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Contrairement à ce que pense Thierry, je ne suis pas sûr que les confusions opérées ici soient l’expression de la mauvaise foi. Elles sont au mieux la marque d’une profonde ignorance des principes du droit de la propriété intellectuelle, au pire, celle d’un rejet pur et simple de ces principes perçus par les moins créatifs comme une entrave illégitime à la possibilité de se produire en public.

Aujourd’hui, dans un domaine voisin, le téléchargement de contrefaçons d’œuvres audiovisuelles et musicales est malheureusement entré dans les habitudes. Tout le monde sait plus ou moins que c’est illégal, mais comme « tout le monde le fait », cela devient une sorte de phénomène de société entré dans les mœurs ; essayez de le dénoncer, et vous passerez pour un rétrograde réactionnaire que des associations démagogues stigmatiseront en arguant du sacro-saint libre accès à la culture – à croire sans doute que l’accès à la culture passe par le pillage organisé du téléchargement illégal.

Ces déviances devaient tôt ou tard nécessairement rejaillir dans notre domaine, bien qu’on puisse se demander si, en matière de magie, nous n’avons pas été plutôt les précurseurs de ce phénomène : le domaine de la magie est une zone consternante, non pas de non-droit, car les principes régissant la matière existent, mais de violation permanente de ces droits, tant par ceux qui pratiquent la magie que par certains vendeurs de matériel :

- Dès qu’un aspect d’un numéro est original, il est immédiatement repris par des magiciens en mal d’inspiration avant que ceux-ci ne soit eux-mêmes copiés par d’autres, ces pratiques perdurant maintenant depuis plusieurs décennies.

- De leur côté, certains magasins vendent en toute impunité des contrefaçons dans l’indifférence la plus absolue (et vendent leur matériel dans des congrès où on leur laisse la possibilité d’avoir un stand, dans la même indifférence).

Ce post est la preuve, s’il en fallait une, que lorsqu’on essaye de dénoncer cet état de fait, on voit se déployer des argumentations plus consternantes les unes que les autres. Ces vaines tentatives de légitimation constituent une véritable hérésie pour qui veut bien se donner la peine de s’intéresser à ces questions complexes. La difficulté à déterminer à qui revient la paternité d’une œuvre ou les droits d’un savoir-faire technique particulier derrière laquelle vous pensez peut-être pouvoir vous réfugier n’a jamais conduit notre système juridique à renier l’existence de ces droits. Heureusement d’ailleurs que les magistrats ne raisonnent pas ainsi. Heureusement d’ailleurs qu’ils raisonnent, tout simplement.

Sous le prétexte d’une libre expression de la créativité, d’une pseudo difficulté à déterminer qui est à l’origine de quoi, tout devrait donc être permis ? Mais dans quel monde pensez-vous vivre ? Le plus grave, c’est qu’une grande partie des magiciens est profondément convaincue d’être dans son bon droit, en reprenant les éléments d’un autre numéro pour construire le sien, notamment en raison d’une confusion fâcheuse entre les simples idées non mises en forme qui ne sont pas protégeables, et les éléments mis en forme d’un numéro qui, au contraire, le sont sans aucun doute. Je suis navré de devoir le dire, mais la force des habitudes, aussi mauvaise soit-elles, ne change ni les lois, ni la jurisprudences des tribunaux qui contribuent à créer le droit.

Alors ce droit est-il mauvais ? A en entendre certains - les plus brillants d’entre nous, sans aucun doute -, il serait un obstacle à la possibilité de monter un numéro et de se produire sur scène. Si l’argument n’était pas un cri déchirant que ne peuvent pousser que ceux pour qui la créativité et l’originalité représentent la quête de l’impossible, on pourrait presque en rire. Il est évident que si ne devaient se produire sur scène que ceux qui ne pillent pas le travail des autres, il y aurait beaucoup moins de marchands de soupes dans les salles de fêtes au mois de décembre ; on y trouverait peut-être alors que des artistes, dignes de ce nom, et j’ose espérer que la profession en sortirait grandie.

