J'ai en tête une phrase de Duraty, qui disait : Si le public pouvait s'exprimer d'une seule et même voix, il dirait : "Allez-y Monsieur l'Artiste...Choquez-moi, surprenez-moi"
En tant que spectateur, j'aime les artistes où les auteurs qui osent, qui franchissent les frontières du "Politiquement correct" et provoquent des "Ohhhh !" d'indignation dans l'auditoire. Cela ne veux pas dire que les spectateurs choqués par de tels propos vont détester l'artiste en question... Ce sont plus souvent des réactions spontanées et "mécaniques" dictées par notre subconscient qui nous rappelle que ce n'est "pas bien de dire cela..."
Et justement, le rôle d'un artiste comme celui d'un philosophe n'est-il pas précisément de tenter de s'affranchir le plus possible de ces lois et de ces réactions dictées par notre espèce ? (Cela exige, il est vrai, pas mal de travail)
Dans son livre "Traité de savoir survivre par temps obscurs" Philippe Val soulève un certain nombre de questions intéressantes à ce sujet. Il explique en substance et exemples à l'appui (Spinoza, Montaigne, La Boétie) combien il peut-être avantageux de tenter de s'éloigner du programme qui est en chacun de nous et qui nous commande d' être choqué par ceci ou encore dégouté par cela, afin de faire progresser une pensée plus libre et nous permettre d'exister en tant qu'individu . En contraste, il imagine une société proche de l'enfer dans laquelle nous laisserions le programme imposé par notre espèce prendre le dessus.
Quand Desproges jouait son sketch sur les Juifs et les nazis (Complètement injouable de nos jours), j'étais plié en quatre. Quand Fabrice Eboué dit sur scène qu'il serait prêt à donner son fils en pâture à Michaël Jackson si ce dernier promet en échange de faire un album équivalent à " Billie Jean", ça m'éclate ! Cela veut-il dire que je défend les pédophiles ou que j'adhère aux idées d'Hitler ? Nullement !
Les défenseurs de la sacro-sainte Morale me rétorqueront certainement : "Oui mais si ça t'arrivait à toi, cela ne te ferait pas rire".. Évidemment que ça ne me ferait pas rire ! Mais pour l'instant...ce n'est à moi que ça arrive donc je me marre...Et j'en profite même pour tenter d'amuser mes semblables ! (Et paradoxalement, cela n'empêche nullement la compassion !!!)
Le jour où un malheur m'arrivera, je ne rirais plus, certes, mais en revanche je ne serait nullement offusqué que d'autres s'en amusent.
En résumé, je pense que les limites à ne pas franchir ne doivent être fixées que par nous même, par notre sensibilité et surtout pas par les règles qu'on tente continuellement de nous imposer. Dans le domaine artistique, si c'est fait avec talent, beaucoup de choses sont acceptables et j'irais même plus loin : Devraient être acceptés.
Ernest