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Viktor VINCENT a les honneurs du portrait de Libération.

Une première pour un illusionniste ? 

Citation

Le portrait 

Viktor Vincent, feint d’esprit

Le mentaliste, qui a fait de l’hypnose un art spectaculaire, se joue du réel dans une société où le vrai et le faux se confondent outrageusement.

Par Eva Roque

Publié le 12/03/2026 à 15h51

La bouteille est planquée entre des verres et une demi-bouteille de champagne. Sur l’étiquette, il est inscrit «déjections de chauve-souris». Renseignement pris – non sans une pointe d’effroi - auprès du maître des lieux, il s’agit en réalité d’un sirop. Des plus comestibles. Paraît-il. Dans le monde de Viktor Vincent, le fil entre le vrai et le faux est ténu. Parfois invisible. Le mentaliste aime jouer avec le réel, sur les planches dans des spectacles à la mise en scène très léchée, et dans la vie. On l’a même soupçonné pendant quelques secondes de chercher à nous embrouiller. «Depuis cinq ou six ans, j’ai envie de me détacher du matériel et de me débarrasser de tout.» Il dit cela dans son salon-cabinet de curiosités, où le moindre objet trouve harmonieusement sa place. Un décor digne d’un film d’époque fin XIXe. Un musée personnalisé qui nous relie au passé. A l’histoire de Viktor Vincent.

Une brosse en bois pour vêtement. L’objet est esthétique. Il colle à son look de dandy. Viktor Vincent aime les costumes trois pièces et soigne sa moustache en guidon de vélo. «Un symbole de liberté. Une façon de dire : je fais ce que je veux.» Dans la vie civile, il a 45 ans. Dans sa jeunesse, il s’amusait à dire qu’il avait un siècle de plus. «Je fantasme le XIXe siècle, ce moment où on commence à comprendre le monde de façon scientifique. Et en parallèle, où le spiritisme et l’ésotérisme se développent.» Viktor Vincent ne croit pas en Dieu, mais aux esprits, préfère Camus à Saint-Augustin et déteste surtout qu’on lui impose des dogmes.

Un bestiaire. Une fausse panthère plaquée or, de vrais papillons sous verre, un faux poussin à deux têtes, deux vrais chats ou encore un corbeau picorant un crâne humain (faux). Ce n’est qu’une partie des animaux (empaillés ?) peuplant les lieux. On s’attarde sur l’oiseau, symbole de mystère et de transformation, de mort et de renaissance. Viktor Vincent est né plusieurs fois. A Valenciennes d’abord, dans une famille de Ch’tis. Il se prénomme alors Vincent, il est fils d’une secrétaire et d’un chef de chantier. Il prend plaisir aujourd’hui à retourner dans sa région. Pour ses racines, plus que pour retrouver son clan sur lequel il ne s’attarde pas. Il renaît et change de nom quand il découvre la magie, dès l’âge de 12 ans, avec son mentor Daniel Miraskill, décédé en 2014. Un père spirituel qui lui offre ce pseudo de Viktor Vincent. Il se rappelle avec enthousiasme de l’été 93 rythmé par l’apprentissage quotidien d’un tour. Quelques mois plus tard, Daniel Miraskill le pousse à se produire dans un restaurant. Il a 13 ans, gagne quelques pièces, s’achète des livres et des accessoires de magie. Un enfant timide dans un monde d’adultes, qui goûte à la liberté et s’amuse déjà à observer les gens. A 17 ans, il se forme au mentalisme, «une magie plus intime, plus adulte, plus perturbante aussi».

Une boule de cristal. L’objet de décoration brille dans l’appartement aux murs gris qu’il loue. «C’est une fausse» précise-t-il en riant. Si l’homme aime les mystères et les secrets, il n’en reste pas moins un être rationnel qu’aucun oracle ne pourrait convaincre. Surtout pas une boule de cristal. Son destin, il l’a choisi. Le jeune étudiant en école d’ingénieur a tout envoyé valser à l’âge de 20 ans pour débouler à Paris et intégrer une école de cinéma. Il débute sa carrière comme metteur en scène avant de se lancer dans l’aventure du spectacle solo. «La vie trouve toujours un chemin» affirme-t-il, réplique entendue dans Jurassic Park. Viktor Vincent peut citer Spielberg et Maupassant, décrypter des films de Scorsese ou de Tarkovski, et devenir tout à coup… «papou». Surnom attribué par ses jumeaux, un garçon et une fille âgés de 11 ans, nés d’une GPA aux Etats-Unis. Avec son mari Matthieu, coiffeur, la famille est soudée. Même géographiquement parlant. Au pied de leur immeuble, se trouvent le théâtre où se produit souvent Viktor Vincent, et le salon de son époux (vendu récemment). Au sous-sol du bâtiment, une bibliothèque ésotérique dans laquelle Viktor Vincent a eu la chance de traîner. Allez croire que le hasard existe après ça ! «Le hasard est le nom que nous donnons aux choses que nous ne comprenons pas», répète-t-il. Précision : l’appartement a été choisi sans connaître l’existence de cet espace mystérieux, sans savoir non plus que le rez-de-chaussée serait le lieu de travail du couple. Moins surprenant, Viktor Vincent a milité pour le mariage pour tous, se réjouit de voir la société bouger sur ces questions, s’est longtemps passionné pour la politique. Manque de temps à y consacrer et manque de fond dans les débats l’ont détourné de la chose. Il vote toujours, jamais pour les extrêmes et prend soin de ne pas s’afficher sur une photo avec un élu dont il ne connaîtrait pas le bord.