Pour l’avoir dit dans le récent post consacré aux contrefaçons de machines de magie, il existe énormément d’effets et d’accessoires que chacun peut utiliser pour créer un numéro original sans avoir à copier le travail des autres. L’inspiration et les variations sur une idée de base sont une chose, le plagiat manifeste en est une autre. On peut donc exercer sa passion, même en public, sans violer les droits de propriété intellectuelle, à condition de bien vouloir s’en donner la peine, de modifier, d’adapter, et surtout de réfléchir. L'exercice des métiers du spectacle ne confère pas seulement des droits ; il vous impose aussi des obligations. Tout comme le droit de la propriété intellectuelle, ces métiers ne sont là pour satisfaire, sans aucune limite, vos petites ambitions personnelles ; ils ne sont pas là pour donner carte blanche à ceux qui pensent qu’on peut monter un numéro en se servant librement, tel un consommateur ratissant, l’œil hagard, les rayonnages d’un supermarché pour remplir son caddie. Il est évident que dans notre société du « tout, tout de suite, et sans effort », les valeurs que certains essayent de défendre auront bien du mal à perdurer. Excusez ma naïveté, mais je fais partie de ceux qui pense encore que le travail, la recherche et le développement de sa propre sensibilité sont la clef pour monter un numéro.

J’entends déjà les critiques fuser : mais alors comment faire si l’on a pas d’idée novatrice ? Et bien lorsqu’on débute, notamment, et que l’on a pas encore le bagage suffisant ou la maturité pour créer ses propres effets, le bon sens implique qu’on commence par un numéro, peut-être un peu plus classique, mais qui présentera au moins l’avantage de ne pas résulter du pillage des recherches effectuées par d’autres magiciens. Un numéro classique ravira tout autant les spectateurs, s’il est bien présenté et suffisamment réfléchi. Le temps, le métier, mais aussi ensuite des rencontres et échanges permettront alors de créer ses propres effets, de façonner son propre style, et donc d’évoluer. Certains artistes ont réussi à le faire, mais cela a évidemment demandé « un peu » de travail et de temps… Pour tous les autres, pour ceux qui ne veulent pas faire cette démarche et qui pensent à tort que tout appartient plus ou moins à tout le monde, libre à vous de faire autre chose que de la magie. Les rayons de loisirs créatifs regorgent d’idées pour occuper vos weed-end, sans pour autant pourrir une activité dont l’avenir me semble, à l’instar de Didier, bien incertain avec ce genre de mentalité.

Il est peut-être grand temps de comprendre « qu’avoir envie » ne donne pas tout les droits. C’est la même chose pour les machines de magie : avoir envie de présenter une origamie ne donne pas le droit d’acheter une copie à 3000 euros parce qu’on a pas les moyens d’acheter un modèle original à 10 000 euros (et au passage, avoir envie de gagner de l’argent ne donne pas davantage de droit de vendre ces copies). Le syndrome du « Je le veux, je le veux, je le veux » qu’on peut excuser chez les enfants en bas âge passe un peu moins bien chez les sujets plus âgés. C’est à croire que les magiciens qui ne supportent pas ce type de comportement chez les enfants n’ont pas un minimum de bon sens pour constater qu’ils reproduisent exactement la même chose, à leur façon.

Pour finir, à M.M. Bellevie, Mercier et Tabary entre autres, vous avez tous raison, peu importe que le numéro constitue un plagiat, le principal, c’est que le public aime. C’est bien connu : la caution du public a toujours été un argument de poids car, comme chacun le sait, son avis en ce domaine est un critère de référence particulièrement fiable pour faire le départ entre le bien et le mal. Donnons leur du pain et des jeux et, peu importe le flacon, pourvu qu’ils aient l’ivresse. Tant qu’on y est, profitons en pour brûler le Code de la propriété intellectuelle, et édictons plutôt un Code de l’audimat qui, à n’en pas douter, assurera la mise en place de critères objectifs et de qualités. Quelle tristesse !

