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Justification ou Dramaturgie ?


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Je crois que c'est ce type d'échanges  qui font progresser ma pratique de la magie. Au delà de la technique magique (l'apprentissage ou la recherche de tours), la magie est liée à la conscience que l'on peut avoir des croyances, des peurs et des besoins du spectateur. 

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C'est parce que ça ne sert à rien qu'il faut le faire sérieusement 

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J'y vois surtout deux concepts, certe étroitement liés mais tout de même différentiables de la performance. 

La dramaturgie se rapproche de la construction scénaristique, là où la justification concerne plus le jeu d'acteur et les subtilités. 
Une pièce de théatre peut-être juste sur la plan dramatique, très bien écrite, mais si l'acteur sort du personnage pendant la performance, le spectateur sort de la pièce (figurativement... et quelque fois littéralement). 

La dramaturgie s'intéressera au rythme, aux rebondissements, à la cohérence narrative, au découpage, aux setup et aux payoff...
La justification s'intéressera au pourquoi d'un mouvement, au naturel, aux instructions au spectateur, de ce qu'on lui dit ou de ce qu'on lui suggère (et cette fameuse tendance à trop se justifier). 


Mais comme toujours avec la dramaturgie appliquée à la magie, il est primodial de ne pas amalgamer l'histoire raconté par le magicien et l'histoire que se racontera le spectateur, pour éviter les contresens... et la magie montrée. 
Il ne suffit pas de s'exprimer en images pour rendre un tour plus intéressant, ou moins vain... 

Il faut à un moment ou un autre, considérer le spectateur comme le protagoniste. 

Modifié par Gael BOUJON
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Il y a 17 heures, Gael BOUJON a dit :

Mais comme toujours avec la dramaturgie appliquée à la magie, il est primodial de ne pas amalgamer l'histoire raconté par le magicien et l'histoire que se racontera le spectateur, pour éviter les contresens... et la magie montrée. 

Très intéressant, mais j'avoue avoir du mal à suivre :

Tu pourrais développer ? 

Gilbus

Quand le magicien montre la lune avec son doigt, le public regarde le doigt...

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Oui bien sûr. 

Je pense que la magie n'est pas tant quelque chose dont on est témoin, mais quelque chose qui nous arrive directement. C'est la différence avec un puzzle, ou une énigme, ou une blague, qui peuvent tous être très bons mais qui ne crée pas de souvenir durable. C'est pour ça que tout le monde dit "j'adore les blagues mais je les retiens jamais", alors que leur réaction réflexe lorsqu'ils l'ont entendue, était de rire de bon coeur (donc une réponse considérée comme idéale).

La vidéo de Pete Holmes, que j'ai posté avant dans ce sujet est très drôle, mais elle explique surtout qu'il y a une confusion autour de la réponse qu'est censée provoquer la magie. Et les réponses les plus flatteuses pour le magicien sont souvent les plus mauvaises pour l'expérience de la magie. 
Et il faut aussi faire attention au mécanismes de défense (ce que le "charme" du magicien contourne) qui font que le spectateur a vite fait de reclasser un moment magique en enigme/puzzle/blague s'il n'est pas en confiance.


Lorsque l'on expérience quelque chose d'impossible, on est marqué (c'est la nature humaine, le cerveau a besoin de comprendre pour être armé la prochaine fois que la situation se présente, pour éviter de potentiellement mourrir).

Sur le moment, on convoque tout ce qu'on a pour vérifier que ce qui s'est passé échappe à notre entendement.
Si le magicien a bien fait son taf, on est en confiance, on peut donc accepter l'insécurité provoquée par le fait de ne potentiellement pas savoir. 
Si le magicien a bien fait son taf, encore, toutes les pistes et questions possibles ont été évincées une à une, implicitement ou explicitement, pendant la performance. On est bouche bée.
(ou si il reste des pistes ouvertes. --> "c'est quoi le truc")

Plus tard, on y repense. Et donc. On se repasse le film de ce qui s'est passé. On se raconte l'histoire, de notre point de vue. L'histoire va maintenant changer. Le spectateur devient auteur en choisissant ses mots, en oubliant ou en modifiant ce qui était confus, tout en reliant les points clés, pour se convaincre que ce qu'il a vu était bien impossible. 