Un écran télé dissimulé derrière une (fausse) œuvre d’art. Soit une toile impressionniste représentant Paris au XIXe. Une illusion de plus pour celui qui adore jouer avec les images. Il a réalisé trois moyens métrages, s’attelle à son premier long et travaille ses spectacles comme des plans séquences rythmés par ses tours. Capable d’entrer dans notre cerveau pour deviner un objet auquel on pense, une date, un pan de notre vie. Il se joue de nous, nous manipule – avec bienveillance – et devient le chef d’orchestre de nos émotions. Y a bien un truc. Mais Viktor Vincent ne nous dira rien. Il explique que le mentalisme est une mise en scène, une somme de techniques, d’observations. Le corps nous trahit. Les silences aussi. «Je vous pousse à penser ce que je veux que vous pensiez…» Il dit cela sans une once de désir de prise de pouvoir sur l’autre. Il ne joue pas avec les nerfs de son public même quand il use de l’hypnose sur une spectatrice. Messmer, l’hypnotiseur star et ami, dit de lui : «Il maîtrise le mystère avec élégance. Il possède une grande finesse psychologique.» Il raconte lui avoir enregistré un message que Viktor Vincent écoute avant chaque voyage en avion pour se calmer. On ne saura pas ce que contient le vocal message, on comprend surtout que derrière le calme du mentaliste se cache un homme sensible, parfois angoissé, qui a choisi l’illusion pour s’échapper un peu de la réalité. Un empathique qui, au simple nom de Gérard Miller, s’écrie : «Je pense aux victimes, à toutes ces femmes.» A ces mots, sa main a balayé l’espace. Façon de dire «du vent, passons à autre chose».

Deux canapés rouges. Aussi rouge que le rideau d’un théâtre, ou le divan de Michel Drucker sur lequel il prend place régulièrement. Il ne rechigne jamais à se rendre sur un plateau télé, déserte les réseaux sociaux et s’inquiète que ses enfants deviennent addicts aux écrans. Il regarde avec méfiance l’intelligence artificielle : «Je suis heureux de pouvoir dire que j’ai connu le monde d’avant.» Et s’il nous offrait un seul de ses objets, ce serait lequel ? «Un papillon, sans doute. Ou un livre que j’ai en plusieurs exemplaires, le Maître et Marguerite, de Mikhaïl Boulgakov.» Une œuvre décrite comme une comédie burlesque et… un conte fantastique.

28 octobre 1980 Naissance à Valenciennes

2011 Ecole de cinéma à Paris

21 mars Joue Fantastik au Dôme (Paris)