Pierre Fleury-Le Gros

Maître de conférences à la Faculté de droit du Havre

A l'attention de Pierre :

Etant à cheval sur les droits d'auteur, je me permets de poster ici un sujet qui sera uniquement consacré à la législation quant au plagiat, à la copie...

Cela permettra d'avoir les infos sans les chercher dans un post PGCDM ou ailleurs.

Imaginons donc que je veuille reproduire un texte ou une routine d'un magicien, puis je le faire sans autorisation de l'auteur. Je pense en particulier à des routines de Christian Chelman (un ami personnel), pour ne prendre que lui puisqu'il a publié des textes (7 girls, Zodiaque, Pacte...). En toute logique, qui dit texte publié dit texte déposé.

- S'il l'a publié, peut-on considérer que l'on puisse présenter la routine en public sans l'accord de l'auteur ?

- Si une telle routine est réalisée en événement privé, quelle est la loi ?

- Si c'est dans le cadre d'un événement public, la salle effectuant la programmation est-elle responsable ou le magicien assume-t-il seul son rapport avec les droits d'auteurs éventuels ?

-Dans une émission télévisuelle, il semble que de nombreux tours soient déjà soumis à autorisation, puisque les créateurs en font parfois mention sur les routines. De même, sur certains effets les droits télé sont inclus dans le prix de vente. Quid des tours où cela n'est pas mentionné ?

Comme je l'ai déjà souligné par ailleurs, je me souviens avoir demandé l'autorisation de Bloom pour effectuer l'une de ses routines. Mais un avis législatif sur la chose permettra à plus d'un d'appréhender le sujet en connaissance de cause.

Modifié par tanhouarn

« La préservation de la vérité objective et de la capacité de chaque individu à former des jugements objectivement vrais est la condition première et absolument nécessaire d’une vie libre » (James Conant, in Orwell ou le pouvoir de la vérité, p. VIII).

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Publié le

Excellente initiative.. espérons que tous ceux qui croient savoir ne vont pas cacher par leurs interventions les réponses légales et factuelle. Merci de cette initative et attendons les réponses de Pierre qui a déjà bien planché sur la question.

Publié le (modifié)

Imaginons donc que je veuille reproduire un texte ou une routine d'un magicien, puis je le faire sans autorisation de l'auteur.

Non, l'auteur d'un texte dispose notamment d'un droit patrimonial ( droit de réprésentation dans le cas que vous évoquez) sur son oeuvre qui lui permet de s'opposer à cette utilisation.

Je pense en particulier à des routines de Christian Chelman (un ami personnel), pour ne prendre que lui puisqu'il a publié des textes (7 girls, Zodiaque, Pacte...). En toute logique, qui dit texte publié dit texte déposé.-

Pas nécessairement, il est possible de publier un texte sans l'avoir auparavant déposé.

Je pense que dans l'esprit de beaucoup de magiciens, le dépôt du texte est une condition de la protection. En réalité, tel n'est pas le cas. La protection est reconnue dès que l'oeuvre créée est suffisamment mise en forme (elle ne doit pas consister en une simple idée); c'est un trait caractéristique du droit d'auteur. La procédure du dépôt, comme celle de la publication qui seront ensuite réalisées ne conditionnent pas l'existence de cette protection. Par ailleurs, le fait que le texte soit publié ou non, déposé ou non , ne change rien quant à votre obligation de solliciter une autorisation de l'auteur de l'oeuvre. Pour faire simple, le dépôt permet de réaliser une procédure qui officialise l'existence de l'oeuvre et qui permet, lors d'un litige éventuel, de prouver plus facilement qu'on est auteur de cette oeuvre.

- Si une telle routine est réalisée en événement privé, quelle est la loi ?-

L'évènement privé s'entend juridiquement comme l'évènement ayant lieu dans votre cercle de famille ou d'amis (entendu de manière restrictive par la jurisprudence); dans ce cas, pas d'autorisation à demander.

Si c'est dans le cadre d'un événement public, la salle effectuant la programmation est-elle responsable ou le magicien assume-t-il seul son rapport avec les droits d'auteurs éventuels ?