Enfin, on fait ce que tout humain fait avec d'autres humains, on partage nos expériences, on se raconte nos histoires. Ainsi le spectateur reconstruit l'effet, à l'oral, pour convaincre sont auditoire et se convaincre encore une fois que ce qu'il a vu était bien impossible. 


C'est cette histoire qui selon moi doit être notre point de focus lorsque l'on écrit et pense notre acte, car elle se racontera sans nous, si nous n'y faisons pas attention.


Attention tout de même à un autre amalgame. Le spectateur n'a pas besoin d'être acteur pendant le tour (manipuler les objets, être le centre d'attention) pour vivre la magie. Ce n'est pas parce qu'il est actif qu'il est forcément acteur. 

Enfin, ce point de vue (qui n'est que le mien), est en contradiction directe avec la suspension volontaire d'incrédulité. Celle que l'on a devant un film, ou un spectacle d'enfant. Je ne crois pas au fait de contourner l'intellect.
Il faut que le spectateur donne tout ce qu'il a pour vraiment vivre quelque chose d'impossible (tant mieux, ça rend notre boulot tellement plus facile).

Modifié par Gael BOUJON
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Il me semble que si la magie fonctionne c'est qu'elle fait appelle à un émotion réflexe, une surprise qui "cueille" le spectateur, un moment inscrit dans le réel qui en interrogé néanmoins les règles ( règles physique du temps, de l'espace, etc), règles de limites humaine ( attention, mémoire, visuels, auditive, etc)... Vos expériences et retours la dessus ? 

C'est parce que ça ne sert à rien qu'il faut le faire sérieusement 

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À, je vois mieux ce que tu voulais dire ! 

Il y a effectivement un double travail :

-donner l'émotion magique sur le moment. 

-créer un souvenir intéressant pour le spectateur, incluant cette émotion et notre prestation. 

J'avoue avoir plus de mal pour mettre en œuvre ce second point et en tester l'efficacité. 

Certes, des gens se souviennent moi moi et le disent, me parlent de certains "tours", mais j'ai du mal à leur faire parler d'un effet particulier, comme quoi je ne dois pas encore être top. 

J'essaie pourtant de mettre en œuvre quelques techniques pour rendre les effets "mémorables"... 

Les répétitions, qui servent à ancrer un type de mouvement comme naturel, servent aussi la mémorisation. 

Cela peut être la répétition d'une information ou d'une action (le fameux "mélangez mélangez" de Tamariz). 

Cela peut être aussi une répétition d'information par des formes et des moyens différents : on ne dit ou fait pas exactement la même chose, mais le message est similaire. 

On a bien sûr la répétition dans la construction d'une conviction par le spectateur lui même : on sait que quand le spectateur se crée "librement" une conviction, elle est plus stable que si on lui fournis une information. 

On peut donc essayer de générer plusieurs convictions qui se confortent l'une l'autre, cela doit renforcer à la fois l'effet et son souvenir  (difficile d'avoir une certitude sans autopsie et examen du cerveau des victimes, mais bon...)

Il y a aussi, de façon beaucoup plus simple, la répétition de l'effet lui même, genre ambitieuse à la chaîne. 

Dans ce genre, mon "jeu des jumelles", ou on retrouve x fois la jumelle d'une carte choisie, ne fonctionne pas trop mal: des spectateurs s'en souviennent, en parle... 

Bien entendu, il faut soigner la structure du numéro pour que la répétition de l'effet n'implique pas une baisse de l'intensité magique, au final. 

Mais le gain en mémorisation est significatif, pour autant que je puisse en juger... 

J'utilise aussi les phases de récapitulation pour certains effets demandant des procédures préparatoires un peu longues. J'imagine que ces phases font partie des choses aidant la mémorisation, mais je n'ai pas de preuves 😉

Etc...

Dans " l'arc en ciel magique" , Tamariz fait une analyse magistrale des façons de contrôler la mémorisation des spectateurs, en gommant certains souvenirs, et en renforçant d'autres parties... Très intéressant... 

Il y parle entre autres choses du "mime récapitulatif" message effet, ou il rejoue les gestes synthétisant ce qui s'est passé dans le tour, après l'effet... 

