est à croire que les magiciens qui ne supportent pas ce type de comportement chez les enfants n’ont pas un minimum de bon sens pour constater qu’ils reproduisent exactement la même chose, à leur façon. Pour finir, à M.M. Bellevie, Mercier et Tabary entre autres, vous avez tous raison, peu importe que le numéro constitue un plagiat, le principal, c’est que le public aime. C’est bien connu : la caution du public a toujours été un argument de poids car, comme chacun le sait, son avis en ce domaine est un critère de référence particulièrement fiable pour faire le départ entre le bien et le mal. Donnons leur du pain et des jeux et, peu importe le flacon, pourvu qu’ils aient l’ivresse. Tant qu’on y est, profitons en pour brûler le Code de la propriété intellectuelle, et édictons plutôt un Code de l’audimat qui, à n’en pas douter, assurera la mise en place de critères objectifs et de qualités. Quelle tristesse ! Pierre Fleury-Le Gros Maître de conférences à la Faculté de droit du Havre
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