L'artiste qui représente l'oeuvre est responsable, de même que le producteur (je pense que c'était l'objet de votre question)

-Dans une émission télévisuelle, il semble que de nombreux tours soient déjà soumis à autorisation, puisque les créateurs en font parfois mention sur les routines. De même, sur certains effets les droits télé sont inclus dans le prix de vente. Quid des tours où cela n'est pas mentionné ?

Si l'auteur de l'oeuvre ne vous a pas cédé contractuellement le droit de représenter publiquement son oeuvre, il faut donc négocier ultérieurement avec lui cette autorisation.

Modifié par Pierre Fleury
Publié le

Bon. Même si le thread semble destiné à Pierre, je veux bien participer un peu, parce que c'est un sujet qui m'intéresse quand même pas mal...

Tout d'abord, on distingue plusieurs formes de propriété intellectuelle :

- le droit d'auteur ;

- le droit des marques ;

- le droit des brevets.

Il y a des différences entre ces catégories, et l'étendue des différents droits n'est pas la même pour toutes.

Nous allons rester ici sur le Droit d'auteur.

C'est un domaine assez vaste (et donc complexe), car le législateur reconnaît comme auteur "tout créateur d'une oeuvre de l'esprit dès lors qu'elle est l'expression de la personnalité de l'auteur"... Voyez un peu si c'est précis... ;)

Je ne vais pas m'étendre plus sur la théorie (droit moral, droits voisins, droit patrimonial), de toute façon je l'ai déjà fait (et pas grand monde n'a lu...), et si quelqu'un veut vraiment se renseigner, il n'a qu'à taper "propriété intellectuelle" sur Google, ce n'est pas si compliqué...

Je vais essayer de répondre à tes questions concrètes Tanhouarn :

Imaginons donc que je veuille reproduire un texte ou une routine d'un magicien, puis je le faire sans autorisation de l'auteur.

Sans son accord, très clairement, non. Les droits de représentation et les droits de reproductions font parties des droits patrimoniaux de l'auteur.

- S'il l'a publié, peut-on considérer que l'on puisse présenter la routine en public sans l'accord de l'auteur ?

Très clairement, non. Lors de la publication, il a cédé son droit de reproduction à l'éditeur. L'éditeur exploite alors ce droit pour lui (contre rémunération, que l'on appelle - voyez si la nature est bien faite - "droits d'auteur"). En aucun cas cela signifie que ce droit de reproduction est maintenant disponible pour tous à tous moments...

Mais il faut nuancer... Si tu présentes la routine mot-à-mot, tu n'as pas le droit. Si tu réécris ton propre texte, même inspiré du sien, tu as le droit...

À noter qu'une technique ne peut pas être protégée, c'est l'expression de l'utilisation de cette technique qui l'est. (Personne ne peut m'empêcher de faire un Elmsley par exemple.)

Tout est dans "expression de la personnalité de l'auteur"... Il faut que ton texte soit donc suffisamment différent du texte original... En gros, il faut donc que tu y mettes l'expression de ta personnalité...

- Si une telle routine est réalisée en événement privé, quelle est la loi ?

Les reproductions et représentations à caractère privé font parties des exceptions, donc aucun problème. Mais à condition que ce soit réellement privé, c'est-à-dire dans le cercle familial restreint. Si tu invites tes voisins, ce n'est plus privé. (Et je ne te parle pas bien sûr d'une représentation payée, même si c'est devant les dix personnes - et rien qu'elles - du club de belote de Pouzioux-la-Jarrie...).

- Si c'est dans le cadre d'un événement public, la salle effectuant la programmation est-elle responsable ou le magicien assume-t-il seul son rapport avec les droits d'auteurs éventuels ?

Je pense que tout dépend de la relation contractuelle que tu as avec l'organisateur : est-il le producteur, es-tu son salarié, es-tu un intervenant ? Mais là, je ne sais pas trop... (Pierre ?!... ;) )

-Dans une émission télévisuelle, il semble que de nombreux tours soient déjà soumis à autorisation, puisque les créateurs en font parfois mention sur les routines. De même, sur certains effets les droits télé sont inclus dans le prix de vente. Quid des tours où cela n'est pas mentionné ?

