Bonne fête à tous les magiciens, en ce jour où nous fêtons St Jean Bosco, qui est le St Patron des magiciens. Je sais que dans notre monde athée et coupé de ses racines, à l'heure du hors-sol, il est déplacé de parler religion mais il est toujours bon de rappeler les fondamentaux. En effet, comme de nombreuses corporations, les magiciens ont eux aussi leur saint patron. Le monde a besoin de structures, de références, de colonnes sur lesquelles édifier peu à peu un monde plus humain. Parmi elles, il y a souvent une référence à un saint patron, qui bien au-delà d'une figure catholique, est aussi porteuse de sens.
Les corporations se réfèrent ainsi à des personnes qui se sont données d'une manière ou d'une autre : les gendarmes ont Ste Geneviève, les pompiers ont Sainte Barbe, les avocats ont St Yves, les policiers ont Saint Martin, les paras ont St Michel, les cuisiniers ont St Laurent (de Rome), les gens de la télé (et radio) ont l'archange Gabriel...
St Jean Bosco fait partie de ces références et, que l'on soit croyant ou non, les valeurs portées et le travail pour les autres peuvent interpeller. Même nous les magiciens. Je vous laisse découvrir la figure de Jean Bosco via ce lien.
C'est Tréborix qui, dans les années 1930-35, a été à l'origine de cette initiative. Connaissant bien la vie de Don Bosco (il a été chez les salésiens), il eut l'idée de proposer à l'association syndicale des artistes prestidigitateurs, alors présidée par le docteur Dhotel, saint Jean Bosco comme patron des illusionnistes. Cette proposition fut adoptée à l'unanimité. Il faut dire qu'il se basait sur des sources réelles rappelant que le prêtre italien faisait de la magie. Comme vous l'avez vu récemment sur VM avec le Père Alex, il existe des prêtres (ou hommes d'église) qui sont magiciens : Vincent de Paul, Zeferino Namuncura, Dominique Savio et bien d'autres. Otto Wessely avait parlé un jour sur VM de Don Silvio Mantelli.
Par la suite fut institué l'ordre de Don Bosco (French ring) par le Cercle Français de l'Illusion Jules Dhotel, qui avait pour mission de récompenser ceux qui avaient oeuvré et rendu de multiples services à la corporation. Je ne sais si cet ordre existe toujours.
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Voici quelques extraits des "Souvenirs Autobiographiques de Don Bosco"
- J'avais repéré aux Becchi une prairie plantée alors de différents arbres dont un poirier sauvage, encore debout, qui me rendit grand service à cette époque. A cet arbre j'attachais une corde et la nouais à un autre, à quelque distance. Je plaçais à proximité une table et une sorte de sacoche. J'étendais un tapis sur le sol pour y faire mes culbutes. Une fois que tout était prêt et que les spectateurs demeuraient bouche bée dans l'attente de quelque nouveauté, je les invitais à réciter le chapelet suivi d'un cantique. Puis je grimpais sur une chaise et débitais un sermon, c'est-à-dire que je répétais ce que j'avais retenu de l'explication de l'évangile entendue le matin à l'église. Parfois je citais quelque épisode ou quelque exemple que j'avais entendu ou lu dans un livre. Le sermon se terminait par une courte prière et aussitôt commençait la partie récréative. Vous auriez vu alors comme je viens de vous le dire, le prédicateur se changer en acrobate de profession. Tours de prestidigitation, sauts périlleux, marche sur les mains, pieds en l'air; puis, muni de ma sacoche, c'était des pièces de monnaie avalées puis retirées du nez de tel ou de tel spectateur, la multiplication des balles, des oeufs, le changement de l'eau en vin, les volailles dépecées et rendues à la vie au point de chanter mieux qu'auparavant; tout cela composait les divertissements habituels. Puis je marchais sur la corde comme sur un sentier, je sautais, dansais, me suspendais tantôt d'un pied tantôt de l'autre ; parfois c'étaient mes deux mains qui me soutenaient, parfois une seule. Après quelques heures de ces exercices, quand je n'en pouvais plus, on levait la séance, on récitait une courte prière et chacun s'en retournait à ses affaires. De ces réunions étaient exclus ceux qui avaient blasphémé ou tenu de mauvais propos ou refusé d'assister aux cérémonies religieuses.
- Entre mes études et divers passe-temps: chant, musique, déclamation, petit théâtre , (activités) auxquelles je m'adonnais de tout coeur, j'avais encore appris bien d'autres jeux : cartes, tarots, billes, échasses, saut, course. C'étaient des divertissements de très bon goût. Sans y être passé maître, je n'étais cependant pas un piètre joueur. J'en avais appris beaucoup à Murialdo, d'autres à Chieri. Si, dans les prés de Murialdo, je n'étais encore qu'un apprenti, en cette année j'étais devenu un maître compétent. Tout cela causait un véritable émerveillement. Il faut dire qu'à cette époque, ces genres d'amusements peu connus, semblaient choses d'un autre monde. Mais que dire de mes tours de passe-passe ? Je donnais souvent des spectacles privés et publics. Ma mémoire étant très fidèle, je connaissais par coeur une grande partie des classiques, surtout les poètes: Dante, Pétrarque, Le Tasse, Parmi, Monti et beaucoup d'autres. Ils m'étaient si familiers que je pouvais me servir (de leurs oeuvres) comme de mon propre bien. Aussi pouvais-je improviser aisément sur n'importe quel sujet. Lors de ces réunions ou de ces séances, je me mettais à chanter, à jouer de quelque instrument, je composais des vers qui passaient pour des chefs-d'oeuvre, mais qui, en réalité, ne consistaient qu'en bribes d'auteurs que je transformais selon les thèmes proposés. C'est d'ailleurs pour cette raison que je me refusai toujours à communiquer mes compositions à d'autres. Certaines même, que j'avais transcrites, je pris soin de les mettre au feu.