https://www.liberation.fr/portraits/viktor-vincent-feint-desprit-20260312

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    • @Hugues PROTAT nous a partagé ce texte  Un personnage hors norme : Juan Tamariz, le magicien qui a transformé la cartomagie en un phénomène populaire. Sa fille Ana TAMARIZ a confirmé le décès de l'illusionniste à Madrid. Champion du monde de cartomagie, l'artiste a marqué plusieurs générations avec ses apparitions à la télévision et son travail en tant que maître des magiciens. Juan TAMARIZ, l'une des figures les plus reconnues de la magie espagnole et référence internationale de la cartomagie, est mort ce mardi à 83 ans à l'hôpital clinique San Carlos de Madrid, selon les informations d'El País. Sa fille, Ana TAMARIZ, a confirmé le décès via les réseaux sociaux. « Avec une immense tristesse, aujourd'hui je fais mes adieux à mon père Juan TAMARIZ, une personne incroyable, très aimée et admirée de tous », a-t-elle écrit, selon ce que rapporte RTVE. Avec son chapeau haut-de-forme, sa chevelure ébouriffée, son violon imaginaire et l'incontournable « ¡Chan, tatachán! », Tamariz a transformé l'illusionnisme en un spectacle populaire pour des millions de spectateurs. Mais derrière ce personnage apparemment improvisé se cachait aussi l'un des plus grands érudits de la magie contemporaine. D'une boîte de magie au championnat mondial de cartomagie Juan Manuel TAMARIZ-MARTEL NEGRÓN est né à Madrid en 1942. Son intérêt pour l'illusionnisme a commencé lorsqu'il n'avait que quatre ans, après avoir assisté à la prestation d'un magicien. Peu après, il a demandé une boîte de jeux de magie et a commencé à pratiquer avec sa famille et ses amis. À douze ans, il a découvert les livres de l'illusionniste Wenceslao CIURÓ, qui lui ont permis de plonger dans la technique et dans les mécanismes psychologiques qui interviennent dans un spectacle. Comme il l'a expliqué dans une interview publiée par la mairie de Madrid, ces lectures ont été décisives pour comprendre que la magie ne consistait pas uniquement à exécuter un tour. Sa précocité lui a ouvert les portes de la Société Espagnole d'Illusionnisme avant d'atteindre l'âge minimum requis : il a été admis à 18 ans, deux ans avant la limite établie, après avoir convaincu les responsables de l'institution de ses capacités. TAMARIZ a étudié les sciences physiques et s'est également intéressé au cinéma, deux domaines qui ont influencé sa manière de concevoir la construction d'un spectacle. Cependant, il a fini par se consacrer entièrement à l'illusionnisme. En 1972, il a obtenu le Grand Prix du Congrès National de Magie. Un an plus tard, il a reçu la reconnaissance qui a définitivement propulsé sa carrière internationale : le Prix mondial de cartomagie, obtenu lors du Congrès mondial de magie de la FISM qui s'est tenu à Paris. Le profil publié par le gouvernement espagnol souligne qu'à partir de ce moment, il a présenté ses spectacles dans des villes comme Chicago, Tokyo, Paris, Londres, Bogota, Le Caire, New York et Santiago du Chili. Le magicien qui est entré dans tous les foyers Bien que son prestige professionnel ait grandi lors des congrès internationaux, c'est la télévision qui a transformé Juan TAMARIZ en un personnage familial pour plusieurs générations d'Espagnols. Les archives de la RTVE conservent le programme pilote de Tiempo de magia, produit en 1975, dans lequel il partageait l'écran avec Julio CARABIAS. Cette participation anticipait une relation avec le petit écran qui allait se prolonger pendant des décennies. Son passage par Un, dos, tres... responda otra vez a démultiplié sa popularité. Ensuite, d'autres émissions comme Por arte de magia, Magia Potagia, Chantatachán et le programme pour enfants El recreo sont arrivées. Face à l'image traditionnelle du magicien solennel, Tamariz a construit un personnage proche, débordant d'énergie et apparemment chaotique. Ses blagues, sa conversation constante avec le public et sa manière de célébrer chaque numéro sont devenues une partie indissociable du spectacle. Cependant, cette mise en scène cachait une préparation minutieuse et une connaissance approfondie de la gestion de l'attention (misdirection). La capacité de diriger le regard, d'anticiper les soupçons du spectateur et de maintenir la surprise expliquait une grande partie de l'admiration qu'il suscitait parmi ses pairs. Livres, enseignement et une école dirigée par sa fille La contribution de Tamariz à la magie allait bien au-delà de ses apparitions télévisées. Tout au long de sa carrière, il a publié des livres majeurs consacrés à la technique, à la théorie et à la présentation de l'illusionnisme. Parmi ses œuvres figurent La Vía Mágica, Los Cinco Puntos Mágicos, Sonata et Sinfonía en Mnemónica Mayor, des références incontournables de la littérature magique. Ses travaux ont abordé des questions telles que la relation entre le magicien et le public, la construction narrative des tours et l'utilisation de la mémoire et de la psychologie en cartomagie. Cette combinaison de réflexion théorique et de sens du spectacle a contribué à consolider son prestige à l'international. Une partie de son héritage se perpétue à travers la Grande École de Magie Ana Tamariz, dirigée par sa fille. Tamariz a lui-même conçu les programmes pédagogiques du centre, pensés pour transmettre sa vision de l'illusionnisme aux nouvelles générations. L'école a compté parmi ses intervenants et élèves des magiciens comme Jorge BLASS, Anthony BLAKE, Miguel GÓMEZ et Rafael BENATAR. Son programme combine l'apprentissage des tours et des techniques avec des cours d'histoire de la magie, de théorie et de psychologie du spectacle. Médaille d'Or des Beaux-Arts et reconnaissance de Madrid La reconnaissance de la carrière de Juan TAMARIZ est également venue des institutions. En 2011, il a reçu la Médaille d'or du mérite des beaux-arts, accordée par décret royal. Auparavant, en 2009, il avait obtenu le Prix honorifique de théorie et philosophie du Congrès mondial de magie (FISM) de Pékin, une distinction récompensant son travail de chercheur et de rénovateur de l'art magique. En 2019, sa ville natale lui a également décerné la Médaille d'or de Madrid. La mairie de la capitale a alors souligné sa contribution à la diffusion internationale de la magie et sa capacité à combiner créativité, humour et rigueur.
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