Le "droit télé" est un droit de représentation comme un autre. Si tu reprend la présentation de quelqu'un, il faut son autorisation. Mais si tu y mets suffisamment de ta propre personnalité, il n'y a pas de problème, même si c'est la même routine (encore faut-il être sûr que les thèmes et différents éléments de la routine ne constituent pas une expression de la personnalité du premier auteur... c'est parfois difficile à apprécier... c'est pour ça qu'il a des juges (et des procès...) !)

Mais comme je l'ai déjà écrit des milliards de fois sur les forum, il ya le droit pur et strict, et il y a la bonne intelligence, le respect et la courtoisie.

Dans notre petit monde de la magie, il me semble que ces dernières valeurs devraient être utilisées avant tout...

Car, si d'un point de vue juridique, tu as le droit de faire apparaître des cartes avec des gants de boxe, je pense qu'il est de la plus élémentaire des courtoisies de demander l'autorisation à Gaétan Bloom...

Voilà une petite réponse rapide... Je ne pense pas avoir écrit trop de bêtises, Pierre me reprendra si besoin, et complètera.

Au passage, le Code de la propriété intellectuelle fait quelques centaines de pages, des avocats spécialisés ont fait des années d'études poussées sur cette spécialité (et ils ne savent pas tout...), alors n'espérez pas avoir des réponses "simples", toutes faites et définitives en quatre ligne sur un forum...

Publié le
L'auteur d'un texte ou d'une routine est décédé, à qui reviennent les droits d'auteur?

A qui devons nous demander une autorisation?

En Droit français, les droits patrimoniaux sont valables 70 ans après la mort de l'auteur (je crois que ce n'est que 50 ans en droit américain). Il faut alors demander l'autorisation aux "ayants droit", en général les descendants.

Après cela, l'oeuvre tombe alors dans le "domaine public", ce qui met fin aux droits patrimoniaux.

Mais attention, les droits moraux existent toujours !... (Ils sont perpétuels.) Si on a le droit d'imprimer des exemplaires d'un livre de Balzac, on doit quand même citer l'auteur et ne pas modifier son texte notamment...

Et enfin comment savoir qui est le nouveau détenteur de ces droits d'auteur?

Ça, c'est en général le plus difficile à trouver !... Mais ce n'est pas pour ça qu'il ne faut pas chercher...