A essayer... 

Concrètement, vous faites comment, vous ? 

Gilbus. 

Quand le magicien montre la lune avec son doigt, le public regarde le doigt...

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il y a 43 minutes, Michael VESSEREAU a dit :

Il me semble que si la magie fonctionne c'est qu'elle fait appelle à un émotion réflexe, une surprise qui "cueille" le spectateur, un moment inscrit dans le réel qui en interrogé néanmoins les règles ( règles physique du temps, de l'espace, etc), règles de limites humaine ( attention, mémoire, visuels, auditive, etc)... Vos expériences et retours la dessus ? 


Je pense justement que l'émotion réflexe n'est pas en rapport avec la magie, mais plus avec la surprise, ou avec la satisfaction de la conclusion qui entraine une relaxation. 
La magie vient après, quand le spectateur reprend ses esprits et commence à intellectualiser.
"Attends mais il se serait passé quoi si j'avais dit ça. Imagine si j'avais changé d'avis..."

Il n'est pas rare d'avoir une réaction spontannée (exclamations, rires, applaudissement) déclenché par la mise en scène (énergie du performer, révélation dramatique, tempo), immédiatement suivie par quelque chose de plus intérieur, un début de vertige.

Je pense que c'est plutôt par là que ça se passe.

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Il y a 2 heures, Gael BOUJON a dit :

Enfin, ce point de vue (qui n'est que le mien), est en contradiction directe avec la suspension volontaire d'incrédulité. Celle que l'on a devant un film, ou un spectacle d'enfant. Je ne crois pas au fait de contourner l'intellect.
Il faut que le spectateur donne tout ce qu'il a pour vraiment vivre quelque chose d'impossible (tant mieux, ça rend notre boulot tellement plus facile).

Tout à fait d'accord :

Contourner l'intellect va faire disparaître (ou affaiblir largement) l'émotion magique... 

Cela peut faire naître d'autres émotions (le théâtre et le cinéma génèrent des émotions intéressantes) , mais pas l'émotion magique. 

Après, il faut réfléchir à l'acceptabilité d'un effet (extraordinaire mais pas impossible) , qui peut ensuite introduire un effet qui lui est impossible... 

Ou comment faire baisser la garde de l'intellect pour l'emmener vers l'impossible ou il perd pied... 

Il y a plein de façons de concevoir le fonctionnement de la magie, c'est aussi ça la richesse de cette discipline 😁

Gilbus

Quand le magicien montre la lune avec son doigt, le public regarde le doigt...

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Chers tous

suis un peu bousculé avec tous vos "verbiages".... on parle beaucoup, et on doit perdre pas mal de gens en route... 

perso, suis avant tout magicien, et fier, et heureux de l'être... j'ai souvent été contacté pour réaliser des effets pour des pièces de théatre, avec de très grands comédiens , comédiennes... parfois, ils pouvaient être géniaux, et comprendre l'effet magique à l'instant... et parfois, tout le contraire... au moment ou ils devaient activer la chose simple qui faisait le tour... ils cabraient comme un âne qui ne veux pas avancer... 

donc... illusion foutue... 

Maintenant, le vrai moment magique existe, avec les grands magiciens... sans avoir nul besoin de conception théâtrale...

et pas besoin non plus de texte écrit, ou de sous texte... 

Le vrai magicien entre... et déjà capte l'attention.. par "ce je ne sais quoi..." et on l'écoute, on le voit... on est là... 

Il fait ses miracles, avec sa personnalité, on est juste là, dans ce moment suspendu... et on n'a surtout pas le temps de commencer à penser comment... on est juste au bord de ce qu'il nous envoie... 

pas besoin d 'histoire, ou d'autres mécaniques... un Mec est là, inconnu qui nous envoie sa vision de la magie... 

J'ai les noms... vous les avez aussi... 

sinon, ce sera le prochain sujet... l'INA regorge de plein de ces génies... plongez dedans...

Pour le reste, et je travaille comme coach sur plusieurs pièces, saupoudrer de magie, d'effets certains passages est un bonheur subtil... mais une toute autre histoire... 

La magie peut être un plus... comme une épice en cuisine... pas facilement reconnaissable, mais qui donne le gout au gout...

 

 

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