L'émerveillement devant mes tours de prestidigitation allait grandissant. Faire sortir d'une boîte une quantité de balles plus grosses qu'elle, tirer d'un petit sac toute une cargaison d'oeufs, voilà qui plongeait dans l'ébahissement. Quand on me voyait recueillir sur le nez des spectateurs une quantité de boules, deviner dans leurs bourses les sommes qu'elles renfermaient, quand, d'une simple pression des doigts, je réduisais en poudre les pièces de monnaie, de quelque métal qu'elles fussent, ou bien que je faisais apparaître toute l'assistance sous un aspect horrible, même sans tête, tel ou tel commençait à se demander si je n'étais pas un sorcier ou si je pouvais vraiment accomplir de telles choses sans l'aide du diable. Mon logeur, Thomas Cumino , en était convaincu. Chrétien fervent, il ne détestait pas les farces et je savais profiter de son caractère ou, pour mieux dire, de sa naïveté, pour lui en faire voir de toutes les couleurs. Un jour, il avait mis tous ses soins à préparer un poulet à la gelée afin de régaler ses pensionnaires à l'occasion de sa fête. Il apporta la casserole sur la table et, enlevant le couvercle, il vit s'en échapper un coq qui, ailes battantes, poussait d'énergiques cocoricos ! Un autre jour il apprêta un plat de macaronis. Quand il les eut longtemps fait cuire, au moment de les verser dans le plat, il ne trouva plus qu'un peu de son desséché. Maintes fois il remplit sa bouteille de vin, mais, au moment de servir, il n'en voyait couler que de l'eau claire ; ou bien, voulant boire de l'eau, il trouvait le verre plein de vin. Au lieu de confitures, il ne trouvait que des tranches de pain. L'argent de sa bourse se transformait en morceaux de fer blanc tout rouillés et sans aucune valeur. Son couvre-chef se voyait changé en bonnet de femme. Des noix, des noisettes se métamorphosaient en sachets de petits cailloux. Et ces phénomènes se renouvelaient très souvent !
- Un prêtre qui lui parle : "On me dit que tu sais pénétrer la pensée des gens, deviner combien d'argent renferme leur bourse, faire voir blanc ce qui est noir, connaître les choses de loin et mille autres affaires semblables. Cela fait beaucoup jaser. Bien des gens te soupçonnent de faire de la magie et voient en tout cela l'esprit de Satan. Dis-moi donc, qui fut ton maître en cette science ? Où l'as-tu apprise ? Dis-moi tout confidentiellement. Je puis t'assurer que je ne m'en servirai que pour ton bien."
Sans me décontenancer, je lui demandai cinq minutes pour répondre. Puis je le priai de me dire l'heure exacte. Il porta la main à son gousset ; mais point de montre. « A défaut de montre, dis-je, donnez-moi au moins une pièce de cinq sous. » Il farfouille alors dans toutes ses poches mais ne trouve plus son porte-monnaie.
« Coquin! me lança-t-il, plein de colère. Ou tu es au service du démon, ou le démon se sert de toi. Tu m'as déjà volé ma bourse et ma montre. Maintenant je ne puis plus me taire, je suis dans l'obligation de te dénoncer. Je ne sais ce qui me retient de te donner une volée de coups de trique. »
Comme je ne bronchais pas, que je demeurais calme et le sourire aux lèvres, il sembla s'apaiser et reprit : « Prenons les choses tranquillement. Comment se peut-il que ma bourse et ma montre aient disparu de mes poches sans même que je m'en sois aperçu ? Où se sont envolés ces objets ?
- Monsieur l'archiprêtre, répondis-je respectueusement, je vais tout vous expliquer en peu de mots. C'est tout affaire de dextérité, d'intelligence exercée ou alors quelque chose de préparé.
- Je me demande quelle intelligence il peut y avoir dans le cas de ma montre et de mon porte-monnaie!
- Je m'explique brièvement. A mon entrée chez vous, vous donniez une aumône à un mendiant. Vous avez alors déposé votre bourse sur un prie-Dieu. Passant ensuite dans votre bureau, vous avez laissé votre montre sur cette petite table. Je cachai l'un et l'autre, alors que vous étiez convaincu d'avoir ces deux objets sur vous. En réalité, ils se trouvent sous cet abat-jour. » Je soulevai alors l'abat-jour et apparurent les deux objets que l'on pensait avoir été portés ailleurs par le démon.
Le bon chanoine partit d'un long éclat de rire; après quoi il me demanda d'autres échantillons de mon adresse. Ayant ainsi appris comment je faisais apparaître ou disparaître les objets, il s'en amusa beaucoup, me fit un petit cadeau et, sur le seuil de la porte, il conclut: "Va dire à tous tes amis que ignorantia est magistra admirationis" (L'ignorance est pourvoyeuse d'étonnement.)
En 2003 sur VM, dans un sujet similaire, Arthuro Brachetti laissait ce commentaire que je reprends ci-dessous :