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    • Je n'ai vu aucun autre artiste que lui faire un numéro complet (avec supports variés) de régurgitation. Par contre, j'ai vu, en vrai et en vidéo, quelques régurgitateurs d'eau. Côté magiciens, j'ai déjà vu Kieron JOHNSON avaler une petite pièce de monnaie et la faire ressortir par son nez (je pense sans trucage). David Blaine a aussi présenté quelques régurgitations. Pour Steve Starr, je l'ai découvert au travers de ses deux passages au cabaret de Patrick Sebastien au début des années 2000 et j'ai vu son show complet (20min environ) lors du congrès FFAP de 2007 à Angers. En dehors de la performance (sans réel* trucage selon moi), c'est un personnage très drôle. *la boule de billard est en fait une boule de caoutchouc mais ça n'enlève en rien le fait que ce soit un objet assez gros pour représenter un véritable défi. Dans le même genre, je l'ai vu avaler une ampoule de taille similaire à cette boule. Il empruntait aussi une bague et l'enfilait sur un cadenas après en avoir avalé la clé. Les objets étaient réels, réellement avalés et régurgités mais bien sûr, il n'avait pas besoin d'insérer la clé dans le cadenas pour l'ouvrir. Il utilisait quelques techniques de magicien. Ce qui m'a toujours le plus bluffé est le gaz avalé car, par définition, un gaz occupe tout le volume qu'on lui donne et dans un espace ouvert, j'ai beaucoup de mal à comprendre comment il peut enfermer ce gaz, même si ce dernier est sans doute bien choisi (plus dense que l'air pour rester le plus bas possible et ne ressortir que lorsqu'il souhaite l'expulser). Après il y avait le poisson rouge qu'il ne présente plus car j'imagine qu'aujourd'hui certaine associations lui tomberaient dessus à juste titre mais qui était très marquant : il avalait une boîte pellicule photo puis son couvercle puis un poisson rouge (vivant bien sûr) et ressortait la boîte fermée avec le poisson dedans. Il pouvait aussi juste avaler le poisson et le ressortir tête ou queue en avant selon le choix des spectateurs. Pour le sucre qui ressort sec, c'est aussi très très fort. En plus il prenait la peine de faire goûter la poudre dans son verre et même après l'avoir régurgité (certains osaient vérifier) et c'était bien du sucre ! Bref, c'est une star unique.
    • Consulte ce qu'a publié Max Maven ou Christian Chelman sur l'équivoque (même si il ne s'agit que d'une seule routine à 3-4-5 objets). Cela ne se décrit pas en quelques lignes. Le choix des mots est important bien sûr. Pour ne pas que les spectateurs sentent que peu importe leurs réponses, tu fais à ta guise, il faut être très clair dès le départ : c'est un jeu d'élimination basé sur des choix, les siens et non le choix d'un livre. Ensuite il est important voire indispensable de permettre aux spectateurs de revenir sur leur choix à des moments précis. Ils doivent se sentir libres dans leur choix et sentir que ces derniers sont vraiment pris en compte.
    • Tout n'est pas bon dans les anciens bouquins. Aujourd'hui, je ne dirais même pas qu'il il y a plus de bonnes choses dans les anciens livres que dans les plus récents. A toutes les époques, il y a eu de bonnes et de mauvaises choses. Je dirais que sur la forme, les livres récents sont globalement plus pédagogiques car souvent plus détaillés et mieux illustrés que les livres anciens (avant 1970 on va dire). Ceci est bien sûr lié à l'évolution des techniques d'impression, la demande qui a augmenté et permis des tirages un peu plus importants pour abaisser certains coûts (demande qui a augmenté à cause du fait que nous ayons la chance de pouvoir consacrer plus de temps et d'argent pour notre passion que nos aïeux globalement ; je parle pour ma génération en tout cas, celle des 35-45ans). Sur le nombre, c'est là que nous avons la plus grande différence évidemment. Les publications sont bien plus nombreuses aujourd'hui qu'il y a 50 ans par exemple. L'avantage est un choix très varié de contenus. L'inconvénient c'est que l'on va retrouver plus facilement des contenus très semblables dans pas mal d'ouvrages. Par rapport au contenu : oui, il y a des pépites dans les livres anciens mais il y en a aussi dans les livres récents. On retrouve même d'anciennes pépites tombées dans l'oubli dans les livres récents avec parfois des ajouts de l'auteur que l'on percevra comme des améliorations ou pas (selon nos goûts, notre culture magique). Certains disent "rien de nouveau sous le Soleil" et il est vrai que certains auteurs n'apportent pas grand chose à des routines, concepts ou autres déjà existants mais d'un autre côté, il ne faut pas dire "Rien de nouveau sous le Soleil" dès que quelque chose d'ancien est de nouveau publié car l'auteur permet au moins de faire connaître des choses à certaines personnes (après si il ne cite pas sa source, c'est un autre débat). Il vaut mieux raisonner en mode "On arrête toujours de penser trop tôt", quitte à se tromper et ne pas faire mieux voire moins bien que l'original. En tout cas c'est mon point de vue. Dans les livres et vidéos récentes, ce qui est intéressant est de voir la combinaison de certaines techniques, de certains gimmicks, concepts, de certains thèmes, etc...parfois connus depuis des lustres. Vincent HEDAN est par exemple un maître dans le genre. Il a une très bonne culture de ce qui existe déjà et a une vue d'ensemble dans son domaine (le mentalisme) qui lui permet de faire des combinaisons que d'autres n'avaient pas penser parce qu'ils n'avaient pas cette culture, cette vue d'ensemble. Jean MERLIN disait que la créativité en magie était comme la cuisine : on invente pas forcément les ingrédients, on essaie de marier des choses, de modifier la recette à notre convenance. On trouve souvent les meilleurs combinaisons dans les ouvrages et vidéos pour débutants. Prenons l'exemple de l'ABC de la magie des cartes de Philippe MOLINA. Ce dvd a été réalisé à la lueur de ce qui a déjà été publié dans le même genre. Pour chaque grand classique de la magie des cartes, Philippe a essayé de combiner ce qui se faisait de mieux selon lui, pas seulement techniquement mais aussi et surtout au niveau des accroches (contextes), des lines ou subtilités qui permettent de justifier telle ou telle chose. Ces détails ne sont pas tous de lui. Ce sont pour la plupart des choses qu'il a relevées en voyant d'autres magiciens, en lisant et qu'il a dans un premier temps utilisés pour lui mais il est l'auteur de ces combinaisons. Il a cette vue d'ensemble lié à une bonne culture magique qui lui permet de proposer une vidéo de grande qualité. Je pourrai citer Jean-Pierre Vallarino pour l'usage des cartes spéciales avec son coffret qui pour moi est un must en terme de pédagogie, de sélection de routines avec/sans cartes spéciales, avec ou sans techniques de manipulations. Cela permet vraiment de tester ce qu'on peut faire avec des cartes spéciales d'une part et ce qu'on peut faire avec des techniques d'autres part et enfin le potentiel de certaines combinaison des deux. On voit que l'emploi des deux n'est pas forcément nécessaire pour avoir un meilleur impact, que l'on peut obtenir des choses très fortes avec ou sans gimmick, avec ou sans technique, tout dépend de l'usage que l'on en fait, la raison pour laquelle on fait tel ou tel choix, telle ou telle combinaison. Pour revenir aux livres, un autre très bon exemple est John GASTAFERRO. Ses livres reprennent des classiques avec le fameux "degré de plus", qui consiste dans chaque cas (routine) en l'apport d'un ou deux détails qui modifie de manière notable l'impact selon lui (après, chacun est seul juge à la lecture et au test en publique de l'amélioration ou non qu'apporte ces apports; j'ai personnellement trouvé qu'il apportait globalement un vrai plus à chaque routine même celles que je n'ai pas aimées). Là aussi c'est une histoire de combinaisons liée à une bonne culture et pas seulement en magie. Et pour faire le lien livres/vidéos, quel meilleur exemple que les Tarbell revisités par Dan HARLAN ? Ce n'est pas tellement le changement de support livre/vidéo qui est important mais le fait que Dan HARLAN apporte son grain de sel à des routines qui lui ont plu dans ces livres ou qu'il s'impose des défis. Son but était de montrer une façon de lire les Tarbell, sa façon de les lire avec sa culture magique et son imagination. Il a donc tout-à-fait sa place dans ce post qui traite de "Comment lire un livre de magie ?" même si son oeuvre est une série de vidéos. Pour résumer cette deuxième intervention de ma part, je dirais qu'il ne faut pas s'enfermer dans "il y a des meilleurs choses dans les vieux bouquins", "Rien de nouveau sous le Soleil". Il y a de bonnes choses de tout temps. C'est juste qu'aujourd'hui elles sont noyées dans un grand nombre de publications. Ce qui compte est de chercher à pousser le schmilblick plus loin, quitte à faire moins bien parfois (chacun juge de cela à la lecture). Pour ouvrir le sujet, on peut se poser la question de "quand faut-il publier ?" Pour éviter un trop grand nombre de redites, de "Rien de nouveau sous le Soleil" qui traduisent souvent des déceptions à la lecture de certains ouvrages, il faut avoir de la retenue avant de publier. Le raisonnement "On arrête toujours de penser trop tôt" est à appliquer à soi, dans la façon de lire, d'imaginer une routine en la lisant. C'est une invitation à être créatif, cela ne veut pas dire "trouver de nouvelles idées pour les publier" mais avant tout pour les présenter, pour leur donner une réalité, pour rendre votre magie originale ou simplement développer votre magie. On pourrait dire que "arrêter de penser trop tôt" revient à mettre un peu de soi dans ce que l'on lit, comme Dan HARLAN l'a fait en lisant les Tarbell et montrant sa façon d'interpréter les choses. Lui a publié montrer cela mais ce n'est pas une finalité forcée. Sinon, une autre question intéressante liée à ce post serait : comment choisissez-vous ou avez-vous choisi les ouvrages que vous avez achetés/lus ? Qu'est-ce qui fait que vous vous êtes dit "je vais trouver mon bonheur dans celui-là ? Est-ce qu'avec "l'expérience des achats", vous avez des points de repère qui font que vous arrivez à mieux choisir (à avoir moins de déceptions) ? Pour ma part, les avis de "grands noms de la magie"  m'importent. Le descriptif est souvent vaseux donc j'essaie toujours de voir, lorsque c'est possible, le sommaire. Ensuite, si je ne connais pas l'auteur, je vais voir un peu ce qu'il présente en ligne. Si ce sont de beaux trailers sans rien de concret avec des "The best..." et des annonces commerciales, je fuis. Quand l'emballage est magnifique et qu'on en voit peu le contenu, c'est qu'il y a un loup. Je me moque de l'emballage même si c'est agréable lorsque c'est bien présenté, ce n'est pas l'essentiel. Il en est de mêmes pour le matériel que j'achète, les conférencier ou spectacles que je vais voir. Pour les conférences, celui qui ne détaille pas un peu le contenu et pour qui on a que des "il va vous apprendre à améliorer votre magie", "à améliorer l'impact de vos routines", etc...je n'y vais pas. Après, comme je l'ai dit plus haut, je n'achète presque plus de livres (je suis satisfait de ce que j'ai déjà et il y en a pour plusieurs vies si je veux exploiter le contenu de tout) ni de trop de matériel en boutique de magie. J'achète encore des notes de conférence ou un gimmick deux trois fois dans l'année, parfois pour avoir une trace d'un seule chose qui m'a plu. Il m'est arrivé de prendre des notes mais quand une chose me plaît, j'aime bien récompenser son auteur. Après une conférence, je sais aussi que mon argent ira directement et intégralement à lui. Je vais voir plus de spectacles (et pas que de magie). Ce sont souvent de bien meilleures leçons mais comme les vidéos, attention au mimétisme. J'y vais non pas pour avoir de nouvelles idées car j'aime les trouver seul (il y a le plaisir de les trouver seul) mais avant tout pour me divertir, sortir avec ma compagne, ma famille, mes amis. Une fois rentré seulement, je me remémore ce que j'ai vu/vécu et ce qui m'a marqué. Je constate ce qui a marqué le plus ceux qui m'ont accompagné (surtout si ils sont profanes) sans forcément poser de questions. Si ça les a marqué ils en discutent et/ou il me posent des questions parce qu'ils savent que je fais de la magie. Leurs questions sont souvent du type "Comment il a fait ceci ou cela ?" mais au travers de ces questions, ils me disent ce qui les a le plus marqué, ce qui les intrigue le plus. Après il y a souvent des commentaires du type "ça c'était beau" ou "ça j'ai moins aimé", "il ou elle est comme ci ou comme ça".  Je sais que ça peut m'influencer dans certains choix. Le spectacle et ces retours a nourri mes souvenirs, mon imaginaire sans que je m'en rende compte et des choses en ressortiront en temps voulu. Je ne cherche pas à reprendre quelque chose que j'ai vu ou entendu directement. Cela n'est pas parce que cela nous plaît que cela nous conviendra d'une part et qu'on a le droit de le reprendre d'autre part. Je laisse donc ma mémoire influencer mon imagination plus tard. Mon cerveau ne gardera que l'essentiel avec le temps. Bon après, je ne vais pas vous cacher le fait que j'ai une très bonne mémoire visuelle et que bien souvent je me souviens presque intégralement d'un spectacle lorsque ce dernier m'a marqué.  
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